Les plus optimistes des socialistes ont vite déchanté. Alors que les résultats des cantons tombaient les uns après les autres dans la nuit du dimanche 20 juin, le fol espoir d’une reconquête par une majorité de gauche plurielle, emmenée par le PS, est apparu comme une chimère. De façon quasi-certaine, le 1er département de France restera le 27 juin prochain entre les mains de la droite pour un second mandat consécutif. Une première pour ce bastion de gauche qui n’avait jusqu’alors connu, en tout et pour tout, qu’une brève alternance à droite entre 1992 et 1998.

Pour gagner, les stratèges du PS avaient fait leur calcul : il fallait récupérer six cantons pour l’emporter. Un objectif jugé atteignable grâce à une large alliance avec les communistes mais aussi, dans 29 cantons sur 41, avec les écologistes. Las ! Les cantons visés ne sont pas tous tombés, loin de là. A Annoeullin, Marly, Maubeuge, Templeuve, par exemple, les candidats de gauche n’ont même pas été qualifiés pour le second tour malgré, parfois, des divisions à droite. A Armentières, le maire Bernard Haesebroeck et sa colistière communiste Karine Trottein sont en ballotage défavorable alors que le canton était jugé prenable. Idem à Faches-Thumesnil où le binôme de droite François-Xavier Cadart (maire de Seclin) et Frédérique Seels (ancienne vice-présidente de la MEL) l’a emporté dès le premier tour.

Duel au couteau à Douai

Les rares consolations sont à chercher du côté d’Anzin, où le maire Pierre-Michel Bernard pourrait regagner le canton. Le PS nourrit aussi quelques espoirs à Douai où le duel au couteau entre Christian Poiret, candidat pressenti à la succession du président Jean-René Lecerf, et le maire PS de Douai Frédéric Chéreau est beaucoup plus serré que prévu (35,36 % pour le binôme Poiret-Sanchez contre 33,58 % pour le binôme Chéreau-Bittner). « Quand nos candidats sont des maires, nous gardons une chance, explique un cadre du PS. Mais quand les candidats n'ont pas beaucoup de notoriété, nous avons eu beaucoup de difficultés à mobiliser l'électorat. L'abstention massive a favorisé les sortants. »

La victoire dans le canton de Douai ne serait toutefois qu’une faible consolation pour des socialistes en perte de vitesse. A l’image de leur chef de file, Didier Manier, qui n’a réuni que 21,73 % à Villeneuve d’Ascq, loin derrière le binôme LREM-Modem Christian Carnois-Delphine Garnier (26,92 %) qui réalise le meilleur score de la majorité présidentielle aux départementales dans le Nord. Même si Didier Manier devrait bénéficier d’un report de voix favorable et l’emporter dimanche prochain, son score est à l’image de l’état du PS du Nord : calamiteux.

Fait notable et pourtant méconnu : le 6 mai dernier, alors que les investitures socialistes venaient d’être bouclées pour les départementales après des négociations harassantes, la 1ère secrétaire de la "fédé", Martine Filleul, a démissionné de ce poste clef avec effet immédiat. Elle a confié la direction par intérim du parti à Benjamin Saint-Huile, le jeune (38 ans) maire de Jeumont et président de l’agglomération de Maubeuge. Charge à lui d’ouvrir une nouvelle séquence dans la vie du PS du Nord à partir de la poignée d’élus socialistes qui seront élus au conseil régional des Hauts-de-France. Ce départ en catimini en dit long, lui aussi, sur l’état de la fédération socialiste. 

Un parfum de revanche pour les écologistes lillois

Comme un malheur n’arrive jamais seul, le PS doit affronter une nouvelle concurrence féroce dans la métropole lilloise. C’est un nouveau séisme politique : les candidats écologistes arrivent en tête dans trois des quatre cantons lillois acquis généralement aux socialistes . Seul le canton de Lille 6 (Lomme-Loos), emmené par Roger Vicot et Valérie Conseil, résiste. Le face à face entre PS et EELV a comme un parfum de revanche pour les écologistes qui n’avaient perdu aux municipales à Lille que de 227 voix face à Martine Aubry. L’écart est, sur chaque canton, de 4 à 6 points en faveur des Verts. Il est donc vraisemblable qu’ils fassent leur entrée au conseil départemental du Nord pour la première fois de leur histoire.           

Dans le camp d’en face, le président de droite sortant Jean-René Lecerf jubile : « Nous sommes en mesure de garder l’essentiel, pour ne pas dire la totalité, de nos cantons. » Même les divisions au sein de l’UPN, la marque ombrelle de la droite départementale (voir notre encadré ci-dessous) ne semblent pas devoir être préjudiciables. Seule ombre au tableau à ses yeux : le risque de victoire du RN dans le canton de Dunkerque 1 face à la gauche. Le parti de Marine Le Pen ferait alors, lui-aussi, son entrée pour la première fois dans l’hémicycle départemental. Au PS du Nord, l'état d'esprit est plus que morose. « Ce qui est rageant, explique-t-on en interne, c'est qu'on a fait l'effort de concevoir un beau programme, qu'on mène une belle campagne et que tout cela semble ne servir à rien. » Tout est dit.

Les rivalités à droite sans conséquence pour la victoire finale

La gauche n’a pas profité des divisions fratricides à droite. Dans aucun des trois cantons où des binômes de droite s’affrontaient, elle n’est parvenue à s’imposer au second tour. A Lambersart, le combat entre les candidats Jacques Houssin-Marie-Laurence Fauchille et Brigitte Astruc-Daubresse-Olivier Henno semble tourner en faveur des premiers (27,23 % versus 25,76 %). A Templeuve, c’est l’attelage Luc Monnet-Charlotte Parmentier-Lecocq qui vire en tête (33,96 %) face au tandem Joëlle Cottenye-Sylvain Clément (26,03 %). Enfin, à Valenciennes, le duo Valérie Létard-Laurent Degallaix est en tête (36,98 %) mais n’a pas écrasé le match face au binôme de vice-présidents sortants Geneviève Mannarino-Yves Dusart (27,79 %), malgré la venue à Valenciennes de personnalités politiques nationales (Jean-Louis Borloo, Gérard Larcher, Xavier Bertrand…) pour les soutenir.