Drôle d’élection. Jamais scrutin local n’aura vécu un entre-deux tours aussi long, ni une abstention aussi forte (plus de 60% à Lyon, avec des pointes à plus de 70% dans certaines communes de la Métropole). Reportés de trois mois pour cause de confinement, les seconds tours des élections municipales et métropolitaines organisés ce dimanche 28 juin vont clore une très longue séquence électorale, entamée il y a plus d’un an et demi avec les premières déclarations de candidature (celle d’Etienne Blanc, à la mairie de Lyon, date d’octobre 2018). Ils vont aussi ouvrir une nouvelle ère politique.

Le 15 mars, il y a un siècle, Mediacités avait tenté de résumé les nombreux enjeux du scrutin et de dresser le récit d’un premier tour placé sous le signe du Covid-19, à Lyon, mais aussi dans les 58 autres communes de la Métropole. Le lendemain, nous tirions les premier enseignements d’un scrutin marqué par la « vague verte » et la débâcle de Gérard Collomb.

Résumer plus d’un an de campagne, ses péripéties, ses dossier clefs, ses petites anecdotes et ses grandes trahisons, n’est pas chose aisée. Nous avons opté pour une liste - non exhaustive - de mots. Ils résument, à notre sens, à la fois l’esprit et le fond de cette campagne hors normes.


GLISSADE • De Pierre Mauroy à Laurent Wauquiez. Le grand écart final de « Gégé » restera le fait saillant de ces élections. Dans les années 1990, Gérard Collomb avait mis sur pied une gauche plurielle avant l’heure, en fédérant le PS, les écologistes et les communistes. Cette alliance l’avait porté à la tête de la ville en 2001. En mai 2020 et trois mandats plus tard, le baron lyonnais, arrivé seulement en quatrième place au premier tour de l’élection métropolitaine, a annoncé, le 28 mai, qu’il se rangeait derrière le candidat de la droite François-Noël Buffet.

Sacré concours de circonstances pour le sénateur LR et ex-maire d’Oullins, qui a été son adversaire lors de deux précédentes élections (en 2001 et 2014) et dont le début de campagne n'avait pas été tonitruant [lire son portrait]. Pour Gérard Collomb, c'est la fin d'un règne (même s'il s'imagine en « copilote » en cas de victoire de son camp). Il avait déjà renoncé à l’hôtel de ville de Lyon, en propulsant à l’élection municipale son adjoint aux Sports Yann Cucherat, qui fait désormais liste commune avec Etienne Blanc, le vice-président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et bras droit de Laurent Wauquiez.

Réflexe de mauvais perdant pour les uns, résultat d’un long glissement vers la droite pour les autres, cet ultime coup de poker est l’aboutissement logique du « système Collomb » décrypté par Mediacités depuis trois ans [lire notre dossier Gérard Collomb en son fief]. Un dispositif fondé sur une forte ouverture au centre, privilégiant les alliances locales sans se soucier des grands clivages nationaux.

A 73 ans, dont quarante-trois passés sur les bancs du conseil municipal de Lyon, Gérard Collomb paie dans les urnes l’usure du pouvoir. Il n’a pas réussi à effacer les stigmates de son passage au gouvernement et a mené une campagne anachronique, ressassant les succès passés (les berges du Rhône, la Confluence) sans admettre les failles du modèle de développement choisi pour l’agglomération lyonnaise, basé sur l’attractivité à tout prix. Jusqu’à apparaître discrédité aux yeux des électeurs, en quête de renouveau [lire notre article : « Gérard Collomb, le combat de trop »]. Sauf retournement de dernière minute - un hypothétique “troisième tour” salutaire - l’ère Collomb s’achèvera au soir du 28 juin. Tel un empereur japonais, l’édile laissera peut-être son nom à une période de l’histoire lyonnaise. Mais son souvenir restera durablement écorné par une fin de mandat en forme de reniement.

