Nouveaux rebondissements pour Val Tolosa. Ce projet de centre commercial à l'Ouest de l'agglomération toulousaine, porté depuis plus de dix ans par le géant mondial de l'immobilier commercial Unibail-Rodamco, aura agité l'été. Le 13 juillet, la cour administrative d'Appel de Bordeaux confirme l'annulation de l'arrêté préfectoral datant de 2013 relatif aux espèces protégées. Les adversaires du projet crient victoire. Six jours plus tard, le préfet de la région Occitanie annonce avoir pris un nouvel arrêté, ouvrant la voie au lancement des travaux. Agitation sur le chantier, que des militants viennent bloquer plusieurs jours, avant que la Justice, saisie en référé, ne fige les travaux... « Le projet va pourtant créer 3 000 emplois », avance Philippe Guyot, président de l'association « Oui à Val Tolosa ». « Ce centre commercial en détruira bien plus dans le centre-ville », répond en écho Pascal Barbier, co-président du collectif Gardarem la Menude, qui regroupe les opposants. Depuis la création en 2005 d'une zone d'aménagement concertée (ZAC) baptisée « Les portes de Gascogne » sur le plateau de La Ménude, et le lancement du projet, « pour » et « contre », ne cessent de s'opposer, de procédures en tribunaux, front contre front.

https://twitter.com/LaTribuneTlse/status/890979442893484034

Du « shopping » sur huit terrains de foot

Nous sommes ici sur la commune de Plaisance-du-Touch, au sud de Colomiers. Une zone qui n'est pas située sur le territoire de Toulouse Métropole, mais à sa frontière. Unibail-Rodamco prévoit d'investir là « 350 millions d'euros » pour créer sur ce site un « pôle shopping et loisirs tourné vers la nature », qui accueillera « 150 enseignes et un grand magasin » sur 60 000 m2 de surfaces de ventes. Soit huit terrains de football. « Inutile ! On a déjà largement assez de centres commerciaux autour de Toulouse. Il y a même un surplus d'offre », argue Pascal Barbier. De fait, il suffit de parcourir à peine 4 kilomètres depuis le plateau de la Menude, où doit être construit Val Tolosa, pour trouver les premières « boîtes à chaussures » de la zone du Perget, à Colomiers. Leroy Merlin, Decathlon, Boulanger, Cuisinella, Conforama, Norauto, Lidl... Sans compter les multiples espaces commerciaux -immenses, pour certains- plantés tout autour de la métropole, à Saint-Orens, Portet-sur-Garonne, Labège, Blagnac... « L'agglomération Toulousaine, avec le nouveau centre commercial de Fenouillet et celui de Teso-Matabiau qui arrivera bientôt, n'est pas loin de disposer d'un équipement suffisant pour les années venir », souligne la vice-présidente au Développement économique de Toulouse Métropole, Dominique Faure. L'élue refuse, en revanche, de s'exprimer sur le projet Val Tolosa, situé hors du périmètre de l'agglo.

Onze « pôle majeurs » sur l'aire urbaine de Toulouse

Pour y voir plus clair, il faut se tourner vers l'Observatoire partenarial du commerce et de consommation (OP2C), qui réunit élus et techniciens de l'Etat, du département, de la région et de la CCI. Cette structure a établi un « Atlas de l'aménagement commercial ». Onze « pôles majeurs » de grandes surfaces ont ainsi été identifiés au 31 décembre 2015 sur l'aire urbaine de Toulouse - un périmètre qui dépasse celui de la métropole. Colomiers est l'un d'entre eux. Cet observatoire a également mené un inventaire des grandes surfaces commerciales de plus de 300 m2, au 1er janvier 2015, toujours sur l'aire urbaine de Toulouse. Colomiers arrive en 5e position, avec 94 110 m2 de surfaces commerciales. Le risque d'une « cannibalisation » entre « pôles de shopping » existe-t-il vraiment ? « Certains promoteurs font ce pari, en pensant grignoter des clients à d'autres espaces commerciaux, plus vieux et plus traditionnels », note Claude Boulle. Et le président exécutif de l'organisation professionnelle Alliance du commerce de rappeler que « certains retail parc, en région parisienne comme en province, ont de plus en plus de mal à décoller à leur ouverture ». De quoi affoler certains : Régis Schultz, président de Monoprix depuis 2016 après avoir été PDG du groupe Darty et de la chaîne de magasins But, appelle de ses voeux, dans la presse, à un moratoire sur les ouvertures de surfaces commerciales hors des centres-villes.

