Nouveau rebondissement dans l'affaire Menvielle, ce couple de fonctionnaires des impôts accusés de prises illégales d’intérêt, violations de secrets professionnels, recels et concussion va retourner devant le tribunal plus vite que prévu.

Jugé le 5 mars dernier, leur dossier avait été renvoyé par la juge qui estimait nécessaire de procéder à des investigations supplémentaires. En toute logique, un juge d’instruction semblait devoir être nommé pour approfondir l’enquête préliminaire menée par la police judiciaire sous la houlette du procureur de la République de Toulouse. Le parquet en a décidé autrement. Selon nos informations, le ministère public a ajusté certains détails du dossier et suffisamment complété son enquête pour à nouveau citer à comparaître le couple et les deux autres prévenus, sans passer par la case du juge de l'instruction. Une nouvelle audience est donc fixée les 5 et 6 octobre au Tribunal de grande instance de Toulouse. Sollicité pour expliquer ce choix, le nouveau procureur de la République de Toulouse n'a pas encore répondu à nos questions à l'heure où nous publions.

Ex-directeur adjoint du pôle de gestion fiscale de la Direction régionale des finances publiques (DRFip) d’Occitanie, Marc Menvielle, 62 ans, est soupçonné d’avoir informé le restaurateur toulousain Philippe Lacassagne, 53 ans, de l’imminence d’un contrôle fiscal, puis de l’avoir conseillé dans les démarches à suivre face aux inspecteurs de sa propre administration. S’il ne suivait pas lui-même officiellement le dossier de ce chef d’entreprise, il pouvait compter sur les indiscrétions de son épouse, Karine, 48 ans, elle-même cadre à la direction spécialisée de contrôle fiscal (Dircofi) de Haute-Garonne.

En échange de leur appui, les deux époux auraient, selon nos informations, bénéficié de repas offerts par le restaurateur. Co-gérant des restaurants du groupe All for you, Philippe Lacassagne serait un ami intime du couple de fonctionnaires, ce qu’il niait formellement lorsque Mediacités l'avait interrogé à ce propos en septembre 2020. Il est lui aussi cité à comparaître pour recel de violation de secret professionnel et recel de prise illégale d’intérêt. Dans un autre volet de cette affaire, Philippe Lacassagne a par ailleurs reconnu en audience, le 26 février dernier, avoir détourné d’importantes recettes en utilisant un logiciel permissif. Reconnu coupable avec ses trois associés, il a été condamné à trois ans de prison, dont dix mois de prison ferme et 50 000 euros d’amende. Une décision, dont lui et le parquet ont fait appel.

Marc Menvielle est également soupçonné d’avoir annulé un contrôle fiscal visant une société  de l’homme d’affaires Guy Lahournere-Naba, d’être intervenu en sa faveur dans certains dossiers et de lui avoir accordé indûment une exonération de pénalités fiscales plusieurs dizaines de milliers d’euros. Le tout, sans jamais informer son administration de son lien d’amitié avec l’homme d’affaires de 67 ans. Une amitié qui lui a permis de bénéficier de voyages en Chine et à l’Île Maurice offerts par ce dernier, qui lui a également proposé de travailler pour lui après sa retraite.

Pour ces différents motifs, Marc Menvielle est accusé de prise illégale d’intérêts, recel de violation du secret professionnel et de concussion. Pour ne pas avoir informée sa hiérarchie de ses liens d’amitié des voyages dont elle a profité, Karine Menvielle est, quant à elle, poursuivie pour prise illégale d’intérêts et violation du secret professionnel. Bénéficiaire des agissements du couple Menvielle, Guy Lahournere-Naba est soupçonné de recel de concussion, recel de prise illégale d’intérêts et recel de violation de secret professionnel.

Contactés, les avocats des différents prévenus n'ont pas souhaité réagir. Ces derniers sont présumés innocents des faits qui leur sont reprochés.

Avatar de Gael Cérez
Nourrit sa curiosité en tant que journaliste depuis l'an deux mille quatorze. S'intéresse aux innombrables facettes de notre société. Rédacteur en chef de Mediacités à Toulouse depuis octobre 2019.