Ils ont entre 18 et 115 ans et ce dimanche, ils ont confié leur bulletin à une personne de confiance pour voter malgré un empêchement. D’après le registre des procurations que nous avons pu consulter vendredi 26 juin dans l’après-midi, ils étaient plus de 6 300 (voir En coulisses) à avoir effectué une démarche administrative pour participer, via un tiers, au scrutin. Le 15 mars dernier, seules 3 400 procurations avaient été enregistrées. Ce presque doublement est-il la préfiguration d'une forte mobilisation pour ce deuxième tour alors que les deux candidats sont au coude-à-coude ? Le dernier sondage Ifop-Fiducial, réalisé pour La Dépêche du Midi le 25 juin, donnait 49,5 % d'intentions de vote pour le maire sortant Jean-Luc Moudenc, contre 50,5 % pour Antoine Maurice.  

Le 15 mars dernier, seuls 36,6 % des électeurs toulousains se sont rendus aux urnes. Seront-ils plus nombreux au deuxième tour, alors que l’épidémie du coronavirus est désormais maîtrisée ? Tout porte à le croire car historiquement, les électeurs se mobilisent plus dans la dernière ligne droite. En 2014, 57,6 % d’entre s’étaient déplacés au deuxième tour pour le duel entre Pierre Cohen et Jean-Luc Moudenc, contre seulement 52,2 % au premier tour. Mais prudence, car le paramètre de la peur et son impact sur le déplacement des électeurs pour ce deuxième tour inédit, qui se déroule plus de trois mois après le premier, reste impossible à évaluer.

https://www.mediacites.fr/decryptage/toulouse/2020/03/16/un-scrutin-toulousain-marque-par-une-participation-historiquement-basse/

2,6% des inscrits voteront par procuration

Conscientes de cet enjeu, les deux listes finalistes - Aimer Toulouse et Archipel Citoyen - n’ont eu de cesse de chercher à convaincre les abstentionnistes de se rendre aux urnes, pour tenter de faire pencher la balance en leur faveur. L’équipe du maire sortant Jean-Luc Moudenc, comme celle du conseiller municipal d’opposition Antoine Maurice, ont chacune créé un site dédié pour mettre en relation les électeurs dans l’incapacité à aller voter (les mandants) et les volontaires disposés à voter à leur place par procuration (les mandataires). 

De fait, le nombre de procurations enregistrées ces dernières semaines a sensiblement augmenté. En moins de 15 jours, selon les données fournies par le service des élections de la mairie de Toulouse, de nombreux bureaux ont enregistré entre un tiers et la moitié de procurations supplémentaires. Vendredi 26 juin, à 14h30, 6 427 procurations étaient prises en compte par les services municipaux, ce qui représente 2,6 % des 246 174 inscrits sur  les listes électorales, et 24 procurations en moyenne par bureau de vote.

À première vue, ce sont les jeunes générations qui ont le plus transmis leur droit de vote à un tiers de confiance, comme le montre l’histogramme ci-dessus. Ainsi, avec 178 procurations, à l’heure où nous avons consulté le registre, les électeurs toulousains nés en 1990 étaient la génération la plus nombreuse à avoir désigné un remplaçant pour glisser leur bulletin dans l’urne. 

En regroupant les électeurs par classes d’âge, cette prépondérance des trentenaires est toutefois plus relative. Si 1 521 électeurs de 25 à 34 ans vont voter par procuration ce dimanche 28 juin, ils seront 1 885 de 65 ans et plus à le faire. De plus, rapporté au nombre d’inscrits par année de naissance, les électeurs âgés sont proportionnellement plus nombreux - de peu - à recourir au vote par procuration.      

D’après les différents sondages qui se sont succédé pendant la campagne, l'électorat du 3e âge est plus convaincu par le maire sortant Les Républicains que par son opposant écologiste. Certaines études estiment que 78 % des plus de 65 ans voteraient pour l’actuel locataire du Capitole. Pour le maire sortant, ces électeurs se seraient moins mobilisés que d’habitude au premier tour par peur du Covid. « Oui, notre réservoir de voix se situe chez les abstentionnistes et notamment chez ceux qui ont eu peur du Covid. Nous leur disons donc que Toulouse a été peu impacté par le virus et que l’on pourra voter en toute sécurité », expliquait il y a quelques jours le porte parole de l’équipe du maire sortant Pierre Esplugas-Labatut à nos confrères de Mediapart. Un argument non vérifié, selon les analystes d'Archipel citoyen : « L'abstention a également touché nos électeurs. Nous n'avons observé aucune différence notable de participation entre les bureaux votants traditionnellement à gauche et ceux plutôt favorables à la droite ».