 

DÉFECTIONS •  Sauve qui peut ! Après avoir provoqué le retrait de l’investiture LREM de Gérard Collomb, l’alliance « contre-nature » avec Les Républicains a aussitôt conduit plusieurs compagnons de route de l’ancien ministre de l’Intérieur à prendre leurs distances, comme Mediacités l’a documenté ici ou . Affront suprême, trois élus historiques de la Collombie ont même apporté leur soutien aux écologistes honnis une semaine avant le scrutin : Thierry Philip, ancien maire du 3e arrondissement et vice-président de la Métropole, ainsi que Christian Coulon et Bernard Bochard, respectivement maires des 8e et 9e arrondissement. Le dernier figure encore, malgré lui, sur les listes du maire de Lyon ! 

IMG-5303
Bernard Bochard et Thierry Philip (à droite). Photo : NB/Mediacités.

De plus en plus isolé politiquement, Gérard Collomb peut au moins compter sur le soutien des organisations patronales (Medef, CPME, fédération du BTP), qui appellent à l’unisson à repousser les adeptes de la « décroissance » (comprendre : les écologistes). Après trois mandats à cajoler les grosses entreprises locales (comme GL Events ou le groupe Cardinal, le promoteur de la Confluence), c’était la moindre des choses.

 

CLIMAT • Et soudain, les planètes se sont alignées pour les écologistes. Alors que Grégory Doucet raflait plus de 28% des voix à la ville de Lyon au premier tour des municipales (dix points de plus que son poursuivant LR), le chef de file d’EELV à la Métropole, Bruno Bernard, captait plus de 22% des suffrages et arrivait en tête dans huit circonscriptions sur quatorze. Le résultat d’une campagne millimétrée au cours de laquelle les écologistes ont réussi à se positionner comme l’adversaire numéro 1 de Gérard Collomb. La vague verte vient de loin. Des marches pour le climat qui ont rassemblé des milliers de manifestants à partir de l’automne 2018, dans la foulée de la démission de Nicolas Hulot du gouvernement. Mais aussi de la canicule de l’été 2019, particulièrement marquée à Lyon, qui a suscité une certaine prise de conscience sur l’impact du réchauffement climatique sur le quotidien des urbains.

Canicule-Bellecour
Place Bellecour, à Lyon, fin juin 2019. La température flirtait avec les 40°C. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Après s’être alliés avec les listes de gauche, les écologistes entraperçoivent une victoire (bien engagée à la ville, plus incertaine à la Métropole) qui modifierait en profondeur le climat - politique cette fois – lyonnais. En quelques mois EELV est devenue la principale force d’attraction, nouant des alliances avec une gauche recroquevillée sur ses bastions et s’ouvrant aux déçus du macronisme, comme en témoigne le récent soutien du député ex-LREM Hubert Julien-Laferrière. Gouverner la deuxième agglomération de France offrirait au parti vert un précieux marchepied pour briguer l’Elysée en 2022.

 

FAMILLE RECOMPOSÉE Des cousins qui s’évitaient soigneusement lors des repas dominicaux. En rassemblant derrière eux Nathalie Perrin-Gilbert, Renaud Paye et Sandrine Runel, les écologistes ont réussi à finaliser une union de la gauche qu’ils avaient retardée en poursuivant une stratégie « autonomiste », sans nouer d’alliance avant le premier tour. Un embryon de rassemblement avait bien été initié par “la Gauche unie”, qui affichait une belle collection de logos (PS, PCF, Génération.s, Place Publique…) sur ses prospectus. Mais le « cas Perrin-Gilbert », soutenue par la France insoumise et peu avare de tacles à destination de ses anciens camarades de gauche, avait stoppé net les velléités d’union plus large.

Les scores décevants de la Gauche unie (7% pour la socialiste Sandrine Runel à Lyon, 9% pour Renaud Payre à la Métropole) et l’impasse de Nathalie Perrin-Gilbert malgré ses 10% obtenus à la ville de Lyon ont finalement forcé tout ce petit monde à accepter l’évidence : la gauche « traditionnelle » est désormais une force d’appoint pour des écologistes dominateurs.

