Dès qu’on s’intéresse au député maire de Valenciennes, la Caisse d’épargne Nord France Europe (CENFE) n’est jamais loin. Après nos révélations de la mi-décembre, Laurent Degallaix avait dû se rendre à l’évidence. Son statut de salarié à temps partiel de la CENFE risquait de faire capoter la vente de Val’Hainaut Habitat, l’office HLM de Valenciennes, à la SA du Hainaut, propriété de la CENFE à 18% pour le moment mais qui sera majoritaire dès 2018. D’où sa démission surprise, quelques jours avant le conseil d’administration de V2H du 30 décembre 2016 qui devait valider la cession. Un geste accompli pour « détoxifier le dossier », comme il s’est plu à le souligner. Pas sûr que cela suffise.

Outre la remise en cause récente de la légalité de cette démission, plusieurs zones d’ombre planent encore sur les liens qu’entretient Laurent Degallaix avec la banque. A commencer par le temps réel que le député maire et président d’agglomération lui consacre encore. Est-ce 60%, comme l’indique toujours sa déclaration à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique remplie le 20 juillet 2014 ? Ou 20%, comme il le soutient régulièrement ?

Un jour par semaine pour la banque

« Je ne consacre qu’un jour par semaine à la Caisse d’épargne, indique-t-il à Mediacités. J’ai consulté le déontologue de l’Assemblée nationale qui m’a donné son accord et a procédé à mon changement de statut le 1er septembre 2014. » Dont acte ! Mais pourquoi n’a-t-il point effectué de déclaration modificative dans les deux mois comme l’exige la loi ? Pour mémoire, toute omission dans une déclaration est passible d’une peine de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

"Je ne gagne que 200 euros nets

par mois (de la Caisse d'épargne)"

Sur le montant de sa rémunération à la Caisse d’épargne et la mission exacte effectuée, c’est aussi le règne du grand flou. Jusqu’en 2011, l’élu indique toucher 90 000 euros bruts annuels pour un temps plein de « directeur d’animation commerciale ». Par la suite et jusqu’à son élection comme maire, sa rémunération passe à 54 000 euros bruts pour un temps partiel (à 60%, donc) de « responsable de la Fondation CENFE Agir et réussir ensemble ». Une activité purement philanthropique, ne cesse-t-il de marteler. Pourtant une lecture attentive du rapport annuel de la CENFE sur l’exercice 2014, signé le 22 avril 2015 par le grand patron de la banque Alain Denizot, qualifie Laurent Degallaix de coordinateur RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale). Précision : un coordinateur RSE réfléchit à la façon de conformer son entreprise aux enjeux du développement durable. Ce qui n’est pas rien comme job !

Mais qu’en est-il aujourd’hui ? « Je vais tout vous dire, poursuit Laurent Degallaix. Je ne gagne que 200 euros nets par mois. » Pourquoi si peu ? « Tout simplement parce que je continue de cotiser sur l’équivalent d’un temps plein afin de préserver mes droits sociaux, poursuit-il. Vous savez, je n’ai pas envie de vivre que de la politique. En juin, je ne me représente pas aux législatives et j’ai bien l’intention de revenir un jour à 60 % de mon temps pour la Caisse d’épargne. »

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Ce que Laurent Degallaix ne dit pas spontanément, c’est que la Peugeot 3008 grise dans laquelle il circule depuis sa campagne municipale de 2014 est un véhicule de location avec option d'achat dont le contrat est au nom de la… Caisse d'épargne. « Et alors ! C’est prévu dans le contrat de travail et cela permet de payer moins d’impôts », rétorque-t-il. Avant d’ajouter, bravache : « J'ai laissé de côté l'intéressement et la part variable. Alors les gens pensent ce qu’ils veulent. S’ils jugent que je suis un voleur, tant pis ! S’ils ne veulent plus de moi, je me barrerais. J’ai toujours dit que je ne ferai pas un vieux maire. »

Un soupçon inévitable et constant

Si la colère de Laurent Degallaix est compréhensible, le soupçon de conflit d’intérêt est inévitable. Et constant. Le dossier de cession de V2H a conduit le maire à prendre – tardivement – les dispositions qui s’imposaient en démissionnant. Mais toute son action de maire peut s’analyser à la faveur des relations étroites qu’il a voulu garder, envers et contre tout, avec la banque régionale. Il en va ainsi du beau projet immobilier que la ville a engagé, avenue Pompidou. Un programme-vitrine d’une trentaine de logements et bureaux, pour un coût compris entre 10 et 12 millions, mené par la SCI Valenciennes Connect.

En creusant un peu, on s’aperçoit que la société est domiciliée au 300, rue de Lille à Marquette-lez-Lille, dans la banlieue nord de la capitale des Flandres. Son associé-gérant se nomme Batixia, domicilié à la même adresse. Surprise : le président du conseil d’administration n’est autre qu’Alain Denizot, président du directoire de la Caisse d'épargne Nord France Europe. Et donc toujours patron de Laurent Degallaix...