A 25 jours du premier tour, le débat entre les cinq principaux candidats à la mairie de Lille s’est déroulé à Science-po Lille. Une rencontre très attendue qui, à défaut de faire bouger les lignes, a permis d’en apprendre un peu plus sur la capacité des candidats à gouverner la ville. Interpellés sur trois thèmes – le logement, la sécurité et l’environnement –, les cinq têtes de liste avaient deux minutes pour répondre aux questions des journalistes. Un format propice à une rencontre rythmée, au détriment d'autres thématiques relevant de la compétence municipale telles que l’école primaire, la vie associative ou encore la culture.

Bidule foot3L’ambiance en tribune

Débat Municipales Lille 1
Photo : Mathieu Herduin

Sage. Un amphi de 150 places, rempli d’étudiants, de colistiers et de journalistes (dont pas moins de huit représentants de La Voix du Nord !). Comme l’avait demandé le speaker de Weo, la chaîne qui retransmettait l’évènement, pas d’applaudissements, pas de huées… Tout juste quelques rires provoqués par les grigris de Marc-Philippe Daubresse.

Bidule foot 6L'arbitrage

L'arbitre était Jean-Michel Lobry, de Wéo. Il était assisté à la touche de quatre poseurs de questions : deux étudiants de Science Po et deux journalistes, de la Voix du Nord et de Public Sénat.

Bidule foot1Les joueurs et joueuses


Marc-Philippe Daubresse, l’attaquant roublard

Daubresse Débat Municipales
Marc-Philippe Daubresse. Photo : Mathieu Herduin

Le Ronaldo de la rencontre. Très en forme, le candidat LR a participé grandement à l’animation offensive durant tout le match. Dès la première minute, il attaque sur les sondages récents, peu flatteurs pour son équipe et annonce qu’il va commander sa propre enquête d’opinion. Il termine dans les arrêts de jeu en brandissant des porte-clés « pour redonner les clés de la ville aux Lillois ». Entre les deux, des actions propres à faire rire et réagir le public. Comme lorsqu’il promet, s’il est élu maire de « prendre le taureau à bras-le-corps ». Des cinq candidats, Marc-Philippe Daubresse aura été le plus prompt à rappeler que nombre de problématiques évoquées ne se décidaient pas à l’échelle de la mairie, mais de la métropole. Le sénateur a été victime de sa tendance à revenir sur les faits d’armes d’une longue carrière. Ronaldo a pris sa retraite en 2009.

Julien Poix, le ratisseur de ballons

Au milieu de terrain, le candidat de La France Insoumise a joué les aboyeurs. Comblant le moindre espace et se jetant sur tous les ballons. A l’image d’un « Quand c’est pas clair, c’est qu’il y a un mystère » à la 70ème minute, le jeune Insoumis a multiplié les tacles répétés à l’entraînement. A l’intention de Violette Spillebout et Martine Aubry : « Il ne faudrait pas que ce soit une réunion de cabinet ». A l’adresse de Martine Aubry et Marc-Philippe Daubresse : « C’est un débat entre ministres ». Des actions un peu trop téléphonées pour vraiment déstabiliser ses adversaires. Et qui l’ont parfois éloigné du rôle de meneur de jeu auquel il aspire.

Violette Spillebout, la néophyte du milieu du terrain

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Violette Spillebout. Photo : Mathieu Herduin

Le public attendait sans doute un peu trop de la nouvelle recrue lilloise. Au coup de sifflet final, la prestation était jugée « en demi-teinte », voire carrément « transparente » par une partie des spectateurs. La faute à un problème de placement vis-à-vis de ses adversaires. En troisième position dans les sondages, la candidate LREM a réservé ses meilleures offensives à Julien Poix… le moins bien placé de ses adversaires. Un match dans le match qui l’a empêché de relever le défi que lui imposait son ancienne capitaine Martine Aubry, dont elle a longtemps été la stoppeuse. Tétanisée par l’enjeu dès le coup d’envoi, Violette Spillebout ne s’est jamais véritablement libérée.

Stéphane Baly, l’ailier sérieux

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Stéphane Baly. Photo : Mathieu Herduin

Un début de match hésitant. Placé à la droite de Martine Aubry, le candidat a mis un peu de temps avant de trouver le bon tempo. Un match sérieux, sans exploits techniques, exceptée une belle reprise de volée durant le quart d’heure consacré à l’environnement. Un « Préférez l’original aux copies déséquilibrés » qui lui évite de se faire couper l’herbe sous le crampon par des joueurs proclamant tous leur amour du gazon. Très respectueux des règles posées par les arbitres de la rencontre, le candidat écolo aura veillé à bien terminer ses actions avant la fin du temps imparti. Une seule intervention hors-jeu, à l’encontre Violette Spillebout, quand la candidate LREM milite pour une moindre place de la voiture en ville alors qu’elle a critiqué le plan de déplacements mis en place par la mairie. Martine Aubry, sa coéquipière depuis six ans à la mairie, aura, elle, été épargnée de tout vilain tacle.