Toujours plus de Toulousains... et de consommateurs

« Il y a pourtant de la place pour tout le monde, les aménageurs (Unibail-Rodamco, NDLR) jugent que Val Tolosa suit le développement de la population », avance Philippe Guyot, président de l'association « Oui à Val Tolosa » et adjoint au maire de Plaisance-du-Touch. L'aire urbaine de Toulouse est l'une des plus dynamiques de France. Le nombre d'habitants augmente de 1,4 % chaque année, selon l'INSEE. L'Institut précise que certaines communes de la périphérie affichent des taux de croissance de leur population très élevés, comme... Colomiers. Et le nombre d'hyper et de supermarchés répertoriés dans l'agglo arrive derrière celui de la métropole lilloise ou d'Aix-Marseille-Provence. « Pour l'instant, il n'y a pas de suréquipement commercial à Toulouse », juge ainsi Philippe Dugot, professeur spécialisé dans l'urbanisme et l'aménagement à l'Université Toulouse-Jean Jaurès.

Pour ce spécialiste, la question se pose autrement : « Ici comme partout autour des grandes villes de France, on a laissé les centres commerciaux se développer n'importe comment. Certes, Val Tolosa sera mieux dessiné que les autres centres "boîtes à chaussures", mais le modèle ne change pas. Ce sera une fois encore un projet sans urbanisme ! » Selon Philippe Dugot, « ce type d'aménagement ne doit pas être polarisé uniquement sur le commerce, mais nécessite plus de cohérence et de mixité fonctionnelle, en y mélangeant de l'habitat, des services et équipements publics, des bureaux... » Les grandes centres commerciaux ont aussi un impact sur le commerce de proximité. « La multiplication des grosses structures en périphérie, dispersées, rend beaucoup plus difficile le maillage du territoire par les services et commerces annexes, comme les boulangeries », rappelle un autre expert toulousain de l'urbanisme commercial.

Un multiplex retoqué

Environnement, accessibilité, culture, impact sur le commerce de centre-ville... A l'issue d'une médiation pilotée en 2016 par la préfecture de la Haute-Garonne, un « accord-cadre » a été signé pour « mieux prendre en compte les préoccupations locales » face au projet Val Tolosa, tenter de rassurer les opposants et (enfin) sortir de l'impasse. Unibail-Rodamco s'est engagé à financer une zone de 126 hectares pour « compenser » l'impact écologique du chantier : neuf hectares d'espaces verts seront aménagés et 2 000 arbres plantés. Des panneaux photovoltaïques seront installés sur 60 000 m2, et une surface de vente de 2 000 m2 sera réservée aux producteurs locaux (au sein de l'hypermarché du centre commercial). Par ailleurs, une enveloppe de 800 000 euros sera prévue pour « soutenir les commerces de proximité ».

D'importants travaux de terrassement, en vue de la création d'une voie de plusieurs dizaines de mètres de large, ont également déjà été réalisés entre la N124 et la D82, pour faciliter l'accès au site. « Sur 250 m2, des salles seront réservées aux associations locales », complète le président de « Oui à Val Tolosa ». Surtout, un lieu sera « dédié à la culture », « articulé autour d'un cinéma nouvelle génération » de 11 salles et 2 300 places. Las ! La Commission nationale d'aménagement cinématographique (CNAC) a retoqué le 7 avril ce volet « multiplex », arguant que « le rayonnement envisagé du projet (...) risque d'affecter l'aménagement culturel de la zone ». L'Ouest de l'agglomération toulousaine compte en effet déjà de nombreux cinémas. De nouvelles salles verront d'ailleurs bientôt voir le jour à... Colomiers !

« Une épée de Damoclès »

Cette péripétie supplémentaire ne devrait pas pour autant enterrer le projet, qui pourrait finir par aboutir... comme beaucoup d'autres. L'OP2C a comptabilisé 231 834 m2 de surfaces commerciales (l'équivalent de 32 terrains de foot !) ayant obtenues une autorisation de la part de la commission départementale d'aménagement commercial, mais n'étant pas encore ouvertes au 1er janvier 2015. Les 60 000 m2 de Val Tolosa n'en sont qu'une partie. « Ces centaines de mètres carrés sont une véritable épée de Damoclès qui pèse sur l'aménagement urbain », alerte le professeur Dugot. Unibail-Rodamco, qui n'a pas répondu à nos sollicitations, annonce toujours un démarrage des travaux sur le plateau de la Ménude pour cette année.

 

Avatar de Jean-Christophe Magnenet
Journaliste depuis une douzaine d'années, mon parcours m'a amené à collaborer avec de nombreux titres de la presse française mais aussi internationale. J’ai tout d’abord fait mes armes dans la presse économique à Paris avant de fonder une agence de presse à Nice. Après avoir lancé l’édition Nice-Côte d’Azur du quotidien 20 Minutes, j’ai, comme rédacteur et/ou photographe, collaboré avec l’AFP, Le Monde, Le Parisien Magazine et Le Figaro, ou encore Le Monde, Geo Ado, The New Yorker, The Guardian… Aujourd’hui je suis fier de pouvoir continuer mon parcours en collaborant avec un média indépendant et rigoureux comme Médiacités.