À la lecture des 55 délibérations à l’ordre du jour du conseil métropolitain de ce jeudi 9 décembre, il faut se rendre à l’évidence : il manque bien LE dossier majeur ! En juillet dernier, Johanna Rolland l’avait pourtant annoncé : le projet d’Arbre aux hérons serait présenté aux 98 conseillers métropolitains avant la fin de l’année 2021, pour permettre à la collectivité de devenir propriétaire de « l’œuvre d’art ». Ce ne sera finalement pas le cas.

Le peaufinage juridique du dossier s’avère plus compliqué que semblait le croire la présidente (PS) de la Métropole à l'époque. « Nous attendons une consolidation du marché de la part de Bercy et du ministère de la Culture, répond Fabrice Roussel, le premier vice-président (PS) de Nantes Métropole, à Mediacités. L’acquisition d’une œuvre d’art sans passer par un appel d’offre entre dans un cadre juridique précis. Après avoir eu des retours favorables, nous attendons à présent un écrit de la part des deux ministères ainsi qu’un autre de la préfecture. »

Anticipant la pluie de critiques et de recours qui pourraient s’abattre sur cet achat déjà très polémique, Nantes Métropole veut se couvrir d’un parapluie juridique solide et de garanties de l’Etat. Ceinture et bretelles, donc, puisque les services de la collectivité planchent déjà sur le dossier depuis plus d’un an, accompagnés par des experts spécialement embauchés pour l’occasion. Cette nuée de juristes planche prioritairement sur l’article R2122-3 du Code de la commande publique qui autorise une collectivité à acheter une œuvre d’art sans mise en concurrence. Peut-il être appliqué à l’Arbre aux hérons ? C’est toute la question.

Les secrets du groupe transpartisan

La « consolidation du marché » de l’Arbre aux hérons n’est pas la seule raison du report du vote. Rappelez-vous… Pour faciliter la prise de décision et répondre aux nombreuses critiques de son opposition comme de ses partenaires écologistes, la présidente (PS) de la Métropole avait mis sur pied un « groupe politique transpartisan », chargé d’examiner le projet à la loupe. Les quatre réunions de cet aréopage n’ont, pour le moment, pas débouché sur des conclusions définitives. « Une note de synthèse comportant tous les documents présentés sera réalisée », annonce Fabrice Roussel à Mediacités.

En attendant, rien ne doit filtrer de ces réunions qui rassemblent des représentants de chacun des groupes politiques, les patrons des Machines de l’île François Delarozière et Pierre Orefice, ainsi que les bureaux d’études et les conseillers juridiques de Nantes Métropole.

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Prototype d'une branche de l'Arbre aux hérons / Photo : Creative commons - Jean-Pierre Dalbéra - Flickr - https://www.flickr.com/photos/dalbera/7724254868

Quatre réunions ont déjà eu lieu : la première consacrée aux aspects techniques de la construction, la deuxième au financement et les deux suivantes au cadre du marché lui-même. « La démarche est sérieuse et véritablement transpartisane, admet la députée En Marche Valérie Oppelt. Ils répondent à toutes nos questions même celles très techniques. » Même satisfaction du côté de Guillaume Richard, conseiller municipal d’opposition Les Républicains : « Nous avons des informations très complètes. Si je trouve le projet magnifique, j’aurais préféré que l’on passe par un appel d’offre. Mais maintenant que les études préalables à 4 millions d’euros sont réalisées et payées, impossible de revenir en arrière. »

Droits d'auteurs et coûts des matériaux encore en question

Du côté des créateurs de l’Arbre aux hérons, on loue également le travail mené au sein du groupe. Une méthode et une demande de transparence auxquelles ils n’avaient pourtant pas été habitués pour leurs œuvres précédentes, L’Eléphant et le Carrousel des mondes marins. « Ce que l’on vit avec les élus est un exemple de démocratie, explique même Pierre Orefice à Mediacités. Ils ont un œil très percutant et se rendent compte de la qualité des études réalisées. Je ne sais pas si nous allons faire bouger les lignes mais, au moins, ils auront toutes les réponses à leurs questions », se félicite le directeur général des Machines de l’Ile.