Martine Aubry, la gardienne capée

Martine Aubry Débat Lille


En défenseuse de son bilan, la maire de Lille a veillé à garder sa cage inviolée. Jamais interrompue par ses adversaires, recevant même le soutien inattendu de Marc-Philippe Daubresse à plusieurs moments, la maire sortante est restée calme, recyclant quelques gestes techniques efficaces éprouvés durant ces dernières semaines de campagne. A l’image de ce « même si Lille était un grand jardin sans logements et sans bureaux, nous aurions quand même des pics de pollution, en raison de sa position géographique ». Sans que cela provoque de réactions chez ses adversaires, qui comptaient pourtant sur l’environnement pour faire trébucher la maire sortante. Cherchant régulièrement la complicité avec son voisin de droite Stéphane Baly, la maire sortante est apparue sereine. Obéissant même de manière surprenante et rapide aux rappels à l’ordre des arbitres quand elle dépassait son temps de parole.

Bidule foot 2Le fond de jeu

Le débat a mis en lumière les points de convergence (nombreux) entre candidats et leurs différences. Sur le logement, tous les joueurs s’accordent sur la nécessité de construire des résidences pour les étudiants. La ligne de fracture apparaît entre les réalos et… Julien Poix, seul en pointe pour prôner des réquisitions. Plus facile à dire qu’à faire selon les autres candidats... On notera la difficulté de Stéphane Baly à réaffirmer qu’il souhaite bien une part de logements sur la friche Saint-Sauveur*. Le curseur sera au coeur des discussions d'entre deux tours entre si les deux alliés d'hier remettent le couvert.

Lille Débat Poix Baly Aubry
Julien Poix, Stéphane Baly et Martine Aubry. Photo : Mathieu Herduin

Sur la sécurité, tous les candidats appellent des policiers municipaux à la rescousse, comme l’avait expliqué Médiacités. La différence entre eux : faut-il les armer ou non ? Oui, chez Daubresse et Spillebout. Non, sur l’aile gauche du terrain. Concernant la vidéosurveillance, Martine Aubry a tenté une fois encore de faire croire qu’elle était restée constante sur cette tactique : « Je suis pour les caméras quand c’est utile. » Une position saluée avec ironie par Marc-Philippe Daubresse qui avait ramené dans sa besace une citation de Jean-Claude Menault, le nouveau « Monsieur sécurité » de Martine Aubry, disant tout le bien qu’il pensait des caméras. La sécurité aura été l’occasion d’un rare duel entre Marc-Philippe Daubresse et Stéphane Baly, ce dernier expliquant au premier que les caméras n’empêchaient pas les délits et les meurtres d’être commis.

Enfin, l’environnement a mis tout le monde d’accord. Il faut prendre des mesures fortes pour faire baisser les émissions de CO2 d'ici dix ans. Marc-Philippe Daubresse a annoncé qu’il ferait passer le budget transport de la MEL de 450 millions à 600 millions. Pour contrer les critiques l’accusant d’opportunisme, le sénateur a lâché que « l’accélération des problèmes écologiques ne datait que de deux ans ». Remous dans le stade. Stéphane Baly a annoncé que sa première mesure, s’il est élu, serait la piétonisation de la Grand Place. Mesure symbolique, prélude à une reconquête de l’espace public et à une chasse aux voitures au centre-ville, assumée par l’écologiste.

Bidule foot 5Le grand absent

Eric Cattelin-Denu, candidat du Rassemblement national qui boycotte Sciences-Po, coupable à ses yeux de ne pas avoir invité de candidats FN lors des élections régionales de 2015.

Bidule foot 4La sortie prématurée

A la 23eme minute, Patrick Goldstein, chef des urgences au CHRU de Lille quitte précipitamment les tribunes. On s'est dit alors que le coronavirus avait franchi la Loire…

*Mise à jour du 26/02 à 21h20 : Contrairement à ce que nous avions indiqué dans une première version, Stéphane Baly n'a donné aucun chiffre concernant la part de logements qu'il souhaite à Saint-Sauveur. Son programme annonce que le nombre de logements et leur forme feront l'objet d'une conférence citoyenne.