C’est une des promesses phares de Jean-Luc Moudenc : tripler l’usage du vélo dans les rues d’ici la fin du mandat. Toulouse part de loin. D’après la dernière enquête Ménages et déplacements publiée en 2013, seuls 2 % des déplacements des Toulousains seraient effectués à vélo. Toulouse est d’ailleurs assez mal classée dans le baromètre des villes cyclables de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB). Et pour cause : les infrastructures cyclables y sont jugées insuffisantes. Alors, pour redresser la barre, et après avoir supprimé certaines “coronapistes”, Jean-Luc Moudenc a promis « une forte augmentation du budget alloué au vélo », lors d’une séance de questions-réponses diffusée sur Facebook le 15 avril dernier

Une forte augmentation ? D'accord, mais pour quel montant ? Impossible de le savoir. Tout juste sait-on que le budget alloué servira à créer de nouvelles pistes cyclables et à sécuriser les infrastructures déjà existantes. Contacté par Mediacités, Philippe Perrin, vice-président de la Métropole en charge du vélo et président de Tisséo Voyageurs, n’a pas donné suite à nos demandes. 

Un budget insuffisant

Une chose est sûre, pour le vélo, le compte n’y est pas à Toulouse à l’heure actuelle. Les Schémas directeurs cyclable et piéton de l’agglomération toulousaine (SDCPA), votés en novembre 2019 par Toulouse Métropole, estimaient à 510 millions d’euros l'investissement nécessaire, dont 284 millions d’euros à la charge de Toulouse Métropole, d'ici à 2030. De quoi concrétiser le réseau express vélo (REV) promis depuis 2014 par Jean-Luc Moudenc, ainsi que cinq réseaux intercommunaux, des réseaux communaux et des réseaux loisirs. Mais aussi, mettre en place différents services de location de vélo et promouvoir la mobilité douce. 

Inspiré du modèle strasbourgeois, le REV doit relier 114 communes de l’agglomération toulousaine grâce, à terme, à 370 kilomètres de pistes sécurisées et séparées des chaussées réservées aux véhicules motorisés. Aujourd’hui, 40 % du réseau est déjà construit. 182 millions d’euros, dont 100 millions à la charge de Toulouse Métropole, sont prévus pour financer les 222 kilomètres manquants et les services associés. Un investissement similaire à ceux observés dans d’autres agglomérations, comme à Grenoble par exemple, où le prix moyen d’un kilomètre du réseau Chronovelo est estimé à 800 000 euros. 

« Le kilomètre de piste au format REV, c’est environ 500 000 euros, mais cela varie beaucoup selon le tracé  », calcule Boris Kozlow, président de l’association 2 pieds 2 roues qui fédère 1 400 adhérents à Toulouse. « Il suffit qu’on construise des pistes cyclables dans des zones avec beaucoup de carrefours, par exemple, pour que le budget augmente considérablement », précise Frédéric Héran, économiste et urbaniste, auteur de l’ouvrage Le système vélo.

Problème : les montants budgétisés jusqu’à présent semblent sous-dimensionnés. En novembre 2019, Toulouse Métropole s’est engagée à apporter 17 millions d’euros minimum par an sur une enveloppe de 25 millions d’euros à l’échelle de l’agglomération. À ce rythme, vingt années seraient nécessaires pour concrétiser le SDCPA. Pour tenir ses engagements et livrer le REV avant 2026, Jean-Luc Moudenc devra choisir et délaisser les autres réseaux cyclables, comme ceux utilisés quotidiennement dans les rues toulousaines. 

La seule solution serait donc que Toulouse Métropole augmente considérablement ses financements. Le niveau nécessaire est connu depuis belle lurette. Selon l’association 2 pieds 2 roues, les collectivités devraient dépenser au minimum 40 millions d’euros par an pendant 10 ans pour atteindre leurs objectifs. « Au bout du mandat précédent, on a eu une carte. Le REV complet d’ici 2026, on n’y croit pas du tout », soupire cependant le président de l’association 2 pieds 2 roues.

Seulement 38,1 kilomètres entre 2015 et 2019

Sur le terrain, le manque d’ambition peut se mesurer en nombre de kilomètres de voies cyclables aménagées. Entre 2015 et 2019, le réseau cyclable s’est étendu de 38,1 kilomètres : 17,1 kilomètres dans la commune de Toulouse et 21 kilomètres dans le reste de la métropole, selon l’Observatoire des mobilités. En y regardant d’un peu plus près, à peine quatre kilomètres de pistes cyclables ont été créés dans la commune et neuf kilomètres en voies vertes, le long de la Garonne notamment. Dans le reste de la métropole, 13,9 kilomètres de voies vertes ont été réalisées et un seul kilomètre de piste cyclable en cinq années. 

En cinq ans, c'est donc moins que la quarantaine de kilomètres aménagés entre 2012 et 2014 sous le mandat de Pierre Cohen. « La Métropole a accumulé un retard considérable », constate l’élu d’opposition EELV Antoine Maurice. 

L’augmentation du budget vélo, promise par Jean-Luc Moudenc en avril, permettra-t-elle de rattraper le temps perdu ? Le réseau express vélo nécessiterait à lui seul la création de 44 kilomètres de pistes cyclables par an pour être complètement opérationnel en 2026. Toulouse Métropole va devoir changer de braquet.

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« Tripler l’usage du vélo dans les rues »
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