Pour autant, cette transparence n’empêche pas les doutes. « L’augmentation des prix des matériaux m’inquiète. Sera-t-elle prévue dans le plan de financement ? », s’interroge Guillaume Richard. « Sur les droits d’auteur, j’ai besoin d’en savoir plus », surenchérit Valérie Oppelt. « Il n’y aucun secret, rétorque Pierre Orefice. Pour l’Arbre aux hérons, nous sommes, avec François Delarozière, sur les mêmes bases que pour L’Eléphant. Nos droits d’auteurs s’élèvent à 0,5 % sur la billetterie et à 3 % sur les produits de la boutique liés aux œuvres de la Machine. Par an, cela représente autour de 40 000 euros chacun, hors période Covid », détaille-t-il.

Une plateforme pour les opposants

Plus que des doutes, d’autres élus affichent une opposition viscérale au projet. Les deux représentants écologistes au sein du groupe transpartisan, Mahel Coppey (conseillère municipale EELV de Nantes) et Fabien Gracia (maire de la Montagne), n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Leur participation très active au lancement de la plateforme « Stop Arbre aux hérons »  donne néanmoins quelques indices sur leur état d’esprit. « Cet arbre aux hérons n’est pas compatible avec un budget vert. Il est bancal du point de vue juridique et n’a pas de légitimité démocratique », martèle de son côté Julie Laernoes, 2e adjointe de la ville de Nantes, fidèle au discours qu’elle tenait déjà lors des élections municipales.              

Sans surprise, il faut donc s’attendre à ce que « Stop Arbre aux hérons » devienne le laboratoire des recours à venir sur ce projet controversé. Une opposition qui ne chiffonne pas plus que ça Pierre Orefice. « Ils ont une autre vision de la ville. Moi, j’ai une vision super optimiste. J’ai la certitude qu’il existe des espaces de réflexion pour parvenir à trouver des solutions afin de répondre à toutes les attentes environnementales. Ce que l’on fait, j’en suis certain, est utile à la végétalisation de la ville », scande le grand argentier des Machines de l’Ile, impatient de passer à la vitesse supérieure.

Et pour cause ! Selon lui, ce n’est qu’une fois le projet définitivement validé par les élus que son financement se débloquera. Censé couvrir - grâce au mécénat - un tiers des 52 millions d’euros nécessaires à la création de l’Arbre (le reste revenant pour un tiers à la charge de Nantes Métropole et un autre tiers à celle de l’Etat et des autres collectivités), le Fonds de dotation n’a pour le moment engrangé que 6 millions d’euros. Il en reste encore 11,5 à trouver... Son président, l’entrepreneur Bruno Hug de Larauze a promis de trouver 2 millions d’euros par an.

Mais si tel n’est pas le cas - ou si le budget doit être revu une nouvelle fois à la hausse -, qui mettra la main à la poche ? Voilà l'une des nombreuses questions soulevées lors des discussions du groupe transpartisan. Des réponses apportées par les porteurs du projet dépendent le vote des élus, seuls maîtres du sort de l’Arbre aux hérons. Au grand dam des élus écologistes qui espèrent pouvoir imposer une consultation citoyenne à leurs partenaires socialistes. Consultation… Il y a eu un précédent. Son nom ? YelloPark. Et on sait comment l'histoire a fini.

Au menu du conseil métropolitain

Pas d'Arbre aux hérons, donc, mais 55 délibérations au programme du conseil métropolitain des 9 et 10 décembre. Finances, impôts, transports, MIN ou Voyage à Nantes : Mediacités fait le point sur les dossiers qui devraient animer les débats.

Cet article concerne la promesse :
« Installation de l’Arbre aux Hérons »
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Diplômé du CFPJ (après une Licence de Communication), j'ai débuté ma carrière dans le groupe Europe 1 (Europe 2, Europe 1), avant d'occuper un poste de journaliste au sein de la rédaction de Radio Fidélité à Nantes. Après une année passée à la rédaction française de Radio Vatican à Rome, j'ai fait un retour à Radio Fidélité en tant que rédacteur en chef jusqu'en avril 2017. J'ai réalisé quelques piges également pour Télénantes, France 3, France Bleu et La Croix. Depuis septembre 2017, je collabore avec Médiacités Nantes et les radios RCF des Pays de la Loire (RCF Anjou, Vendée et Sarthe).