Il faut savoir où porter le regard pour déceler le bidonville situé en plein centre-ville de la capitale des Flandres. Lorsque le métro sort de terre après la station Lille Grand Palais, l’immensité de l’ancienne gare de fret de la SNCF apparaît. Quelque 23 hectares de rails se sont effacés sous la végétation sauvage. Durant les quelques secondes que met la rame à longer la friche Saint-Sauveur, les passagers peuvent parfois distinguer un peu de fumée qui s’élève d’un recoin. En contrebas, quelques cabanes serrées les unes aux autres et des silhouettes à peine visibles. C’est ici que s’est établi le « village », comme l’appellent les bénévoles des associations qui s’y rendent régulièrement.

Au lendemain de l’expulsion du squat « 5 étoiles », le 4 juin 2019, où étaient réfugiées environ 200 personnes sans papiers, la friche Saint-Sauveur - qui doit faire l’objet d’un gigantesque aménagement d’ici quelques années - devient un refuge pour les migrants. Aujourd’hui encore, les nouveaux arrivants sont redirigés dans cet interstice urbain à l'abandon. « Lorsque je suis arrivé à Lille, je dormais dans des stations de métro ou des entrées de bâtiments », raconte Amadou*, 25 ans, arrivé en France en 2018 depuis un pays d’Afrique de l’ouest. Il erre dans la ville depuis quatre mois quand des travailleurs sociaux lui suggèrent, faute de mieux, de s’installer sur la friche.

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