Sept jours… C’est d’ordinaire le temps qui sépare le premier du second tour des élections municipales. Cette année, ce délai aura été porté à 104 jours. 104 jours vécus pour une bonne part sous confinement et sous la menace du coronavirus ; 104 jours pendant lesquels la gestion de l'urgence et de la crise a pris le pas sur les programmes et les promesses de campagne ; 104 jours durant lesquels les rêves de "monde d'après" ont fleuris avant, parfois, de faner aux réminiscences du monde d'avant.

Dimanche 28 juin, date à laquelle est fixé le second tour, cela fera donc 104 jours que de Nantes à Rezé, de Couëron à Sainte-Luce-sur-Loire, les habitants de la métropole se sont rendus une première fois aux urnes. Pas nombreux. Dans le doute, voire la colère, face au maintien du scrutin pour certains, auxquels s'ajoutait pour d'autres la peur de la contagion. Des sentiments qui restent parfois le seul souvenir de ce dimanche électoral si particulier.

Ses résultats ayant été entérinés et alors que la campagne électorale a repris de plus belle, voici de quoi rafraîchir les mémoires. A un mois tout juste du second tour des municipales, retour, en cinq cartes, sur les principaux résultats du premier.

Bidule_carre_512px Une abstention massive et inédite

Le 15 mars au soir, le principal vainqueur d’une élection placée sous le signe de la Covid-19 portait un nom : abstention. A Nantes, comme dans bon nombre des communes de la Métropole, elle atteignait un niveau record pour une élection municipale. Dans la ville centre, 73 768 personnes seulement s’étaient déplacées dans les bureaux de vote, soit 38,67 % des inscrits et près de 15 points de moins que six années auparavant. A deux exceptions près, le phénomène était le même dans l’ensemble des 24 communes de la métropole. A Brains, l’abstention gagnait même 28,58 points (70,03% contre 41,45%)… Dans 11 communes, plus de 60% des électeurs n’avaient pas déposé de bulletin dans l’urne. Dans 22 sur 24, ils étaient moins de la moitié à s’être déplacé… Ce n’était pas arrivé une seule fois en 2014.

Carte 1 : l'abstention à Nantes et dans la métropole au premier tour des municipales 2020

(Cliquez sur une commune pour plus de détails)

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74 % des électeurs de la Métropole appelés aux urnes

Sauf décision contraire du Conseil constitutionnel ou nouvelles alarmantes sur le front de l’épidémie, le second tour de ces élections municipales se déroulera donc le 28 juin prochain. Ce jour là, 74 % des 443 750 habitants de la Métropole inscrits sur les listes électorales seront appelés à se rendre dans leur bureau de vote. Une majorité écrasante, donc, qui s’explique par le poids démographique de Nantes (190 746 électeurs à elle seule). En réalité, le scrutin ne sera organisé que dans dix communes (en rouge sur la carte) sur les 24 que compte la métropole : Nantes, bien sûr, mais aussi Bouguenais, Couëron, Indre, Le Pellerin, Orvault, Rezé, Saint-Herblain, Sainte-Luce-sur-Loire et Thouaré-sur-Loire. Dans toutes les autres, le premier tour a suffi et les maires élus ont été installés cette semaine. Vous trouverez leurs noms et leur score en cliquant sur les communes en gris sur la carte.

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Quelques points chauds à surveiller

Fusion de listes, répartition des postes, évolution des programmes pour tenir compte du Covid-19… Les cinq semaines de campagne de second tour à venir – du jamais vu, là encore – permettront d’analyser en profondeur les manœuvres politiques et les enjeux du scrutin. A Nantes, comme ailleurs, têtes de liste et états-majors sont entrés dans le bal des négociations. Ils comptent même déjà quelques valses au compteur. De Johanna Rolland (PS) ou de Margot Medkour (Nantes en commun.e.s), à qui Julie Laernoes (EELV) accordera-t-elle la dernière ? Laurence Garnier (LR) arrivera-t-elle à entraîner Valérie Oppelt sur la piste ? Réponses d'ici au 2 juin, 18 heures, date à laquelle les candidats doivent avoir déposé leur liste à la préfecture.