Toutefois alliance ne veut pas dire réconciliation. A Givors, pourtant la seule ville de la Métropole où le Rassemblement national a une chance de l’emporter à la faveur d’une quadrangulaire, le candidat soutenu par EELV ne s’est pas rangé derrière la maire PCF sortante, alors que les deux partis sont pourtant alliés au niveau métropolitain. Ici, les inimitiés locales ont eu raison de la photo de famille.

 

MÉLENCHON C’est la version moderne des chars soviétiques. A entendre les candidats de l’alliance Collomb-LR, « l’extrême-gauche » serait aux portes du pouvoir lyonnais. « Est-ce que les Lyonnais veulent faire l’expérience périlleuse de confier leur ville et leur métropole à la France insoumise ? », faisait mine de s’interroger Etienne Blanc il y a quelques jours. En réalité, la gauche – radicale ou non – n’a obtenu que des miettes laissées par les écologistes, comme le rappelle Rue89Lyon : les têtes de liste des neuf arrondissements de Lyon sont issues d’EELV, de même que celles de douze circonscriptions métropolitaines sur quatorze. Les candidats de Lyon en commun (les fameux « mélenchonistes ») ne pèsent que pour 5% dans les listes et encore, pas toujours dans des positions éligibles. Comme péril rouge, on a vu plus terrifiant.

 

TOMBEURS • C’est l’histoire de deux « K » qui rêvent d’incarner une troisième voie, entre la politique d’attractivité économique à l’ancienne portée par Gérard Collomb et la droite, et la grande transition environnementale promue par les écologistes et consorts. « Kim » à la Métropole, « Képé » à la ville. Ou la stratégie du non-alignement appliquée à une collectivité locale.

Kepenekian
Georges Képénékian, candidat à la mairie de Lyon. Photo : NB/Mediacités

En affirmant son ambition de rester à la tête de la Métropole de Lyon malgré le retour de Gérard Collomb sur ses terres et en refusant jusqu’au bout de se réconcilier avec son ancien mentor, David Kimelfeld a incontestablement contribué à la chute du baron Collomb : ses listes ont rassemblé 17% des voix à la Métropole, arrivant même en tête dans la circonscription Val de Saône, à la faveur d’une alliance avec les maires Synergies (divers droite). Son ticket Georges Képénékian a eu moins de succès dans la course à la mairie de Lyon : il recueille seulement 12% des suffrages. Pas assez pour espérer la victoire finale, mais suffisant pour modifier les équilibres politiques.

Depuis son arrivée à la tête du Grand Lyon, David Kimelfeld, ancien secrétaire fédéral du PS du Rhône, a su insuffler un peu de progressisme et de modernité au royaume de Gérard Collomb, en réorientant – non sans mal - la politique sociale (sur les mineurs étrangers isolées notamment) ou en s’emparant de la thématique environnementale jusqu’ici délaissée. Surtout, il a capté une partie des 59 maires de la Métropole, notamment les élus « sans étiquette » divers droite de l’Ouest, ancien verrou du système Collomb.

Sur le fond, son programme semble assez proche de celui d’EELV. Le principal handicap de David Kimelfeld réside ailleurs : soutien d’Emmanuel Macron, avec qui il a pris ses distances progressivement, il est entouré de marcheurs de la première heure, comme les députés Anne Brugnera ou Thomas Rudigoz. Une ligne rouge pour les écologistes, avec lesquels « Kim » a tenté de négocier un accord entre les deux tours. Sans succès.

Mais le « dissident » résiste : un sondage de Lyon Capitale publié le 22 juin lui accorde 26% d’intentions de vote. Un résultat en deçà de ceux du duo François-Noël Buffet-Gérard Collomb (32%) et de Bruno Bernard (37%). Toutefois, si aucune majorité ne se dégage au soir du 28 juin, ses troupes seront nécessaires pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. David Kimelfeld n’a peut-être pas dit son dernier mot.

 

INÉDIT Le chauvinisme lyonnais est comblé : cette année, les habitants de la Métropole sont les seuls en France à élire leurs représentants au suffrage universel direct [Lire : L’élection métropolitaine en huit questions].Une originalité qui trouve sa source dans la création, en 2015, de cette collectivité locale taillée sur mesure par Gérard Collomb et Michel Mercier (ancien président du département du Rhône). Le mode de scrutin transforme de facto le Grand Lyon en une immense ville divisée en 14 arrondiss… pardon, en 14 circonscriptions, chacune envoyant un nombre de conseillers proportionnel à sa population, le tout avec une prime majoritaire pour la liste arrivée en tête.

