«La quadrangulaire est la meilleure configuration possible pour nous. » Dans le camp Caudron, on jubile depuis l’annonce de l’échec d’une grande fusion entre les quatre listes de gauche, seule configuration qui semblait susceptible d’imposer l’alternance à Villeneuve d’Ascq. Malgré d’intenses pressions, le député LFI Ugo Bernalicis n’est pas parvenu à convaincre Pauline Ségard de s’allier avec lui pour mettre un terme à des décennies de « caudronisme ». Dans une vidéo filmée d’une traite, il fustige un choix « inconséquent » de « tambouille irresponsable afin de garder des postes ».
Bien qu’arrivé loin en tête des listes de gauche avec 17,77 % des voix, Ugo Bernalicis se trouve isolé et n’a plus d’autre choix que de suggérer à ses 3 706 électeurs du 1er tour de convaincre chacun une personne pour arracher la victoire. Le potentiel est là, pense‐t‐il, en se remémorant les 12 791 voix qui se sont portées sur son nom aux législatives de juin 2024 dans la ville. Mais il sait bien qu’une municipale n’a pas grand‐chose à voir avec un scrutin législatif. LFI paie ainsi au prix fort le choix, imposé au niveau national par le mouvement, de partir en campagne seul en croyant plier le match haut la main.
« Baronnisation de Villeneuve d’Ascq »
A Villeneuve d’Ascq, une envie de dégagisme flotte dans l’air. « Il y a un renforcement du clanisme, de la baronnisation de Villeneuve d’Ascq », tranche Victor Burette (8,58 % au 1er tour). En rupture de ban avec la majorité, il déplore le rétrécissement de la liste Ensemble pour Villeneuve d’Ascq (EPVA) symbolisée, à ses yeux, par la présence des couples Caudron‐Quesne mais aussi Estager‐Capone. « Villeneuve d’Ascq a besoin de renouveau, dans les idées et les manières de faire en jouant collectif », ne cesse d’entonner pour sa part Pauline Ségard (11,38 %). « Le vrai danger pour notre ville, c’est Caudron et son équipe, ce sont les discours qui opposent, qui désignent, qui excluent », renchérit Farid Oukaïd (6,98 %), qui saisira les tribunaux compétents au lendemain de l’élection pour laver son honneur après les accusations répétées d’« islamisme » et de « communautarisme » de Gérard Caudron.
Ces trois‐là ont donc décidé de s’unir sans LFI. Le blocage – catégorique – en revient au socialiste Victor Burette qui, dès l’annonce de la candidature d’Ugo Bernalicis avait publié un communiqué au vitriol : « Les gardes rouges insoumis feraient bien de réécouter L’Internationale : comme le dit la chanson, “il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun” ». Sur les réseaux sociaux, l’incompréhension – voire la colère – devant l’échec d’une union à quatre domine. « La brutalité, le sectarisme et la politique politicienne, c’est Pauline Ségard et Victor Burette », tance Olivier Treneul, l’un des plus fervents soutiens d’Ugo Bernalicis.
« Notre rassemblement n’est pas anti‐LFI, rétorque‐t‐on du côté du Printemps villeneuvois. Nous partageons votre analyse sur la diabolisation de LFI et n’y avons jamais cédé. Nous ne sommes juste pas parvenus à faire un rassemblement plus large. » Fabien Delecroix, pourtant proche du député insoumis dont il a fait toutes les campagnes, avance un argument imparable : « Pour fonctionner ensemble, il faut des modes de fonctionnement compatibles. Or nous avons un problème avec la méthode de LFI. La fin ne justifie pas tous les moyens. »
L’arithmétique n’est pas la politique
Sur le papier, il manque 786 voix aux scores cumulés des trois listes pour égaler celui de Sylvain Estager (30,69 %). « C’est beaucoup mais faisable », veut croire Victor Burette. Sauf qu’il est connu que l’arithmétique, ce n’est pas de la politique ! L’électorat de Farid Oukaïd, par exemple, le suivra‐t‐il ou se reportera‐t‐il sur la liste insoumise ? Y aura‐t‐il à l’inverse un afflux de voix vers la nouvelle liste fusionnée si elle parvient à incarner l’alternance pour capter le vote utile ?
Un sondage non rendu public, réalisé du 9 au 13 février auprès de 530 Villeneuvois inscrits sur les listes électorales, montre toute la complexité des pronostics. Il établit une porosité importante entre l’électorat Oukaïd et LFI, mais aussi entre le Printemps républicain et LFI ou entre la liste de droite de Vincent Balédent et celle conduite par Sylvain Estager. Autre enseignement : l’équipe sortante apparaît gagnante dans tous les cas de figure et cela alors même que les intentions de vote ont été testées en présence d’une liste RN !
Dans cette étude d’opinion, le Rassemblement national réunit 12 à 13 % des suffrages (NB : la marge d’erreur est de 3 %). Des suffrages qui, on peut le penser, sont prélevés pour moitié sur la liste Baledent (elle est créditée de 15 % alors qu’elle en a réalisé 23,43 % au 1er tour sans concurrent RN) et de l’autre sur la liste Estager‐Caudron (créditée de 22,5 % alors qu’elle a réuni 30,67 %). L’absence du RN est donc un atout supplémentaire pour l’équipe municipale sortante, dont la liste est de loin la plus « attrape tout ».
A Villeneuve d’Ascq, rien ne se passe exactement comme ailleurs. La ville garde en mémoire le combat historique de Gérard Caudron contre son absorption au sein de Lille – elle devient Lille‐Est. Sylvain Estager continue de jouer la carte de la préservation du modèle villeneuvois. « Pas de grands partis. Pas de slogans creux. Juste des citoyens engagés pour leur ville », résume‐t‐il. Ce pragmatisme, qui valorise la stabilité d’une ville « nature et nourricière » dans laquelle il fait bon vivre, sera‐t‐il suffisant pour l’emporter ? Réponse dimanche soir.
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