Le Furet du Nord‐Decitre : le silence des actionnaires inquiète les libraires… et il y a de quoi

Les salariés du groupe de librairies Nosoli, désormais en redressement judiciaire, se plaignent de n’avoir aucun signal des propriétaires, des fonds d’investissement qui se retranchent derrière les décisions à venir du tribunal. Or, les difficultés ne viennent pas seulement de la crise du livre mais aussi de décisions stratégiques qu’ils ont validées. A commencer par celle de financer le rachat de Decitre en endettant le groupe...

Le groupe de librairies Nosoli, issu de la fusion entre Le Furet du Nord et la chaîne Decitre, originaire de Lyon, a été placée en redressement judiciaire le 1er juin. Photo : YA / Mediacités

Depuis le 1er juin et le placement en redressement en judiciaire de Nosoli, la maison mère des chaînes de librairies Le Furet du Nord et Decitre, les quelque 600 salariés du groupe ont une épée de Damoclès au‐dessus de la tête. « Au moment où ils s’apprêtent à partir en vacances, les gens ne savent pas s’ils pourront reprendre le travail dans leur magasin, à leur retour de congé, ou s’il devront préparer leur dossier France Travail, car, pour l’instant, on n’en sait absolument rien », explique Yves Darré, le secrétaire (CFDT) du comité social et économique (CSE) de Decitre.

L’inquiétude est la même chez les libraires du Furet du Nord. « On n’a pas encore les détails de ce qui se joue en coulisse, se plaignent certains d’entre eux, rencontrés à deux pas de la librairie emblématique de la Grand‐Place de Lille. Et on n’a aucun élément sur les raisons de la mise en redressement judiciaire. » S’il a bien accès aux chiffres de ventes qui montrent que l’enseigne décroche fortement par rapport au marché du livre, lui‐même déjà en baisse, Franck Brunet, le délégué syndical CFDT du Furet, regrette en revanche de n’avoir reçu aucune information sur l’état de la trésorerie ou sur les dettes.
Un calendrier qui interroge
Tous mettent par ailleurs en cause « le très mauvais calendrier du redressement judiciaire ». « Pourquoi l’avoir déclenché aussi tard dans l’année ? », s’interrogent-ils. « On nous a indiqué qu’aucune décision ne serait prise avant le mois d’août, ajoute Franck Brunet. Mais du coup, tout est bloqué. On ne passe aucune commande pour la rentrée scolaire et universitaire. » « On a déjà raté la rentrée en droit », appuie une jeune libraire, présente à ses côtés.

« En librairie, le premier semestre ne représente pas grand‐chose dans les résultats de l’entreprise. Ce qui compte, c’est la rentrée scolaire, explique de son côté Yves Darré. Vous savez que si vous réussissez votre rentrée scolaire, il y a de fortes chances que vous réussissiez Noël, et que si vous avez réussi les deux, vous ferez une bonne année. Et là, le fait qu’on soit en redressement judiciaire n’est pas un bon signal envoyé à nos fournisseurs. Est‐ce qu’ils vont nous suivre ? Aura‐t‐on la capacité à avoir les ouvrages universitaires et scolaires que les gens demanderont en septembre ? »

Faute d’informations suffisantes de leur direction – un CSE extraordinaire vient toutefois d’être convoqué le 30 juin pour les informer du plan de réorganisation -, les salariés …

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Publié le

Temps de lecture : 9 minutes

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Par Yves Adaken

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