Il n’y avait pourtant pas de quoi pavoiser… Avec une abstention atteignant la barre record de 69,27 %, les Pays de la Loire sont arrivés en seconde position des régions ayant le moins voté (derrière le Grand Est à 70,39 %). Sur les 2 775 346 inscrits sur les listes électorales, ils n’ont été que 813 317 à avoir soulevé le rideau d’un isoloir au cours de la journée. Le phénomène a beau être national, cette nouvelle marque de désaffection des citoyens envers la politique incitait – une fois encore – à une certaine retenue. A l’annonce des résultats, et après les mots compassés et tristement traditionnels s’inquiétant de la faiblesse de la participation, certains, pourtant, n'ont pas caché pas leur sourire.

Christelle Morançais la première. Descendue de son bureau du conseil régional où elle avait suivi l’annonce des premiers résultats, la présidente LR sortante savourait devant micros et caméras la bonne surprise que lui avait réservé les électeurs. Créditée de 34,29 % des suffrages, l’ancienne conseillère municipale du Mans réalise un score nettement supérieur à celui que lui promettaient les sondages (26% dans le dernier en date, réalisé par l’Institut Opinion Way). Elle fait même – légèrement - mieux que Bruno Retailleau, qui plafonnait à 33,49 % des voix au premier tour de l’élection de 2015. Pour quelqu’un qui menait pour la première fois une campagne sur son nom, la performance avait de quoi susciter une certaine satisfaction.

Christelle Morançais seule en tête

C’est un « signe de reconnaissance pour un travail effectué depuis trois ans. Je n’ai rien lâché, j’ai tout donné pour cette région », affirme alors celle qui enregistre ses meilleurs résultats dans la Sarthe, son département (40,12 % des voix) et en Vendée (40,03 %). Rassérénée par sa large avance, la candidate LR balaye alors toute hypothèse de fusion avec la liste LREM menée par François de Rugy (11,87 % des voix, en cinquième position). « Toute la semaine dernière on parlait de complot entre nos deux listes. Ma liste au second tour sera la même que celle du premier tour ».

Le complot… L’expression renvoie aux rumeurs de rapprochement entre les listes de droite et macroniste qui bruissaient depuis une quinzaine de jours et que la présidente du conseil régional avait elle même entretenue en partageant une bière sur une plage de La Baule avec Edouard Philippe, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron. Le cliché avait fait bondir Cécile Bayle de Jessé, la candidate Debout la République, qui parlait alors de « nouvelle trahison », estimant que « voter Morançais, c’est voter LREM et Macron ». Soulagée par l’annonce que la fusion honnie n’aurait pas lieu, la représentante du parti de Nicolas Dupont-Aignan fait alors volte-face en fin de soirée, se rangeant, elle et ses 3,13 %, derrière la présidente sortante, « pour que la Région reste à droite ».

Soulagé, un autre candidat l’est aussi ce dimanche soir : Matthieu Orphelin. Et à triple titre. D’abord parce que les « discussions secrètes » entre LR et LREM qu’il avait dénoncées dans un communiqué, n’ont – si elles ont bien eu lieu – pas produit d’effets, laissant ouvertes ses chances de victoire. Ensuite parce que le candidat écologiste, soutenu par La France insoumise, est arrivé en tête des listes de gauche et a remporté l’élection dans l’élection. Avec 18,70 % des suffrages, il devance d’un peu moins de 20 000 voix le représentant socialiste Guillaume Garot. Et les écologistes font 11 points de plus que lors du scrutin de 2015. C’est donc lui aussi tout sourire que Matthieu Orphelin se présente devant la presse, tandis que sur la péniche des écolos, amarrée à quelques encablures de la gare de Nantes, on pavoise. On pavoise d’autant plus que, troisième raison de souffler, l’accord entre les candidats de gauche s’était scellé rapidement.

