Jean-Luc Moudenc va-t-il conserver son titre de champion de France des dépenses électorales ? Tous les chiffres ne sont pas encore connus, mais selon la commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP), qui a validé quasi intégralement son compte de campagne, l’élu Les Républicains a officiellement dépensé 597 438 euros pour être réélu en 2020. C’est 30 % de plus qu'aux élections de 2014, alors que le nombre d’électeurs inscrits a baissé à Toulouse, passant de 254 538 à 244 761.

L'an dernier, le candidat Moudenc n'a pas lésiné sur les dépenses, tout en restant dans le cadre de la loi. Alors qu'il avait dépensé 1,8 euro par électeur inscrit en 2014, il a dépensé 2,4 euros en 2020 pour garder son écharpe tricolore.

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Le maire sortant devance nettement ses concurrents toulousains. Battu au second tour, l’écologiste Antoine Maurice, tête de liste d’Archipel Citoyen, a dépensé 359 449 euros, soit 1,4 euro par électeur inscrit. La socialiste Nadia Pellefigue a, quant à elle, déclaré 282 400 euros de dépenses (1,1 euro par électeur inscrit), tandis que Pierre Cohen (Générations) et Franck Biasotto (centre droit) ont déclaré respectivement 146 000 euros et 68 000 euros de dépenses.

Chez Moudenc, on assume ces dépenses importantes. « Nous avons, à chaque fois face à nous, plusieurs listes de gauche qui chacune dispose d'un compte de campagne, remarque Sacha Briand, actuel adjoint en charge des finances. Au global leur budget est bien supérieur au nôtre. Pour pouvoir défendre nos propositions, nous sommes donc obligés de mobiliser au mieux le plafond des dépenses autorisées par la loi ».

De fait, la somme des dépenses des candidats de gauche atteint 787 849 euros, soit 30 % de plus que celles de l’équipe de Jean-Luc Moudenc. Cependant, en ajoutant aux siennes les dépenses de la liste de centre droit menée par Franck Biasotto, l’écart entre la gauche et la droite est seulement de 18 %.

Premier sur les dépenses dans la Ville rose, le maire de Toulouse bat également ses homologues dans les autres métropoles. Troisième sur le podium en 2014 avec une campagne facturée 269 000 euros, la socialiste nantaise Johanna Rolland n’a dépensé que 270 000 euros l’an dernier. À Lille, Martine Aubry (PS) n’a quant à elle consacré que 170 000 euros à sa réélection assurée sur le fil. Si Paris, Lyon et Marseille ne figurent pas dans ce classement, c’est que les élections s’y déroulent par arrondissements, avec autant de comptes de campagne différents. Dans le 13e arrondissement de Paris par exemple, le socialiste Jérome Coumet a dépensé 220 000 euros, soit 1,99 euro par électeur inscrit.

Cette coûteuse campagne s’explique en partie par sa longueur historique, avec un premier tour en mars et un second en juin. Comme les autres candidats, le maire sortant a bénéficié d’une disposition des lois Covid-19 augmentant de 20 % le plafond des dépenses. À Toulouse, celui-ci est passé de 543 800 à 652 600 euros. Le détail des dépenses n’est pas encore connu, mais les candidats ont dû s’adapter à ce contexte particulier. Si les rassemblements publics ont été limités, l’envoi de courriers personnalisés aux électeurs inscrits a pu faire gonfler les budgets.

Une collecte record de dons

Mais pour dépenser plus, il faut aussi trouver plus d’argent, ce que Moudenc a réussi largement. Trop même, puisque le candidat a déclaré 716 098 euros de recettes, soit 63 500 euros de plus que ce qu’il n’avait le droit de dépenser ! Les ressources des candidats se divisent en deux grandes catégories : les apports personnels et les dons des citoyens et partis politiques. Les premiers correspondent aux sommes versées par les candidats eux-mêmes, ainsi que les prêts qu’ils doivent ensuite rembourser. Seuls ces apports personnels sont remboursables par l’État. Après une rectification minime des comptes, la campagne Moudenc a été remboursée à hauteur de 191 517 euros.

Paradoxalement, si la campagne d’Archipel Citoyen a coûté 230 000 euros de moins que celle de Jean-Luc Moudenc, elle sera remboursée par l’État à hauteur de 292 569 euros... La liste a en effet été nettement moins financée par les dons (seulement 70 000 euros).

Rien à voir avec la monumentale collecte du tenancier du Capitole, car en la matière, le maire sortant a fait encore mieux qu’en 2014, en collectant 405 921 euros contre 235 000, il y a sept ans.

https://www.mediacites.fr/interview/national/2019/07/16/julia-cage-les-donateurs-beneficient-davantage-de-lecoute-des-candidats/

Pour réunir autant de dons, il faut une politique active de recherche des donateurs, notamment des plus gros. Les Toulousains peuvent d’ailleurs toujours donner à « Pour Toulouse », le micro-parti de Moudenc, qui permet de récolter dons et cotisations d’élus pendant tout le mandat. « Notre campagne électorale n’est pas financée par les partis politiques, seuls les candidats et nos sympathisants assurent ce financement », explique Sacha Briand qui revendique un « vivier de sympathisants, nombreux et actifs qui nous soutiennent durant le mandat et tout particulièrement pendant les périodes électorales. »

Mediacités ne manquera pas d’analyser la liste des donateurs 2020 du maire LR. Lors des précédentes élections municipales, 57 d’entre eux avaient apporté près de la moitié de la somme collectée. De généreux mécènes dont l’identité reste aujourd’hui encore un mystère.

Et les autres ?

Outre Jean-Luc Moudenc, nous avons pu consulter les décisions de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques, concernant les principaux candidats toulousains. Voici les documents les concernant.

Antoine Maurice :

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Nadia Pellefigue :

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Pierre Cohen :

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Franck Biasotto :

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