S’est-il déjà replongé dans sa bibliothèque ? « J’aurai le temps de la lecture », avait rétorqué Gérard Collomb à Mediacités, en mars dernier, quand nous l’avions interrogé sur ses projets en cas d’échec électoral. Trois mois et une vague verte plus tard, le futur ex-maire de Lyon - Grégory Doucet doit officiellement lui succéder lors d’un conseil municipal ce samedi 4 juillet - est renvoyé à ses livres. Avant cela, « Gégé » devrait remettre lui-même l’écharpe tricolore à l’écologiste. Selon la tradition, c’est le doyen de l’hémicycle fraîchement élu qui s’y colle. La scène vaudra symbole.

Le baron a tout perdu. À la Métropole, qu’il ambitionnait de reconquérir, il arrache une douzaine de sièges, le sien compris, pour ses colistiers du premier tour. Douze élus sur 150. Le scrutin qu’il avait lui-même façonné avec une forte prime majoritaire lui revient en pleine figure comme un boomerang. À la ville, son poulain Yann Cucherat termine la course en recueillant 30,8% des voix sur l’ensemble de la ville. Soit 20 points derrière Grégory Doucet. Et dans les deux arrondissements qui échappent aux Verts, les gagnants de l’alliance Collomb-LR (Pascal Blache dans le 6e, Pierre Oliver dans le 2e) sont issus de la droite et non de l’écurie du maire de Lyon.                   

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L'hôtel de ville de Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Claque suprême : en dehors du 1er arrondissement où seule la liste EELV-Union de la gauche était présente au second tour, les écologistes réalisent leur meilleur score dans le 9e. Le fief de Gérard Collomb, où il se représentait une énième fois. Son adversaire Camille Augey, 28 ans, l’a ridiculisé. Elle ne lui concède que 36,8% des suffrages.                  

« Bien sûr qu’il siégera »

« À un moment donné, il faut savoir passer la main », commentait, au lendemain du vote, Gérard Collomb devant l’hôtel de ville. C’est une façon de voir les choses : vu la débâcle de ses candidats, les électeurs la lui ont plutôt forcée… « On n’est pas éternel », ajoutait le septuagé-maire qui a fêté ses 73 ans le 20 juin dernier. La veille, devant les caméras il déclarait aussi : « C’est la fin de ma vie politique ».

Là aussi, tout est relatif, car Gérard Collomb n’a aucunement l’intention de démissionner de ses mandats municipal et métropolitain. « Bien sûr qu’il siègera, confirme son adjoint Jean-Yves Sécheresse. Il aura sa propre autonomie, sera amené à s’exprimer sur le cours des choses. » Le baron ne devrait pas présider son groupe d’opposition, pour laisser la place à Yann Cucherat.

« Il apportera son expérience. Jean-Jack Queyranne [l’ex-président socialiste de Rhône-Alpes] est bien resté dans l’opposition à la région », relève l’UDI Christophe Geourjon, rallié dès le premier tour à Gérard Collomb et qui figure parmi les rescapés du scrutin (il est élu à la Métropole et au conseil du 7e arrondissement, mais pas à la mairie centrale). « Collomb n’aura pas le côté aigri et commentateur fielleux de Queyranne. Il sera économe en petites phrases et s’inscrira dans le débat politique », veut croire Jean-Yves Sécheresse. Les premiers mois du mandat diront si l’ancien ministre de l’Intérieur, maître de la ville et de son agglomération pendant près de vingt ans, arrivera à se contenter de son strapontin d’opposant…

Reformater la Métropole

En attendant, « le système Collomb est à terre, se réjouit Olivier Brachet, ancien vice-président du Grand Lyon. Mais la désintoxication doit aussi passer par un reformatage de la Métropole : il faut doter les vice-présidents de moyens pour travailler, de collaborateurs. Sinon, le fonctionnement restera centralisé autour du président ».

Celui qui avait claqué la porte de la Collombie dès 2015 a mené campagne pour David Kimelfeld. « J’ai été de ceux qui ont désinhibé le système. J’ai d’ailleurs poussé David [Kimelfeld] à couper les liens, à tuer le père, ce qu’il a fait politiquement. Ce n’est que depuis quelques mois, après son retour raté du gouvernement, qu’on s’est dit, à Lyon, qu’on pouvait contester Collomb. La critique s’est libérée », analyse-t-il.

« Gérard Collomb restera-t-il un grand maire de Lyon ? »

Le dispositif politique patiemment construit par le baron au cours de ses mandats avait commencé à s’effondrer bien avant le vote du 28 juin. La division avec l’ancien dauphin David Kimelfeld avait dévitalisé ses troupes, réduisant la garde rapprochée de Gérard Collomb à quelques élus, comme Fouziya Bouzerda ou Louis Pelaez. « Des troisièmes couteaux », grince Olivier Brachet. Le premier tour des élections municipales et métropolitaines puis l’alliance « sauve-qui-peut » avec Les Républicains a achevé le travail.

Cette fin de règne rocambolesque - « Pathétique ! », titrait début juin Lyon Mag - entachera-t-elle le souvenir des années Collomb ? Sur France inter, ce lundi 29 juin, Léa Salamé pose la question à Grégory Doucet : « Gérard Collomb restera-t-il un grand maire de Lyon ? ». L’écologiste ne répond ni oui, ni non. « Il s’est beaucoup engagé pour cette ville, il a de grandes réalisations à son actif », élude-t-il.

De là à parler au passé... Ce dimanche 28 juin, avant que ne remontent les premiers résultats des bureaux de vote, Gérard Collomb badine devant la presse, aux côtés de son partenaire François-Noël Buffet, alors candidat LR à la Métropole. « S’il y a une poussée [verte], on revient dans six ans et on reprend tout », lâche-t-il. Simple boutade ?