Carole Delga a finalement trouvé sans trop de difficultés un trou dans son agenda. La présidente socialiste du conseil régional d'Occitanie a accepté de se montrer lundi soir aux cotés d'Antoine Maurice dans la dernière ligne droite de la bataille électorale pour le Capitole. Ce n'était pourtant pas gagné d'avance.

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Antoine Maurice et Carole Delga, à la ferme Borde Bio, à Toulouse / © Rémi Benoit

Le chef de file écolo d'Archipel Citoyen avait rendez-vous vendredi à 18 heures à l'hôtel de région. Une heure plus tôt, il s'affichait aux cotés de Georges Méric, le président socialiste du conseil départemental de la Haute-Garonne, pour visiter un club d'aviron qui mène de nombreuses actions sociales. Dans ce genre de rendez-vous, les mots aimables pèsent moins que les sourires photogéniques. Il a donc été prévu d'éviter les sujets qui fâchent, comme la LGV et les « RER », au profit d'un thème plus consensuel : l'alimentation et l'agriculture biologique.

Maurice Meric

 « J'étais avec le maire, pas avec le candidat Moudenc »

Pour Carole Delga comme pour Antoine Maurice, il était crucial d'organiser une telle séance photographique avant dimanche 28 juin pour effacer le choc d'autres images : la présidente de région s'était affichée le 22 mai aux cotés de Jean-Luc Moudenc pour écouter les doléances des petits commerçants du centre-ville, inquiets de voir les Gilets Jaunes revenir manifester à la sortie du confinement. « J'étais avec le maire, pas avec le candidat Moudenc », se défend Carole Delga. La séquence vidéo a été immortalisée par une caméra de La Dépêche du Midi. Le quotidien régional semble avoir été le seul média prévenu de cette rencontre, qualifiée par la présidente de région « d'institutionnelle ».

Elle a naturellement été exploitée politiquement par le maire de Toulouse. Jean-Luc Moudenc a relancé sa campagne en sonnant l'alerte sur la possible arrivée des « Gilets Rouges » au Capitole. Le maire sortant n'a pas manqué de souligner qu'il était sur la même ligne politique que la présidente de région pour demande l'interdiction de manifester le samedi au préfet. La sortie de Carole Delga a été chaudement applaudie par des commerçants de la liste Moudenc.

Au passage, la présidente de région en a profité pour régler ses comptes avec La France Insoumise. Carole Delga doit en effet composer avec trois élus de la galaxie mélenchoniste qui ont quitté sa majorité et lui envoie régulièrement des piques. Mais les équilibres politiques de l'assemblée régionale ne sont plus les mêmes à Toulouse depuis que LFI, puis le PS, ont rejoint Archipel et Antoine Maurice. Et la vidéo a fait grincer des dents à gauche. « J'ai été perturbé », reconnaît sobrement un cadre de la fédération du PS31. D'autres y voient l’aboutissement des manœuvres de Carole Delga pendant les municipales et la soupçonnent d'être derrière le refus de Nadia Pellefigue de rejoindre la liste Archipel.

Le jeu de l'ex-candidate du PS, qui refuse de s'exprimer autrement que par communiqué et d'indiquer si elle votera pour Antoine Maurice, alimente encore le trouble. « Nadia Pellefigue joue clairement la défaite en 2020 pour mieux s'imposer la prochaine fois », décrypte un militant socialiste. Là encore, la présidente de région est sur la défensive. « J'ai encouragé Nadia à faire l'union, je n'étais pas sur la ligne de Catherine Trautmann à Strasbourg », affirme Carole Delga. Bref, la présidente de région assure qu'elle n'a pas refusé l'union avec les écologistes, contrairement à Martine Aubry à Lille (relire Divorce Aubry-Baly : dans les coulisses de la rupture PS-Verts à Lille). Et la photo de lundi soir doit en témoigner.

Duel d'influence au Parti socialiste

Ce petit jeu photographique révèle également les jeux d’influence entre l'hôtel de Région et celui du Département, dans la perspective des prochaines élections locales, qui concerneront ces deux collectivités. L’an dernier, Carole Delga avait fortement poussé en coulisses pour imposer sa vice-présidente à Toulouse, alors que Georges Méric soutenait la candidature du sénateur Claude Raynal pour mener la liste. La présidente de Région semble davantage craindre que le président du Département la concurrence d'une liste des écologistes, mais aussi des Insoumis, ou encore des macronistes. Plusieurs noms circulent déjà : l’actuelle ministre de la justice Nicole Belloubet, l’ex-socialiste maire de Rodez Christian Teyssèdre (ancien adversaire de Carole Delga pour l’investiture socialiste en 2015) ou Jean Castex, le « Monsieur Déconfinement » du gouvernement et maire LR de Prades dans les Pyrénées Orientales.

À l’échelle de la région, Carole Delga est un peu dans la même situation que Jean-Luc Moudenc, qui a tout fait pour dissuader le parti présidentiel de former une liste concurrente à Toulouse. « Elle fait du En Marche à l'échelle régionale », s'amuse un ancien « éléphant » du PS. Un élu régional écologiste abonde : « Elle veut apparaître comme le seul rempart contre le Rassemblement National ». La présidente de la région hausse les épaules face à ces spéculations : « Je gère la crise du Covid, je n'ai pas le temps de travailler à préparer ma liste ».

Carole Delga indique par ailleurs avoir « mis en sommeil » son mouvement, « l'Occitanie en Commun », lancé au début de l'année en prévision des prochaines élections. Pour l'anecdote, c'est presque la même appellation que celle choisie par les inventeurs d'Archipel Citoyen, qui avaient initialement prévu de déposer leur liste sous le nom « Toulouse en Commun ». En cherchant bien, on finit toujours pas trouver des sujets communs.

Avatar de Stéphane Thepot  et  Rémi Benoit
Correspondant à Toulouse pour la presse nationale (Le Point, Le Monde, L'Express, La Croix) depuis plus de 25 ans, Stéphane a commencé sa carrière dans les radios que l'on disait "libres" et la presse agricole. Il a aussi rédigé un livre-enquête sur les paysans dans l'Aveyron (ateliers Henry Dougier) et un "anti-guide touristique" pour les néo-toulousains (Héliopoles). Diplômé de Sciences-Po Toulouse, il intervient auprès des nouvelles générations d'étudiants qui se destinent au journalisme.