Souvenez-vous : le 22 juin 2016, le préfet de la Région Occitanie annonçait un plan de gestion pour le développement durable du Canal du Midi assorti d’un budget estimé à 230 millions d’euros sur cinq ans (2017 à fin 2021), financé à 50 % par l’État. La Région proposait alors d’y participer à hauteur de 40 millions d’euros. Problème, impossible depuis lors de retrouver la trace de ces 230 millions d’euros.

Et pour cause, le nouveau directeur du projet Canal du Midi auprès de la préfecture de Région, Laurent Cyrot, admet aujourd’hui, face à Mediacités, un « affichage destiné à mobiliser tous les acteurs » et un « budget initial pouvant inclure, en plus des investissements, des dépenses d’entretien », bien que ces dernières ne soient pas chiffrées.

D’après notre enquête, le financement est réparti entre un contrat de plan État Région (CPER) 2015-2020 révisé le 6 janvier 2017, et un contrat-cadre entre l’État, la Région et Voies Navigables de France, signé le 9 novembre 2019. 

Au total, en incluant ces deux plans, les participations pour les budgets 2017-2021 s’élèvent à 56 millions d’euros pour VNF, 40 millions d’euros pour la Région, 13 millions d’euros pour L’État. À ces 109 millions d’euros d’engagements signés, s’ajoutent les participations des autres collectivités : départements, métropoles, intercommunalités et les 92 communes traversées par le canal. Si la Région « n’a pas pour l’heure un décompte précis des participations de chacun » elle estime les financements totaux à « plus de 135 millions d’euros ». On est loin encore des 250 millions d’euros promis.

Le mic-mac des investissements

Comme lors de notre dernière tentative, il n’est pas aisé de distinguer les sommes nouvelles dédiées aux projets pour le Canal du Midi de celles déjà affectées. Ainsi, les exemples cités par la Région de la couverture de l’écluse Bayard et de la réalisation du parvis de la gare Matabiau à Toulouse (15 millions d’euros, dont 2 millions à la charge de Toulouse-Métropole) faisaient déjà partie du projet Toulouse Euro Sud-Ouest avant l’annonce du plan en juin 2016. 

Dans l’Aude, le département est maître d’ouvrage associé pour la réalisation d’une portion de voie verte le long du canal, mais la première étude de faisabilité de ce projet remonte à 2012. L’Aude s’était d’ailleurs plutôt illustrée par son désengagement financier dans ce dossier. La participation annuelle du département de 1,1 million d'euros pour l’arrachage des arbres malades et la replantation de nouvelles espèces a été suspendue en octobre 2018 pour faire pression dans un conflit annexe entre les Départements et l’État sur le financement des dépenses de solidarité. Une suspension « toujours d'actualité » selon Catherine Luciani, directrice du pôle aménagement durable département, mais compensée par des investissements supplémentaires destinés à « financer la restauration du chemin de halage et de la voie verte, sur 25 km » (7,4 millions d’euros, dont 1,8 financé par l’Aude d’ici 2023).

Quant aux autres départements, l'Hérault, après avoir mobilisé deux millions d'euros pour des replantations en marge de la voie verte du canal, vient d'annoncer sept millions d'euros pour construire une piste cyclable de 50 kilomètres. Enfin, la Haute-Garonne, qui a une longueur bien moindre de canal sur son territoire, finance chaque année la restauration et l’entretien des berges à hauteur de 165 500 euros.

Un trou de près de 100 millions d'euros

Reste un dernier élément : les « financements innovants » et la campagne de mécénat. En 2011, un précédent plan de 220 millions d'euros - en 20 ans - pour l'abattage et la replantation des arbres bordant le canal prévoyait un apport de 70 millions d'euros via le mécénat et des « financements innovants ». Or, à ce jour, seuls 5,7 millions d'euros ont été collectés depuis le lancement de la campagne de mécénat en 2013. Un montant bien éloigné des espérances initiales. « Étaient également prévues des taxes... qui n’ont pas vu le jour », rappelle Jacques Noisette, chargé de la communication de VNF Sud-Ouest.

Le total des nouveaux investissements dédiés au canal demeure donc bien inférieur - de près de 100 millions d’euros ! - aux 230 millions annoncés au départ. Et ce, même en incluant des financements déjà prévus avant l’annonce du projet. Pas de quoi troubler les principaux financeurs qui, après avoir été peu bavards pendant des mois, ont fini par nous répondre.

Ainsi, VNF n’y voit « aucune déception » et salue « des acteurs du territoires qui se mobilisent pour investir sur le Canal du Midi ». À la Région, Hélène Giral, conseillère régionale socialiste, se félicite que « les choses avancent et qu’après une période de co-construction, on aille vers des projets concrets ». Les divers acteurs du Canal du Midi ont-ils fait une croix sur les dizaines de millions d’euros manquants ? Il leur reste vingt-quatre mois pour atteindre l'objectif annoncé.

La gouvernance repart sur ses deux pieds

Après six mois de vacance de poste suite au départ précipité de sa prédécesseure, le directeur du canal, Laurent Cyrot, a relancé les cycles de réunions. Sous son impulsion, les instances de gouvernance du Canal du Midi ont repris un fonctionnement normal. Le « comité du bien », au rôle consultatif, rassemble environ 300 structures (élus, administration, secteur du tourisme, chambres). Il a été réuni en décembre, pour la deuxième fois en 2019.

De son côté, le comité stratégique (État, Région, VNF, départements, métropoles et intercommunalités) planche sur le plan de gestion du canal, pour un vote d'ici l’été 2020. Une manière de répondre aux exigences de l'Unesco, qui a voté cet été une « déclaration de valeur universelle exceptionnelle du Canal du Midi ». Charge ensuite à l'agence onusienne d'évaluer d'ici 2022 le Canal du Midi et sa gouvernance. Dans tous les cas, contrairement aux craintes passées, il n'y a plus à ce jour de menace sur le classement du canal au patrimoine mondial de l'Humanité.

 

Cet article concerne la promesse :
« Rénover les berges des canaux du Midi et de Brienne »
Voir toutes les promesses