L'alliance des gauches déjà en marche

On pouvait craindre des discussions à n’en plus finir, mais dès 22 heures, Guillaume Garot se présente devant la presse pour annoncer qu’il laisse le leadership à l’ancien député macroniste. « Nos projets avec Matthieu Orphelin sont compatibles sans difficulté. Je respecte le choix des électeurs qui a placé sa liste en tête, explique l’ancien secrétaire d’Etat de François Hollande. Ce qui compte, c’est que la gauche soit rassemblée, porteuse d’espoirs et de progrès ». Quelques minutes plus tard, le candidat EELV annonçait la constitution d’une liste commune. « Il n’y aura pas de négociation. La liste de Guillaume Garot et la nôtre ont beaucoup de points communs, par ailleurs très ambitieux. Nous n’allons pas additionner nos forces, mais les multiplier. Dès demain, nous serons sur le terrain ». Dont acte. Une conférence de presse commune des deux hommes est alors actée pour le lendemain à midi.

conf Orphelin Garot
Conférence de presse commune donnée par Matthieu Orphelin et Guillaume Garot, au lendemain du premier tour des élections régionales en Pays de la Loire. / Photo : capture compte twitter liste Ecologie ensemble

Et de fait, ce lundi, les deux anciens concurrents s’affichaient côte à côte, se félicitant d’être parvenu rapidement à un accord dans une ambiance « sereine » et « sérieuse ». « La façon dont nous avons mené ces négociations devrait inspirer nos amis de la gauche et des écologistes ailleurs en France », se félicitait même Matthieu Orphelin, tentant de minimiser les désaccords qui opposaient les deux hommes jusqu’au dimanche soir. Peu diserts sur la constitution de la liste, Guillaume Garot annonçait de son côté qu’ils étaient tombés d’accord sur un ensemble de 25 mesures, tirées des deux programmes. « Chaque équipe conserve ses points forts », assure le candidat EELV.

Ce que confirme plus ou moins la lecture de cette liste de 25 propositions dont sont curieusement absentes celle des deux hommes concernant les lycées. On y retrouve le milliard d’investissement promis par Mathieu Orphelin pour le développement durable, ainsi que le fonds anti faillites pour les TPE et PME promu par Guillaume Garot. Si la gratuité des TER pour les 18-26 ans voulue par ce dernier est relégué au rang de simple expérimentation, l’abandon de l’ouverture à la concurrence des lignes ferroviaires est en revanche actée. Bref, les deux hommes semblent bien avoir trouvé un modus vivendi.

La claque pour François de Rugy

François de Rugy, lui, restera seul. Très déçu, l’ancien ministre de la Transition écologique a mis du temps à digérer ses 11,97 % et sa cinquième place, derrière le candidat du Rassemblement National, Hervé Juvin (12,53 %). Le fils prodigue a manqué son retour et il est près de 23 heures 45 lorsqu’il se présente enfin devant la presse, apparemment marqué par la double gifle qu’il vient de recevoir. Celle envoyée par les électeurs et celle assénée par Christelle Morançais, qui a rejeté toute idée d’accord. François de Rugy n’en voulait sans doute pas. Mais tout de même.

Sans grande surprise, il annonce donc que sa liste se maintiendra au second tour. « C’est une grosse déception pour la majorité présidentielle, dans la région Pays de la Loire et dans l’ensemble des régions, concède-t-il. Dimanche prochain s’affronteront deux camps. Une droite qui a obtenu un score élevé, qui bénéficie d’une prime au sortant. En face une gauche divisée sur les idées mais manifestement unie dans la conquête électorale. Beaucoup d’électeurs et d’électrices ne se reconnaissent ni dans cette gauche ni dans cette droite. Pour eux, la liste que je conduis sera présente au second tour ».

Droite « dure » contre gauche « dure »

Droite contre gauche… Le Rassemblement National et son candidat Hervé Juvin ne semblant pas plus en mesure de peser que François de Rugy (12,53% soit près de 10 points de moins qu’en 2015), c’est donc vers un affrontement très classique que l’on s’achemine dimanche prochain. Droite « dure » contre gauche « dure », même, à en croire le qualificatif employé par les deux listes pour désigner leur concurrente respective. Si Christelle Morançais dispose d’une avance confortable, l’alliance des gauches semble arithmétiquement en mesure de lui ravir son siège de présidente. Les deux adversaires invoquent maintenant la « dynamique », qui serait désormais de leur côté. Au nom de la victoire au premier tour, pour Christelle Morançais. En celui du « rassemblement » pour Matthieu Orphelin. Reste à savoir laquelle sera à même de convaincre les électeurs et, surtout, d’en ramener quelques uns vers les urnes.