Si les cyniques et les indifférents haussent les épaules en apprenant le montant de la très lucrative activité de Jean-Luc Moudenc en tant que contrôleur général économique et financier au ministère de l'Économie et des finances, la nouvelle en laisse d'autres pantois. « Cela me laisse sans voix, soupire Sébastien Vincini, premier secrétaire du Parti socialiste en Haute-Garonne. Je suis très surpris. Ce n'est pas illégal, mais c'est particulier. Je sais que M. Moudenc est un bosseur, mais il ne me semble pas possible de cumuler la charge de maire et président de Toulouse Métropole et d'être haut fonctionnaire. »

Vice-président d'un conseil départemental récemment épinglé par l'Agence française anticorruption, l'élu socialiste se refuse à crier au scandale, faute d'éléments probants sur la matérialité de l'emploi d'édile toulousain. Toutefois, il l'assure : « Ici, au PS, on me pendrait par les pieds si je faisais la même chose ».

Mêmes surprise et questionnements pour Isabelle Hardy, élue municipale d'opposition Génération.s et co-présidente du groupe MecTS à Toulouse métropole : « Je suis très interrogative sur sa capacité à mener ses mandats avec une telle mission de haut fonctionnaire. Je ne vois pas comment il fait pour y arriver. C'est impossible. D'autant qu'il est très impliqué dans la gestion de la ville ».

« Un emploi de complaisance scandaleux sur le plan éthique »

Pour Pierre Lacaze, élu PCF à la mairie et à la métropole, ce cumul « n'honore pas la vie publique ». « Vu son agenda de maire, il semble compliqué et incorrect de cumuler les deux activités, abonde l'élu communiste. Il dit qu'il travaille de nuit. Cela me paraît difficile. Il devrait honorer son travail et trouver quelques heures en journée pour cela. Il pourrait se mettre à quart temps par exemple. Cela serait plus responsable pour poursuivre cette activité professionnelle qu'il doit à Nicolas Sarkozy en 2008. Aujourd'hui, il assume de se maintenir à son poste de haut fonctionnaire, mais il pourrait changer d'avis sur ce point, comme il l'a fait concernant l'emploi de sa femme Blandine . »          

 

Candidat malheureux face à l'actuel occupant du Capitole, l'écologiste Antoine Maurice dénonce quant à lui un « emploi de complaisance scandaleux sur le plan éthique » obtenu après avoir perdu les élections en 2008 et sans les compétences requises. « Lors de la campagne, j'avais dit que je serai maire et président de Toulouse métropole à 100 %, car cela vaut largement un temps plein, rappelle l'élu. Je ne crois pas que cela soit cumulable avec un autre emploi. Cela signifie soit qu'il fait mal son travail de maire soit son travail de contrôleur général économique et financier. Dire qu'il conserve cet emploi pour ne pas se couper du terrain, c'est très cynique et malvenu. Ce n'est pas comme s'il travaillait dans une entreprise... »

« Le fait que le maire de Toulouse exerce un emploi en dehors de son mandat n’est ni illégal ni choquant en soi. »

Si les langues se délient à gauche pour, à tout le moins, s'interroger sur la situation, les bouches restent closes de l'autre côté de l'échiquier politique. Seuls trois élus ont accepté de s'exprimer sur le sujet . Proche de Jean-Luc Moudenc et présidente de LR31, Laurence Arribagé veut témoigner de la « capacité de travail exceptionnelle » de l'homme politique qu'elle côtoie depuis des années. « Vous pouvez lui faire confiance pour assurer et dans le domaine professionnel et dans sa vie d'élu de la 4e ville de France, assure-t-elle. Je n'ai d'ailleurs jamais entendu personne dire le contraire. Pour moi, cette polémique est stérile. ». 

Moins prolixe, un élu de droite dans une commune métropolitaine (qui s'exprime à condition de ne pas être cité nommément) rappelle simplement qu'il « est tout à fait possible de travailler et d'être élu » et que « vu tous les contrôles qu'il y a, la situation doit être faite légalement ».

Le député Modem Jean-Luc Lagleize brandit également l'argument de la légalité du cumul pour balayer la polémique. « Le fait que le maire de Toulouse exerce un emploi en dehors de son mandat n’est ni illégal ni choquant en soi, assure-t-il. D’ailleurs, les Toulousains que vous aviez informés de cette situation ne l’ont pas trouvée particulièrement amorale non plus, puisqu’ils l’ont largement reconduit à la tête de leur ville aux dernières élections. »

Le député le reconnaît : « Le citoyen est de plus en plus enclin à souhaiter des élus "non-cumulards", à temps plein sur leur mission et la législation anti-cumul a beaucoup évolué en limitant le nombre et la nature des mandats et des fonctions qui peuvent être exercées en même temps ». Mais, pour Jean-Luc Lagleize, cette législation « est probablement allée trop loin », en interdisant par exemple à un député ou un sénateur de cumuler des fonctions de maire ou d'adjoint. Et cela même d’une petite commune. « Cela prive nos législateurs de l’indispensable ancrage local nécessaire à l’appréciation de certaines des lois qui sont proposées à son vote, poursuit-il. L’élu local ou national doit rester en prise avec la réalité du travail, avec la réalité de la société ». Et de conclure : « Le statut de l’élu est un chantier ouvert depuis longtemps, mais qui peine à aboutir sereinement. Il faudra bien le poursuivre sans tabou, en pleine transparence avec nos concitoyens, sans démagogie  
ni populisme ».

Sans démagogie ni populisme, rappelons simplement les faits. En tant que haut fonctionnaire rémunéré 6 800 euros net par mois pour un temps partiel, le salaire de Jean-Luc Moudenc correspond à celui vécu par seulement 0,1 % des Français salariés dans le privé, selon le comparateur de salaires publié par BFMTV, en juin dernier. Une réalité bien éloignée des 97,9 % des autres salariés du privé...