Dans votre boîte aux lettres, sur votre marché, sur le pare-brise de votre voiture… A l’approche des élections locales, les tracts des candidats sont déjà partout. Parce qu’ils doivent condenser en peu de mots et d’images une démarche politique, ils racontent beaucoup de ceux qui brigueront nos scrutins les 15 et 22 mars prochains. Mediacités a décidé de décortiquer ces bouts de papier hautement stratégiques. Premier sur la liste : le candidat des Républicains à l’hôtel de ville de Lyon, Etienne Blanc

tract recto verso

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1. UN BLANC VERT D'EAU

Ces élections municipales seront placées sous le signe de l’écologie ou ne seront pas. Va, donc, pour un tract vert ! Vert d’eau plus exactement pour Etienne Blanc. Clin d’œil à son attachement à la terre d’étangs qu’est la Dombes, où le candidat LR chasse de temps à autre ? L’environnement fait en tout cas partie « des trois grands axes » de sa campagne, avec « la sécurité et la proximité ».

Concrètement ? L’actuel vice-président de Laurent Wauquiez à la région promet « 600 corolles [de gros pots de fleurs] pour créer la plus grande toiture végétale et naturelle du monde », la plantation de 500 000 arbres et arbustes (en incitant les Lyonnais à le faire d'eux-mêmes) ou encore « un plan hydrogène » pour les véhicules municipaux. Mais son écologie a des limites : le prétendant à la succession de Gérard Collomb qui veut « faire respirer Lyon » reste un fervent partisan de l’Anneau des sciences, le très contesté projet de périphérique ouest.

2. CACHEZ CE PARACHUTAGE...

Huit lignes de biographie au recto mais pas un seul mot sur son passé de maire de Divonne-les-Bains (Ain). Etienne Blanc a régné sur la cité thermale du pays de Gex pendant 28 ans (de 1991 au 31 janvier 2019). Ce n’est pas rien ! Mais ce serait risquer le procès en parachutage que de mentionner ces cinq mandats dans une commune autre que celle qu’il souhaite désormais conquérir.

La situation n’est pas sans rappeler un certain Dominique Perben. Son lointain prédécesseur dans le rôle du candidat de la droite à l’élection municipale lyonnaise – c’était en 2008 – était lui aussi un maire emblématique – 19 ans à la tête de Chalon-sur-Saône – avant de se découvrir sur le tard une passion pour la capitale des Gaules. Ce ne fut pas réciproque. Alors, pour conjurer la malédiction Perben, Etienne Blanc préfère souligner sur son tract que c’est à Lyon qu’il a effectué ses études de droit. Bizarrement, pas un mot non plus sur Givors. Le tract fait l'impasse sur la ville où est né et a passé son enfance le candidat, et qui pourrait l’ancrer davantage dans l’agglomération lyonnaise.

3. … ET LE PARTI POLITIQUE

N’est-il pas le candidat des Républicains ? Si. Mais, on a beau chercher, aucune trace du logo du parti qui l’a investi sur ce tract. Oubliées ou plutôt escamotées les lettres « L » et « R » qui déclinent le bleu, le blanc et le rouge du mouvement présidé jusqu’à juin dernier par Laurent Wauquiez. Etienne Blanc se présente comme « le candidat de la droite et du centre ».

Pour le centre, c’est vite dit : le Modem soutient Gérard Collomb (qui n’a pas encore précisé s’il serait tête de liste pour l’élection municipale en plus de l’élection métropolitaine) et l’UDI s’apprête à faire de même [lire L’œil de Mediacités du 19 novembre]. Omettre son étiquette partisane, la tactique est éprouvée – Gérard Collomb s’y est longtemps appliqué. Elle pourrait aussi s’avérer prudente en ces temps de rejet des partis traditionnels...   

4. SOURIRE COLGATE

Sans cravate, noir et blanc élégant, sourire Colgate, regard déterminé : la pose est classique mais efficace. Et contrairement au baron de Lyon, Etienne Blanc n’a pas cherché à se rajeunir sur papier glacé. C’est l’une des fonctions du tract : afficher la bouille du candidat, le faire connaître.

En matière de notoriété, le candidat LR part de loin. Celui qui a élu domicile dans le 3e arrondissement reste inconnu aux yeux de nombreux Lyonnais. Sans compter que, dans les médias, la guerre pathétique que se livrent Gérard Collomb et David Kimelfeld éclipse sa campagne. Mais est-ce un handicap ? Pendant que ses adversaires macronistes s’entre-déchiraient, Etienne Blanc a patiemment désamorcé les ambitions du maire du 6e Pascal Blache. Au verso, une photo de groupe avec les têtes de liste des neuf arrondissements (six femmes et trois hommes, dont l'ex-menace Blache) vient contrebalancer le portrait solo du recto.

5. LA PREUVE RÉGIONALE 

C’est le mantra d’Etienne Blanc : sa méthode de premier vice-président chargé des Finances aurait fait ses preuves dans l’autoproclamée « Région la mieux gérée de France », elle le fera à Lyon. Rien d’étonnant donc à le voir égrener sur son tract les actions locales de son actuelle collectivité (« sauvetage » du musée des Tissus, campus numérique, nouveau lycée à Gerland…).

6. COLLOMB N'EST PAS L'ADVERSAIRE

A noter aussi sa manière de présenter les forces en présence. Selon lui, après mars 2020, Lyon aura un nouveau maire, quelle que soit l’issue du scrutin car « Gérard Collomb a annoncé son souhait de briguer la Présidence de la Métropole de Lyon dont le mandat est incompatible avec celui de maire de la ville ». Certes, mais n’est-ce pas aller vite en besogne ? Comme évoqué plus haut, le sortant pourrait tout à fait conduire les listes municipales voire se rabattre sur l’hôtel de ville de la place de la Comédie s’il échoue au Grand Lyon. Bref, Etienne Blanc évacue un peu vite le baron de l’équation municipale. Son propos lui permet toutefois de ne pas afficher sa candidature contre Gérard Collomb, qu’il sait populaire auprès d’une partie de l’électorat. Habile.

Fiche technique

Format carré et papier glacé légèrement brillant : le tract d'Etienne Blanc a été « imprimé sur papier issus d'usines », comme indiqué en petites lettres en bas à droite du verso, « respectant les règles de gestion forestière durable ». La preuve ? Le logo « PEFC » avec ces deux petits arbres à côté. Raccord avec l'affichage écolo du candidat ? En apparence, car ce label du « Programme de reconnaissance des certifications forestières » est loin d'être exempt de toute critique. En janvier 2017, le magazine Cash Investigation épinglait sévèrement le leader mondial de la certification forestière qui délivrerait son sésame à tort et à travers (le système PEFC repose sur la confiance des déclarants, dont un panel censé être « représentatif » est contrôlé chaque année). D'autres organismes comme Forest Stewardship Council (FSC - Conseil de soutien de la forêt), principal concurrent de PEFC, se montrent plus pointilleux avec des audits effectués avant la certification.