Logements de l'île de Nantes. / © CC Jean-Pierre Dalbéra

Logement à Nantes : les dix idées des candidates pour endiguer la hausse des prix

Question de Bérangère. L’accès au logement à Nantes : quelles mesures pour endiguer la flambée des prix (que ce soit pour la location ou l’achat) ?
 
Bonjour,
 
A Nantes comme dans beaucoup de métropoles, trouver un logement relève parfois (souvent) du défi. Un problème lié, pour une grande part, à la hausse des tarifs de l'immobilier. Selon le baromètre Meilleurs Agents, la cité des Ducs a vu le prix du mètre carré bondir de 50 % sur les dix dernières années. Un constat qui propulse le logement comme un sujet majeur de la campagne municipale. Mediacités a donc sollicité les représentants des six principales listes candidates à la mairie de Nantes : Laurence Garnier (LR), Julie Laernoes (EELV), Margot Medkour (liste citoyenne, soutenue par France insoumise), Johanna Rolland (PS), Valérie Oppelt (LREM) et Éléonore Revel (RN). Si tous n’ont pas publié leurs programmes définitifs, ils ont accepté de nous livrer quelques-unes de leurs idées.

1. Continuer à construire

Les différentes candidates interrogées n’ont pas la même vision de la politique de l’habitat à mener mais presque toutes s’accordent sur un point : il faut construire ! Selon l’Agence d'Urbanisme de la Région Nantaise (Auran), l’aire urbaine de Nantes gagne 13 000 habitants chaque année. Les logements manquent pour répondre à une telle attractivité, ce qui constitue le premier facteur de la flambée du mètre carré. En cas de réélection, Johanna Rolland se fixe un objectif de 9 000 logements supplémentaires par an (5 000 logements sociaux et 4 000 intermédiaires) au cours de la prochaine mandature. Même la candidate des verts, Julia Laernoës le concède : « Pour essayer de contenir cette hausse (de la population, ndlr), nous n’avons pas d’autre choix que de continuer à construire. Mais pas n’importe comment. Il faut adapter les logements au défi climatique en ayant pour objectif de ne pas artificialiser de nouvelles terres. » Seule voix discordante dans cette unanimité, Éléonore Revel. La candidate RN ne « veut plus qu’on construise à Nantes. »

2. Développer l’office foncier solidaire

Pour tenir les objectifs de construction et permettre au plus grand nombre d’accéder au logement, l’idée de développer l’activité de l’Office foncier solidaire revient souvent. Ce dispositif, autorisé depuis 2014 et la loi Alur, a été initié par la maire sortante, Johanna Rolland. Après des villes pionnières comme Lille et Paris, Nantes a franchi le pas en juin 2019. L’Office foncier solidaire aide les ménages en dessous d’un certain plafond de ressources à devenir propriétaires. Il leur permet de ne payer que les murs de leur habitation. Le terrain, propriété de l’organisme, est dissocié et ne donne lieu qu’au paiement d’un loyer très minime. La Métropole assure que cela permet de contenir le prix des terrains tout en faisant économiser de 30 à 40 % à l’acheteur sur son logement. Du côté de la liste de Valérie Oppelt, on souhaiterait aller plus loin : « Nous aimerions créer un office foncier libre pour encourager la propriété sur le marché privé. Le foncier serait lui aussi dissocié du bâti mais cela ne viserait plus seulement les ménages modestes. »

3. Recourir davantage à la préemption

Margot Medkour veut utiliser le droit de préemption de la municipalité dans les quartiers en cours de gentrification. Pour la candidate citoyenne, la mairie doit acheter systématiquement des biens dans ces zones afin de conserver du logement social et réguler les prix. « Il faut que la mairie utilise toutes ses prérogatives pour sortir de cette crise », estime-t-elle.

4. Réquisitionner des logements vides

Malgré la demande de plus en plus forte, des logements vides subsistent à Nantes (6,1% du parc total en 2016, selon l'Insee, soit tout de même plus de 10 000). La candidate EELV Julie Laernoes souhaite consacrer 1% du budget métropolitain à des réquisitions. Objectif : utiliser ces logements vacants pour accueillir les habitants des bidonvilles, les migrants, les SDF, etc.

5. Favoriser l’achat en groupe

Faire sortir de terre de nouveaux logements ne suffit pas. La plupart des candidats réfléchissent au développement de nouvelles formes d’habitat. Très à la mode, le participatif permet aux habitants de se regrouper pour acheter et façonner le logement selon les besoins. Les espaces privés sont délimités des autres, accessibles à tous. Une façon de lutter contre l’isolement, tout en réalisant des économies.

