Coronavirus : la protection de l’enfance du Nord risque d’imploser sur la durée

Des enfants confinés, présents 24h sur 24, des éducateurs en nombre très réduit, un virus à tenir éloigné des structures... Pour les services et associations spécialisées du département du Nord , la crise du coronavirus ressemble à une bombe à retardement.

protection enfance sous pression
Illustration Jean-Paul Van der Elst

Plutôt que des cloches des beffrois sonnant à toute volée, l'alerte est venue de l'allocution du président Macron annonçant la fermeture des écoles, jeudi 12 mars dernier. Détenteur du sombre record de France de 6 800 enfants placés, le département du Nord, dont dépend la protection de l'enfance, a dû, comme tous les parents de France, se réorganiser en tenant compte du Covid-19. Enfants à occuper toute la journée, personnel réduit parfois de moitié, virus à tenir éloigné… L'équation est ardue.

Premier échelon de la protection de l'enfance : les « Unités territoriales de prévention et d'action sociale » (UTPAS). Ces quarante-cinq structures départementales réparties sur le territoire regroupent des éducateurs, des travailleuses de protection maternelle et infantile, des assistantes sociales. Sur ces structures, des équipes restreintes, de quatre à six personnes, ont été maintenues. En théorie... Malgré le confinement généralisé, elles poursuivent le suivi par téléphone des enfants placés dans les foyers ou les familles d'accueil, et interviennent physiquement en cas de problème urgent.

Elles continuent aussi d'exécuter les placements ordonnés par la justice... même si ces décisions vont fortement se réduire. Le tribunal pour enfants de Lille a décidé de suspendre les audiences qui suivent d’ordinaire de 15 jours les « ordonnances de placement provisoires » prises dans les situations d’urgence. Celui de Douai a, en revanche, décidé de les maintenir. Une divergence source d’inégalités pour les enfants et les familles, suivant le territoire où elles habitent.

Enfin, les personnels des UTPAS continuent la distribution des « lettres-chèques » pour que les familles puissent subvenir aux besoins de leurs enfants. Problème : celles-ci sont convertibles en liquide au trésor public qui, lui, a fermé ses portes.

Pour l'instant, la continuité de ce service public est assuré... Mais ce mardi 24 mars, 16 UTPAS avaient déjà totalement fermé et leurs équipes mises en quarantaine pour suspicions de coronavirus. « Des solutions sont en train d'être trouvées. Il est indispensable de maintenir ce service car toutes les associations caritatives ferment leurs portes et le soutien des familles est plus que jamais le rôle du département . . .

Notre survie dépend de vous

Un journalisme local indépendant, sans publicité, avec chaque semaine des enquêtes introuvables ailleurs : voilà ce que vous propose Mediacités. Aujourd’hui, plus de 5 300 abonnés soutiennent notre travail. Mais ce n’est pas suffisant : nous recherchons 2 000 abonnés d’ici la fin 2022 pour continuer à enquêter. En vous abonnant aujourd’hui, dès 3 euros par mois, vous pouvez faire la différence.
Je m’abonne

  • Accès aux 4 éditions de Mediacités (Lille, Lyon, Nantes et Toulouse)
  • 100 % indépendant, avec 0 % de publicité
  • Résiliation facile à tout moment

Publié le

Temps de lecture : 7 minutes

Par Elsa Sabado