Foutue parité ! Sans elle, le choix de Martine Aubry pour la seconder sur la liste était tout trouvé. Le poste revenait à Audrey Linkenheld, 46 ans, future probable première adjointe et re-candidate naturelle à la succession après avoir un temps boudé le dauphinat. Mais, en vertu de la loi de 2007 imposant une stricte alternance femmes-hommes dans la composition des listes, il fallait bien dégoter un mâle en numéro 2. Une figure capable de remplacer Pierre de Saintignon, premier adjoint de Martine Aubry jusqu’à son décès en mars 2019 qui fut – à sa demande – numéro 2 de la liste aux municipales de 2014. Qui donc ?  « On n’a pas mal hésité », reconnait-on dans l’entourage de Martine Aubry dont la liste fut difficile à bâtir.

Liste Aubry 2014(1)

La greffe François Lamy ayant échoué, le tour de Walid Hanna (6e sur la liste en 2014) et 2e adjoint à la politique de la ville, semblait venu. Mais « l’homme des quartiers » a annoncé qu’il ne souhaitait pas rempiler pour un nouveau mandat. Une promesse de 2e position sur la liste n’a pas suffi à lui faire changer d’avis. Sans doute ce médecin généraliste d'origine libanaise, très implanté au Faubourg-de-Béthune, aux Bois-Blancs et à Lille Sud, était-il conscient qu’il passerait toujours derrière Audrey Linkekheld. Il est vrai que Martine Aubry a toujours considéré Walid Hanna comme un adjoint hyper efficace sur le terrain mais pas assez charpenté pour porter les gros dossiers.

Qui d’autre pour la seconder ? Jacques Richir, adjoint aux multiples délégations, aurait pu incarner cette figure de sage, sérieux et fin connaisseur des dossiers. Mais le clan Aubry a estimé que propulser un transfuge du centre-droit (ex-MoDem) en 2e position aurait fait mauvais genre auprès des militants socialistes. Une figure écolo, en revanche, eût été bienvenue sur la photo. Au début de l’année, Martine Aubry a tenté de convaincre Eric Quiquet, son ancien adversaire écologiste, de replonger dans l’arène politique à ses côtés. « Avoir les deux têtes de listes écolos de 2008, Eric Quiquet et Marie-Pierre Bresson *, ça aurait eu de la gueule ! » lâche un proche de Martine Aubry. Peine perdue. « Je n’ai plus l’envie, souffle Eric Quiquet, actuellement directeur de Hauts-de-France Mobilités, un syndicat mixte régional dédié aux transports. Les conseils municipaux et les réunions interminables, j’ai donné… »         

« Je suis toujours là car je n'ai changé en rien »

Restait Roger Vicot. Le maire de Lomme, âgé de 56 ans, possède plusieurs avantages. D’abord, couper court aux questions des curieux en arguant qu’une loi coutumière veut que les maires des communes associées jouent les premiers rôles. C’est moyennement vrai : en 2014, par exemple, Roger Vicot pointait à la 10e place et Frédéric Marchand, maire d’Hellemmes, en 12e position. Ensuite, l’homme n’a jamais trahi le PS dont il est militant depuis… 1986 ! Un quasi-exploit en ces temps de ralliement plus ou moins opportuniste à La République en Marche (LREM). « Je suis toujours là parce que je n’ai changé en rien… quitte à être dans le camp perdant », auto-analyse-t-il. Troisième atout - et non des moindres : la section PS de Lomme demeure l’une des plus puissantes de France avec encore de 150 à 200 militants. Soit autant que les 10 sections lilloises réunies ! Des forces vives dont la maire sortante a bien besoin.

Allons donc pour Roger Vicot ! Bien que n’ayant jamais fait partie du cercle rapproché de Martine Aubry, il apparaît digne de confiance aux yeux de la cheffe. L’intéressé ne crache pas sur cette belle exposition. Elu conseiller départemental en 2008, puis maire de Lomme en 2011, l’ancien attaché de presse de Pierre Mauroy a vu sa carrière politique patiner ces dernières années. En juin 2015, il perd tout espoir de succéder à Gilles Pargneaux à la tête de la Fédération PS du Nord, après la victoire du clan Kanner. Aux législatives de juin 2017, il ne recueille que… 10,42 % des voix au soir du premier tour. Aux Européennes de 2019, il bénéficie de la 13e place sur la liste PS-Place Publique emmenée par Raphaël Glucksmann. Las ! Seuls six députés partent Bruxelles. Une fois encore, Roger Vicot reste à quai. 

Le "Poulidor de la politique locale"

En figurant en numéro 2 aux côtés de Martine Aubry, ce « Poulidor de la politique locale » tiendrait-il enfin l’occasion, après tant de sacrifices, de jouer les premiers rôles ? « Il a six ans pour s’imposer comme un dauphin crédible », juge un vieux camarade socialiste. Contre Audrey Linkenheld ? Pas sûr… « Audrey, c’est l’enfant gâtée de la politique lilloise. Elle est totalement imprévisible. Je donne mon billet qu’elle se présentera en 2022 pour tenter de redevenir député de la 2e circonscription du Nord qu’elle a perdue en 2017 », prophétise cet élu de la métropole.

En cas de succès, la fille prodigue pourrait de nouveau s’éloigner du beffroi en raison de la loi anti-cumul des mandats. Et libérer la route pour Roger Vicot ? « C’est de la politique-fiction ! », élude le maire de Lomme, qui se voit plutôt jouer un rôle dans l’exécutif métropolitain. Un endroit idéal pour continuer à poser méthodiquement ses pions.