6. Contenir Airbnb

Si l’offre de logement sur Nantes est insuffisante, beaucoup incriminent la plateforme de location courte durée Airbnb. La loi prévoit une limite de 120 jours de location par an. La liste "Nantes Ensemble" de Julie Laernoës souhaite réduire ce seuil à 45 jours. D’autres, comme "Nantes en Commun" (Margot Medkour), comptent dédier une équipe municipale au contrôle des locations effectuées sur la plateforme et au respect de la loi. Membre de la liste de Johanna Rolland, Bassem Asseh rappelle que la ville a déjà intégré le réseau Eurocities afin de faire pression sur l'Union Européenne pour un meilleur encadrement. Les autres candidats ne se sont, semble-t-il, pas encore positionnés sur la question.

7. Encadrer les loyers

Même refrain pour l’encadrement des loyers, permis par la loi Elan. Margot Medkour comme Julie Laernoës en font une mesure phare. Étant classée « zone tendue », la ville de Nantes procède déjà à un certain encadrement. Les loyers ne peuvent être augmentés qu’à certaines conditions. La loi Elan va plus loin en encadrant le niveau de tous les loyers. Reste à s’assurer que les conditions d’application de la loi seront bien remplies afin ne pas connaître les mêmes complications qu’à Paris ou Lille, où le dispositif a été recalé un temps par le tribunal administratif.

Candidat sur la liste LREM, Hervé Grélard s’inquiète du potentiel effet néfaste de cet encadrement sur les investisseurs. Il évoque la création d’un réseau d’investisseurs locaux pour mieux responsabiliser ces derniers. « C’est un moyen de maintenir une capacité à produire du locatif privé intermédiaire et donc d’éviter l'encadrement des loyers », indique le conseiller municipal d’opposition.

8. Aider à la rénovation énergétique

« Ce qui coûte cher dans le logement, ce sont aussi les frais liés. » C’est le constat dressé par Bassem Asseh, colistier de la maire sortante. Avec 500 rénovations par an, la liste de Johanna Rolland propose un plan pour lutter contre les « passoires énergétiques ». Une mesure qui concerne les foyers les plus démunis. « Ce sont eux qui subissent le coût de l’énergie. Or ils ne peuvent pas financer la rénovation eux-mêmes », indique Bassem Asseh. Sur le prochain mandat, 56 millions d’euros d’aide financière sont prévus. Le conseiller municipal annonce la couleur : d’ici 2025, l’objectif est qu’il n’y ait plus aucune « passoire énergétique ».

9. Encourager l’installation hors de la métropole

Éléonore Revel considère que les problématiques de logement ne relèvent « pas directement du rôle du maire ». Mais la candidate RN avance, tout de même, une solution contre la hausse des prix. Hostile à toute nouvelle construction, elle souhaite encourager l’emménagement hors de Nantes : « Il faut permettre aux gens de s’installer à la campagne, à 30 ou 40 kilomètres de Nantes ». Elle appelle de ses voeux « une dé-métropolisation de la ville. » Comment compte-t-elle s’y prendre ? C’est en « phase de réflexion », indique-t-elle.

10. Changer l’échelle de la réflexion

Pour le prochain mandat, la représentante LR Laurence Garnier souhaite raisonner à une échelle élargie et non plus simplement celle de la ville ou de la métropole. « Il est urgent de réfléchir à une métropole locomotive et non plus aspirateur du bassin de vie nantais », explique-t-elle. La candidate compte repenser la politique d’aménagement du territoire au niveau du département. Une ambition qui nécessite, selon elle, de répartir les activités et de mieux connecter les territoires, ce qui implique de travailler avec les autres villes fortes du département. « Il y a environ 17 000 nouveaux habitants en Loire-Atlantique chaque année, dont 10 000 qui s’installent sur la métropole, avance la candidate de "Mieux vivre à Nantes". Il faut réussir à rééquilibrer tout ça. » L’idée implique un fort bouleversement des politiques de logement, de services mais aussi d’emploi. Allié au sénateur Ronan Dantec et à son mouvement Territoires 44, Johanna Rolland souhaite elle aussi mettre sur pied de meilleures coopérations entre la ville et les territoires qui l'entoure afin de favoriser un développement plus harmonieux (lire notre enquête sur le projet porté par la maire sortante et le sénateur écolo Ronan Dantec).

Romain Bizeul

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