Pouvoir acheter son pain ou un morceau de viande en bas de chez soi ; se procurer du poisson ou un paquet de pâtes sans avoir faire plusieurs kilomètres en voiture… La plupart des études l’attestent : les Français sont indéfectiblement attachés à leurs commerces de proximité. Et le phénomène aurait encore été renforcé par la crise sanitaire et les confinements. Fin 2020, selon une étude réalisée par YouGov pour l’Union des entreprises de proximité, 35 % des personnes interrogées déclaraient se rendre plus fréquemment qu’avant dans leurs commerces de quartier, pour les aider à surmonter la crise, comme par souci écologique.

Des résultats que confirme l’appel à témoignages lancé par Mediacités dans le cadre de notre grande enquête sur l’alimentation. « Je consommais déjà dans l'épicerie vrac et bio du quartier, [la crise sanitaire] n'a fait que renforcer cette habitude », nous indique un lecteur toulousain. « J'essaie de m'approvisionner le plus possible dans des petits commerces plutôt qu'au supermarché (pour lequel je n'ai jamais eu une grande attirance) », nous confie un autre habitant de l’agglomération.

36 boucheries supplémentaires dans la métropole toulousaine

Mais encore faut-il pouvoir le faire. Car en la matière, tous les Français ne sont pas logés à la même enseigne. Comme le relevait le géographe Jean Soumagne en 2002, en France « 25 à 30 % des petits commerces alimentaires ont disparu des territoires ruraux durant les décennies 1980 et 1990 ». Le mouvement s’est poursuivi depuis. En avril 2019, dans une enquête data menée à partir de la Base des équipements permanents (BPE) de l’Insee, Le Figaro mettait en lumière une baisse du nombre de communes françaises disposant d’une boucherie (-3,1 %) ou d’une boulangerie (-0,9 %) entre 2012 et 2017.

Pour savoir ce qu’il en est de la situation des petits commerces alimentaires dans la métropole toulousaine, Mediacités s’est plongé dans la même base de données, mais pour les années 2015 à 2020. Le résultat de cette recherche est plutôt rassurant. À Toulouse et dans sa métropole, tous les voyants sont au vert : au cours des cinq dernières années, le nombre d’épiceries, de boulangeries, de boucheries et même de poissonneries y a grimpé. Et parfois largement.

En 2020, on compte ainsi 36 boucheries-charcuteries de plus qu’en 2015 dans l’agglomération toulousaine, soit une augmentation de plus de 15 %, largement supérieure à la moyenne des autres métropoles françaises (6,5 %). Le nombre d’épiceries flambe lui aussi, en hausse de près de 35 %. Et il en va de même de tous les autres commerces alimentaires, dans des proportions inférieures à la croissance enregistrée dans l’ensemble des grandes villes françaises néanmoins. À Toulouse et alentours, le nombre de poissonnerie n’a cru que de 4,8 % contre 9,9 % en moyenne dans les autres métropoles.

Six communes sans boulangerie dans la métropole de Toulouse

Comme on peut le constater sur la carte ci-dessous, les habitants de la métropole toulousaine restent néanmoins plutôt favorisés. On y trouve de tout et en nombre assez important. Une boulangerie pour 1 800 habitants, par exemple, ou encore une boucherie pour 2 849 habitants, soit nettement mieux qu’à Bordeaux, Nantes, Strasbourg ou encore Lille. Et la quatrième place au classement des 15 plus grandes métropoles françaises

Si la base BPE de l’Insee ne permet malheureusement pas de connaître le détail du nombre de commerce à l’échelle de chacune des communes de la métropole, elle indique néanmoins si ces dernières ont vu l’un de ces types de commerces s’implanter ou disparaître au cours des cinq dernières années. En consultant la carte interactive ci-dessous, on s’aperçoit ainsi que si Aucamville, au nord de Toulouse, a perdu sa poissonnerie, quatre autres communes de la métropole en ont vu une ouvrir ses portes durant la même période (Cugnaux, Colomiers, Cornebarrieu et Saint-Orens de Gameville).

Un indicateur qui met en lumière l’inégale répartition de ces équipements à l’échelle métropolitaine et le vieux principe de concentration commerciale : sur les 36 boucheries supplémentaires que compte la métropole depuis 2015, toutes ont ouvert dans des communes qui en disposaient déjà. Résultat : les habitants de 10 communes sont toujours obligés de se rendre dans une ville voisine pour acheter de la viande. À l’Est de Toulouse, autour de Mons et de Flourens, six autres ne sont toujours pas équipées d’une boulangerie, tandis qu’elles ne sont que douze, soit un peu moins d’un tiers, à avoir la chance de compter une poissonnerie sur leur territoire. Autour de Toulouse, ceux qui aiment le poisson risquent de continuer encore longtemps à prendre leur voiture pour en acheter.


Lire aussi : Comment se porte le petit commerce
alimentaire dans d'autres métropoles

Les données utilisées dans cet article sont tirées de la base permanente des équipements de l’Insee. Cette dernière recense les équipements installés sur un territoire, des tribunaux au bureau de poste en passant par les boulangeries et les gymnases. Depuis 2018, l’Insee permet de suivre l’évolution du nombre d’équipements sur une période de cinq ans. Il donne alors accès au nombre d'équipement, par type et par unité urbaine. Le nombre précis par commune n'est en revanche pas publié, pour des questions d'anonymat. Seule la présence ou non d'au moins un type d'équipement dans la commune est indiquée.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer le débat public.