Metropole de Lyon
Le siège de la Métropole de Lyon. Photo : NB/Mediacités.

Un tel système diminue en partie le pouvoir des maires, notamment des petites communes - ce qu'ils n'ont pas manqué de dénoncer -, mais il transforme le Grand Lyon en réelle collectivité où devrait s'épanouir le débat politique [lire l'interview du politiste Gilles Pinson : Election directe du Grand Lyon : « En 2020, le huis clos entre élus volera en éclats »]. Au risque d’un blocage institutionnel si aucun des trois blocs en présence ne prend l’ascendant ? Un tel scénario fragiliserait considérablement le mastodonte métropolitain.

 

BERCEAU • C’est l’un des mythes fondateurs de La République en marche. La larme de Gérard Collomb, le jour de la passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron, a propagé le récit d’un président de la République porté jusqu’au sommet par le maire de Lyon. Celui-ci ne faisait-il pas du macronisme sans le savoir depuis des années, lui qui maniait le « en-même temps », le « ni-droite ni-gauche » et le partenariat public-privé comme personne ?  Il sera le premier à faire confiance à cette incarnation du libéralisme à la française et à lui ouvrir son réseau. Jusqu’à lui confier son bras droit, Jean-Marie Girier, aujourd’hui directeur de cabinet de Richard Ferrand, ou sa plume, Jonathan Guémas, aujourd’hui à l’Élysée.

Mais l’heure des ruptures est venue. De berceau de la Macronie, Lyon est devenu l’un de ses premiers fossoyeurs. Localement, le parti a tardé à se défaire de la mainmise du clan Collomb, incarné par son épouse Caroline  [lire son portrait]. Il n’est pas non plus parvenu à mettre fin à la guerre fratricide avec David Kimelfeld, ni à renforcer l’implantation du parti présidentiel. Mediacités a eu beau chercher, aucune des 59 communes de la Métropole de Lyon ne devrait être dirigée par un candidat de La République en marche au soir du 28 juin. La « capitale du macronisme » n’aura vécu que le temps d’une larme.

 

BASTIONS • L’élection de 2020 est un miroir inversé de celle de 2014. Aux précédentes municipales, la périphérie du Grand Lyon était prise dans une tornade d’alternances, la vague bleue UMP emportant des communes socialistes et communistes historiques (Saint-Priest, Rillieux-la-Pape, Pierre-Bénite), le PCF perdant aussi Vaulx-en-Velin au profit de la socialiste Hélène Geoffroy. Mais à Lyon, Gérard Collomb conservait sa place.

Cette année, c’est principalement la ville centre qui est susceptible de changer de couleur, tandis que les bastions banlieusards campent sur leurs positions : la gauche devrait conserver haut la main Villeurbanne, devenu le totem socialiste de l’agglomération, ainsi que la forteresse PCF de Vénissieux ou encore Vaulx-en-Velin, avec Hélène Geoffroy, investie par le PS… et soutenue par LREM comme par David Kimelfeld. A droite, la stabilité est déjà acquise : Caluire-et-Caluire, Saint-Priest, Décines-Charpieu et Rillieux-la-Pape ont reconduit dès le premier tour leurs maires Les Républicains. Seule le résultat à Bron, où un chargé de mission de Laurent Wauquiez tente de faire tomber ce bastion socialiste, reste très incertain.

> A lire aussi sur Mediacités : Votre commune est-elle un bastion de gauche, de droite ou centriste ?

