Ce samedi 23 octobre 2021, au Grand Palais de Lille, après trois heures et quart de meeting marquant le lancement de sa campagne présidentielle, Anne Hidalgo annonce qu’elle abaissera l’âge du vote à 16 ans si elle est élue en 2022. « Qu’est-ce qui justifie encore d’exclure de la vie démocratique ceux qui sont le plus concernés par des décisions prises aujourd’hui, mais qui pèseront demain ? », s’interroge la maire de Paris. 

 

Aux premiers rangs, Martine Filleul, sénatrice socialiste du Nord, ne peut qu’approuver. Elle travaille sur cette mesure depuis près d’un an. Sa proposition de loi sur le sujet sera examinée le 9 décembre prochain au Sénat. L’élue PS n’est pas la seule à se pencher sur la question : Insoumis et écologistes l’ont inscrite dans leur programme pour 2022. Mais l’idée est également portée de l’autre côté de l’échiquier politique. Début novembre, quatre députés de la majorité présidentielle ont déposé leur propre proposition de loi sur le sujet. Parmi eux, Valérie Petit, députée Agir de la neuvième circonscription du Nord.

Deux propositions de lois, un même objectif

Deux parlementaires nordistes, l’une de gauche, l’autre de centre-droit, engagée pour une même cause ? Voilà qui est assez peu commun pour être souligné... même si les deux textes qu’elles soutiennent sont assez différents. La proposition de Martine Filleul s’apparente à un triptyque éducatif et citoyen dont le panneau central est le vote à 16 ans, encadré par l’enseignement obligatoire des sciences politiques dès le collège et l’obligation pour les communes de plus de 5 000 habitants et les départements de se doter d’un conseil municipal de jeunes.

Pour la sénatrice, l’idée est d’instaurer des « mesures d’accompagnement vers cette nouvelle responsabilité qu’est le vote à 16 ans ». Quant à Valérie Petit et ses collègues députés, ils se focalisent davantage sur la majorité en tant que telle. Au-delà du droit de vote, ils proposent également d’abaisser la majorité pénale et l’âge requis pour conduire à 16 ans afin de « responsabiliser la jeunesse ». Si elles diffèrent sur la forme, les propositions se rejoignent sur l’objectif : envoyer un signal de confiance aux jeunes et les pousser à s’intéresser au jeu politique.

« À partir de 16 ans, on peut travailler, conduire accompagné ou exercer l’autorité parentale »

Dans un duo à distance, les deux élues nordistes balaient les arguments qui leur sont souvent opposés. « À partir de 16 ans, on peut travailler, conduire accompagné ou exercer l’autorité parentale. Pourquoi serait-on assez responsable pour faire tout cela et pas pour voter ? Qu’est-ce qui justifie cette différence ? », questionne Valérie Petit. Un raisonnement largement partagé par Martine Filleul : « Ce qu’on m’objecte le plus souvent, c’est la question de l’immaturité. Mais à quel âge est-on mature ? N’a-t-on pas, dans notre entourage, des gens âgés de 30 ou 40 ans qui ne sont pas matures et dont on craint qu’ils ne le soient jamais ? » « Si on commence à avoir des débats sur la capacité cognitive d’un jeune de 16 ans à voter, je me permets d’ouvrir le débat sur les capacités cognitives de tout le monde, tance la députée Agir. Il y a d’autres âges de la vie où la question se pose. »

Un thème de la présidentielle ?

Les esprits semblent très vite évoluer sur le sujet. En octobre 2020, une proposition de loi abaissant le droit de vote à 16 ans était défendue en commission des lois par la députée ex-LREM Paula Forteza, avant d’être rapidement écartée par la majorité présidentielle. La proposition actuelle des quatre députés macronistes montre combien la situation a changé. Récemment, c’est Clément Beaune, secrétaire d’État aux Affaires européennes, qui s’est positionné en faveur du droit de vote à 16 ans. Dans un entretien accordé à L’Opinion le 13 octobre dernier, ce très proche d’Emmanuel Macron plaide pour que le sujet soit mis dans le débat de la campagne présidentielle, tout en nuançant qu’il « faut d’abord mobiliser les 18-25 ans qui ont déjà le droit de vote. Et ensuite élargir ce droit. » 

« 18 ans, c’est le pire âge pour commencer à voter »

Pourquoi, en effet, vouloir abaisser le droit de vote à 16 ans lorsque l’on observe une abstention historique de 87% chez les 18-24 ans lors des dernières élections régionales ? La réponse du politologue canadien Bernard Fournier, qui travaille depuis 40 ans sur l’intérêt et l’engagement politique des jeunes, se veut rassurante : « Plus on vote tôt, moins on va avoir recours à l’abstention au cours de sa vie, affirme-t-il à Mediacités. Commencer tôt crée une sorte d’habitude au vote à laquelle on a moins tendance à déroger. » Il concède toutefois qu'« il existe très peu de revendications des jeunes pour le droit de vote à 16 ans. Ils sont globalement opposés à cette proposition. »

Bernard Fournier ne s’en prononce pas moins en faveur de cette mesure. « Dix-huit ans, c’est le pire âge pour commencer à voter, car notre vie change beaucoup ; on intègre l’université, on s’éloigne de la famille et on vit toutes sortes d'expériences qui font que la politique est le dernier de nos soucis. Seize ans est un meilleur âge, car beaucoup de jeunes sont encore dans le système éducatif. L’école est une structure encadrante où l’on peut initier les jeunes à la politique et leur faire comprendre qu’ils doivent s’intéresser à la chose publique. »

L’argument ne manque pas de poids. Pas sûr qu’il suffise à Martine Filleul pour faire passer sa proposition de loi. Celle-ci sera vraisemblablement rejetée par la majorité de droite au Sénat. Quant à celle de Valérie Petit et des députés centristes, elle n’aura pas le temps d’être inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, d’ici la fin de la législature. La bataille du droit de vote à 16 ans ne fait que commencer...

Avatar de Hugo Palacin
Journaliste en formation au sein de l’Académie de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, je suis de près l'actualité politique de la métropole lilloise depuis 2018. Après avoir couvert les élections municipales lilloises pour un média étudiant local, ma collaboration avec Mediacités a débuté en septembre 2020. Attaché à l’indépendance des médias, j’espère apporter humblement ma pierre à l’édifice au sein de Mediacités afin de vous proposer une information locale d’utilité publique.