1984, 1990, 2000, 2007, 2013... Les plans de réhabilitation, démolition, construction se succèdent à Moulins. De quoi faire un chantier permanent de ce quartier populaire de Lille, berceau de la classe ouvrière qui a vu naître la musique de L’Internationale et a été pressenti pour être le temple du socialisme sous Mauroy. Reste que cette mutation à marche forcée ne se fait pas sans douleurs ni résistances. A commencer par la persistance d'un trafic de drogue qui gangrène la vie du quartier. La tour Clemenceau est le symbole de ces difficultés. Elle est désormais la seule survivante des barres HLM qui composaient, depuis les années 1960, le mini-quartier « Belfort ». Et elle cristallise les tensions et les incompréhensions des habitants de la première heure.   

Tout autour se dressent aujourd'hui des immeubles modernes dont une partie des appartements est proposée à l’accession à la propriété. Des fenêtres de son salon, Ahmed N., 72 ans, est aux premières loges. Arrivé du Maroc dans les années 1970, il a toujours vécu ici, soit depuis plus de quarante ans. « Des champignons qui sortent de terre, observe-t-il. On dirait qu’ils font tout bien, mais seulement autour de nous. Ils ont mis un coup de peinture à la tour, histoire que ça ne fasse pas trop moche avec le reste. Et, depuis, les loyers ont augmenté. » Il fait référence à la réhabilitation que les 64 logements ont connue en 2013.

Depuis les années 2000, la ville et la Métropole de Lille (LMCU à l’époque) repensent l’aménagement du quartier avec un désir affiché de « mixité fonctionnelle et de mixité sociale ». « Avec le Grand Projet Urbain (GPU), la ville de Lille veut faire de la Porte de Valenciennes un quartier où il est agréable de vivre, d’habiter, de travailler, de faire ses courses, d’emmener ses enfants à l’école, de se promener : un pari réussi ! », clame-t-elle sur son site internet.

A 68 ans, Liliane Dubois, qui habite depuis 18 ans dans cette fameuse tour, n’est pas du tout de cet avis. « Ce n’est pas bien ici pour des enfants. On trouve régulièrement des seringues dans la cage d’escalier ou dans le hall d’entrée. » Celle qui occupe un petit studio se fait volontiers le porte-parole des habitants du quartier auprès du bailleur et de la municipalité. « On souffre ici. On a beau le dire, on ne nous entend pas. »

Le sentiment est le même pour Assia Douba, qui habite la tour . . .

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