 

VESTE • Comme celle que s’est prise Denis Broliquier, qui obtient au passage le prix de la persévérance : pour sa quatrième tentative à la ville de Lyon (3,7% des voix en 2014, 6% en 2008 et 5,4% en 2001), le maire (divers droite) du 2e arrondissement de Lyon est resté fidèle à ses habitudes, en captant à peine 4% des suffrages. Il avait pourtant scellé une alliance centriste avec un autre serial candidat, Eric Lafond, qui se présentait à la Métropole, sans plus de succès. Une veste aussitôt retournée : Denis Broliquier figure désormais sur les listes de l’alliance Cucherat-Blanc, pour, dit-il, « faire barrage à l’extrême gauche et à l’idéologie ».

IMG_8959
Denis Broliquier et Eric Lafond, le 6 février. / © M.Régis

 

EXTINCTION • Chers lecteurs, Mediacités vous doit des excuses. En mars dernier, juste avant le premier tour des élections, nous nous étions aventurés à un pronostic : « Seul le Rassemblement national, mené par l’ancien mélenchoniste Andréa Kotarac, pourra presque à coup sûr crier victoire dès le soir des élections. Grâce au mode de scrutin, qui lui est bien plus favorable que par le passé, le parti d’extrême-droite devrait faire une entrée fracassante à la Métropole, où il ne compte pour l’heure que deux élus », écrivions-nous. Bien mal nous en a pris. Le parti de Marine Le Pen est ressorti laminé du scrutin du 15 mars.

Aucune de ses listes n’a pu se maintenir dans les neuf arrondissements de la ville de Lyon, où le RN ne comptera donc plus aucun élu. Le tableau est à peine moins catastrophique à la Métropole, où il ne reste présent que dans trois circonscriptions sur quatorze, sans réel espoir de briller. Une « déception » pour un parti d’extrême-droite en voie de disparition dans l’agglomération, admettait son patron local Antoine Melliès. Il peut seulement espérer l’emporter à Givors, bien aidé par l’incapacité de la gauche locale à s’unir face à lui. Ces élections illustrent la mauvaise implantation du RN sur le territoire, où le parti n’a pas pu s’aligner partout, faute d’avoir suffisamment de militants pour labourer le terrain sur le long terme.

 

MASQUES • Il y a ceux qui tombent à la faveur des alliances biscornues nouées sur le tard, et il y a ceux que les élus distribuent devant les caméras. Officiellement suspendues pendant le confinement, les campagnes se sont en réalité poursuivies sur le terrain sanitaire, chaque collectivité rivalisant de promesses en matière de livraisons de masques – sans toujours tenir les délais, comme Mediacités l’a documenté - ou de plan de relance économique, à l’image du fonds de 100 millions d’euros voté début juin par la Métropole de Lyon, sous la houlette de David Kimelfeld.  Une manière d’occuper le terrain sans trop se mettre en danger : la plupart des promesses post-Covid seront à la charge des futurs exécutifs.

 

ANNEAU • C’était le sujet clivant de cette campagne. Le bouclage du périphérique Ouest, le fameux « Anneau des sciences », n’a pourtant pas résisté à l’épreuve du confinement. Alors que Gérard Collomb (et le RN) s’est longtemps accroché à ce projet, dans les cartons du Grand Lyon depuis vingt ans, promettant la circulation de 60 000 véhicules (à hydrogène ou non) par jour, le maire de Lyon a finalement rendu les armes, au motif que la crise économique qui s’annonce ne permettait plus son financement. L’Anneau des sciences faisait l’objet d’une opposition intense des écologistes et de la gauche, qui l’avaient érigé en symbole du passéisme de la vision de Gérard Collomb [Lire : Métropole de Lyon, dix projets anachroniques dans le « monde d’après »], tandis que la droite avait annoncé un prudent moratoire sur le sujet.

Le dossier reste symptomatique de la place majeure occupée par les enjeux de mobilité dans la campagne métropolitaine, qui a vu se multiplier les annonces de création de lignes de métro, de tramway, de « RER à la lyonnaise » ou de plans vélos gargantuesques. Stratégique, le sujet a éclipsé d’autres dossiers majeurs de cette élection, comme celui du logement social, dont le rôle est pourtant crucial dans le développement équilibré du territoire, malgré les annonces ambitieuses portées notamment par la gauche.