L’abstention, un phénomène bien ancré dans certains quartiers

Au-delà de l’âge des électeurs par procuration, leur répartition géographique est elle aussi intéressante. Sans grande surprise, c’est dans les bureaux de vote qui s’étaient le plus abstenus au premier tour, et qui s’abstiennent en masse pour la plupart des élections d'ailleurs, que le nombre de procurations apparaît comme le plus faible.

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Dans le bureau 101 installé à l’école maternelle Didier Daurat, dans le quartier du Grand Mirail, où 12,52 % des inscrits ont voté au premier tour, seules quatre procurations étaient enregistrées vendredi 26 juin. De même, on comptait une seule procuration dans les bureaux n° 70 et n° 71 situés à l’école André Daste, du côté d’Empalot. Au premier tour, la participation y était respectivement de 18,86 % et 16,90 %. Une seule procuration semble avoir été enregistrée dans le bureau n°98 et sept pour le bureau n° 97 (CSC Alban Minville à Bellefontaine). Dans ces derniers bureaux, où moins de 1% des électeurs inscrits confient leur vote à un tiers de confiance, l’abstention dépassait les 80% le 15 mars dernier.

A contrario, le bureau de vote n°63, l’école Fabre, aux Carmes, un quartier favorisé du centre-ville, est celui qui comptabilise la part la plus importante de procurations dans Toulouse, à savoir 65 en valeur absolue (8,81% des inscrits). Dans l’hypercentre toulousain, dans son ensemble, la part des demandes de procurations est plus élevée que la moyenne. Ainsi, les quatre bureaux de vote de l’école Fourtanier (près de l’espace Saint-Georges), les bureaux n°31, 32, 33 et 34 enregistrent respectivement 40, 39, 51 et 44 procurations, ce qui représente entre 4,42 % et 6,37 % des électeurs enregistrés.

Quels enseignements retenir de tout cela ?

Une chose est sûre, deux fois plus d'électeurs vont voter par procuration ce dimanche à Toulouse. S'agit-il d'électeurs qui se sont déjà exprimés le 15 mars dernier et qui, trois mois plus tard, ne peuvent se rendre aux urnes pour diverses raisons ? Ou s'agit-il, pour la moitié d'entre eux, d'abstentionnistes déterminés à voter cette fois-ci ? Dans le second cas, cela pourrait influer significativement sur la participation.

Quels âges ont ces nouveaux électeurs par procuration ? Sont-ils plutôt jeunes ou plutôt âgés ? Faute d'avoir pu consulter le registre en mars dernier, il nous est impossible de répondre à cette question. Leurs votes favoriseront-ils un candidat plutôt qu'un autre ? Réponse ce soir après le dépouillement. 

 

Comme le prévoit l'article L37 du code électoral, tout citoyen inscrit dans une commune peut consulter le registre des procurations. Numérisé, ce document est un agglomérat de plus de 260 fichiers en format PDF, correspondant à chaque bureau de vote toulousain. On y trouve l'identité, la date et le lieu de naissance de chaque mandant et de chaque mandataire, la date et l'heure de signature de cette procuration et sa durée de validité.

Le service élections de la mairie de Toulouse nous a fourni un registre mis à jour à la date du vendredi 26 juin, à 14h30. La plus récente procuration qui y était enregistrée datait du 24 juin, à 18h30. Puisqu'il est en théorie possible d'établir une procuration jusqu'à la veille du scrutin, le nombre total doit être plus élevé que celui que nous avons relevé.

Sur ce point, il convient de reconnaître une inconnue que nous ne sommes parvenus à résoudre. Chaque fichier recense le total des procurations enregistrées pour le bureau concerné. En comptabilisant la somme de ces 263 totaux, nous arrivons à 6303 procurations. C'est sur ce chiffre que nous avons basé notre cartographie.

En revanche, l'ensemble des fichiers que nous avons consultés comptabilisait 6 427 dates de naissance de mandants (les personnes votant par procuration). C'est sur ce chiffre que nous avons basé notre histogramme des âges.

Après plusieurs vérifications, cette différence demeure sans explication.