Mais avant de connaître le casting exact, retrouvez sur cette carte l’ensemble des résultats du premier tour. La situation promet notamment d’être particulièrement intéressante à Rezé où le maire sortant, Gérard Allard, est en ballotage très défavorable face à la liste Rezé citoyenne (gauche) d’Hervé Neau. Situation complexe également à Orvault, où la succession de Joseph Parpaillon est disputée. Sa dauphine Monique Maisonneuve est en mauvaise posture face aux candidatures de Jean-Sébastien Guitton à gauche et du dissident centriste Sébastien Arrouët. A Bouguenais, commune historiquement ancrée à gauche, la centriste Sandra Imperiale, soutenue par En Marche, est arrivée largement devant deux listes de gauche et une liste EELV, qui n’ont pour le moment pas annoncé de fusion. Enfin, à Sainte-Luce-sur-Loire, commune ayant basculé à droite en 2014, le candidat PS Anthony Descloziers a devancé de 17 voix le maire sortant Jean‐Guy Alix.

Carte 3 : les résultats du premier tour dans les 24 communes de la Métropole de Nantes.

Cliquez sur votre commune ou saisissez son nom dans le champ de recherche pour faire apparaître les résultats.

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A Nantes, Johanna Rolland dans un fauteuil ?

Peut-on encore parler de suspens ? Pas franchement. Certes, si Johanna Rolland a recueilli 31,36 % des voix au premier tour (plus de 11 points de mieux que Laurence Garnier et Julie Laernoes), cela ne représente que 22 713 voix sur plus de 190 000 électeurs inscrits.  Et une participation massive au deuxième tour pourrait - sur le papier - changer un peu la donne. Mais personne n'y croit vraiment. La carte que nous présentons ci-dessous n'y incite d'ailleurs pas. A l'exception de quelques secteurs du centre historique, traditionnellement à droite, la domination de la maire sortante est totale. Hégémonique.

L'élection sera même définitivement pliée si elle obtient le ralliement de son ancienne adjointe écolo, Julie Laernoes. Dans une interview accordée à Ouest-France mercredi soir, elle « appelle d'ailleurs à ce rassemblement de la gauche sociale et écologiste ». La tête de liste EELV l'avait fait avant elle. Résultat, malgré les désaccords sur des projets majeurs (Arbre aux hérons, CHU, sport professionnel, migrants, etc), les tensions de la campagne et les appels du pieds de Margot Medkour (la candidate Nantes en commun.e.s souhaitait, mardi, un rapprochement avec la liste verte mais sans accord possible avec Johanna Rolland), chez les proches des candidates on voit mal ce qui pourrait empêcher le rapprochement.      

Carte 4 : les listes arrivées en tête bureau de vote par bureau de vote.

Cliquez sur un bureau pour connaître les deux listes arrivées en tête et leur score ou entrez le nom (ou le numéro) d'un bureau dans la barre de recherche pour lire les résultats complets.

Resterait alors, pour que le mois de campagne ne paraisse ni trop long ni trop vain, à évaluer l'équilibre des forces et à observer si les programmes tirent les enseignements de la crise du coronavirus. Johanna Rolland l'assure : « Je ferai en sorte que la prochaine mandature ne soit pas comme la précédente, car ce n’est plus le même monde », dit-elle à Ouest-France, expliquant que « l'après crise (oblige) à une métamorphose de la société ». Au delà des mots, les propositions concrètes semblent encore très mesurées, ou du moins se limitent dans l'interview à « revoir le budget du Centre communal d’action sociale » et se « repose(r) des questions sur les parkings »...

En attendant le second tour ou de voir si les alliances et la crise provoquent des inflexions plus profondes sur les programmes, les amateurs de mécanique électorale pourront plancher sur l'analyse du scrutin du 15 mars liste par liste et bureau de vote par bureau de vote. Une carte du monde d'avant, mais qui peut encore livrer quelques enseignements sur celui à venir.

Carte 5 : l'abstention et les résultats enregistrés par chacune des listes à Nantes, bureau de vote par bureau de vote.

Dans le menu déroulant, choisissez la liste dont vous souhaitez afficher les résultats.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.