 

GÉRARDINIÈRES Cette campagne a aussi été celle du greenwashing. Pour contrer la dynamique écologiste, les candidats aux élections municipales et métropolitaines se sont livrés à une surenchère d’annonces sur le thème de la végétalisation. A l’image d’Etienne Blanc qui promettait de planter pas moins de 500 000 arbres dans la commune et la création d’une « canopée urbaine », tandis que François-Noël Buffet annonçait un Central Park lyonnais reliant les parcs de la Confluence et de Gerland avec le futur quartier de la Saulaie, à Oullins.

Mais la tentative de verdissement la plus emblématique restera celle de la ville de Lyon, rue du Président Edouard Herriot. Entamée à l’été 2019, l’installation de bacs à fleurs et à arbustes dans l’artère de la Presqu’île s’est retrouvée dans le collimateur des associations de cyclistes, qui dénonçaient empiétement des « gérardinières » sur les pistes cyclables et la voie de bus, sans perturber la circulation des voitures. Après des mois de fronde, la ville a mis fin à cette « expérimentation », discrètement, pendant le confinement. L’opération aura coûté près de 600 000 euros à la commune. Un peu cher pour un tract électoral raté.

vegetalisation-edouardherriot
Les bacs à fleurs de la discorde, rue du Président-Edouard-Herriot, en septembre 2019. Photo : NB/Mediacités.

 

CONNARDS • Amateurs de finesse et de joutes oratoires grandioses, passez votre chemin. La campagne électorale lyonnaise aura été parsemée de noms d’oiseaux, pour la plupart adressés par le clan Collomb à ses adversaires. Le florilège a commencé dès le mois de novembre. En marge d’un conseil municipal, l’élu Roland Bernard, proche de Gérard Collomb, s’en prenait violemment à Thomas Rudigoz et à d’autres élus LREM qui venaient tout juste d’officialiser leur ralliement à David Kimelfeld. Furax, l’élu avait invoqué « Les Douze salopards », avant de faire pleuvoir les injures : « Traître », « minable » [lire l’Oeil de Mediacités du 19 novembre].

Début mai, en plein conseil municipal organisé en visioconférence, c’était au tour de Gérard Collomb d’oublier d’éteindre son micro et de traiter de « conne » Myriam Picot, la maire du 7e arrondissement, avant de s’excuser. Puis ce fut au tour de Christophe Marguin, le cuisinier patron des Toques blanches et candidat dans la circonscription Lyon Nord pour l'alliance Collomb-LR, d'offrir un moment de poésie. Filmé par les caméras de l’émission "C politique" (France 5) aux côtés de Yann Cucherat, il n’a pas pu s’empêcher de décrire en termes fleuris les électeurs d’EELV : « Ceux qui me font de la peine, c'est les connards qui votent pour eux ».

Dernier dérapage et non des moindres, cela de l'horloger de luxe Jean-Louis Maier. Ce soutien de l'alliance Collomb-LR a pulvérisé le point Godwin en comparant Bruno Bernard à Adolf Hitler au micro d'Arte radio. Un registre consternant pour des responsables politiques parfois de premier plan, qui dénote, au mieux un manque de retenu, au pire une conception fort peu apaisée de la chose politique.

 

LUNETTES • Choyé par les médias au moment de son divorce avec Gérard Collomb, David Kimelfeld a ensuite été relégué au second plan au fur et à mesure de l’ascension des écologistes. Pour tenter de gagner en notoriété, les équipes de « DK » et de son comparse « GK » (Georges Képénékian) ont donc multiplié les coups marketing. David Kimelfeld était ainsi représenté par ses seules lunettes sur des affiches électorales. Une sorte de « demain j’enlève le bas » politique.

Le candidat s’est aussi fendu d’un clip de campagne dans lequel des passants tentaient de prononcer son nom ou dernièrement d’une « déambulation virtuelle », sorte de Google street view électoral le mettant en scène avec des colistiers sur un marché de la ville. Dans un registre bien moins amusant, David Kimelfeld très présent sur les réseaux sociaux, a aussi fait l’objet de plusieurs attaques antisémites. Virtuel ou pas, le débat politique n’a pas échappé aux errements de l’époque.