bidule pesticide

Il n’est pas le premier, et certainement pas le dernier. Le 6 septembre, Fabrice Roussel, le maire (PS) de la Chapelle-sur-Erdre a rejoint la liste des élus frondeurs ayant pris un arrêté municipal anti-pesticides. Après Langouët (Ille-et-Vilaine), la banlieue nantaise intègre donc la liste des 51 communes françaises engagées dans la lutte contre les produits phytosanitaires.

Concrètement, alors que le gouvernement a lancé cette semaine une concertation publique sur l’usage de ces produits et propose de fixer à 5 ou 10 mètres la distance minimale entre les habitations et leurs zones d’épandage (suivant les recommandations controversées de l’Anses), l’élu socialiste veut pousser cette limite jusqu’à 150 mètres. « Au nom de la santé des habitants et de la protection de l’environnement », explique-t-il.

Comme ce fut le cas à Langouët, où l’arrêté a été annulé par le Tribunal administratif en août dernier, la mesure risque de ne pas s’appliquer très longtemps. Dès mardi 10 septembre, la préfecture de Loire-Atlantique annonçait qu’elle saisirait le tribunal dans les plus brefs délais si le maire ne retirait pas son arrêté. Ce que ce dernier a d’ores et déjà exclu. Aussi temporaire soit-elle, la mesure aura eu le mérite de lancer le débat dans un département encore largement "accro" aux pesticides, comme l’ont montré plusieurs de nos précédentes enquêtes.

Pour le reste, sa portée restait quoi qu’il en soit limitée. Au niveau local, d’abord, puisque sept des neuf exploitations agricoles situées dans cette commune plutôt urbaine (elle ne compte que 28% de surface agricole utile) sont déjà converties au bio. Au niveau départemental, ensuite, puisque La Chapelle-sur-Erdre figure parmi les communes où on achète le moins de produits phytosanitaires, comme le montre le graphique ci dessous.  

Ces graphiques ont pu être établis grâce à des données recueillies et traitées par des étudiants en journalisme de l’IUT de Lannion, dont le travail avait été publié par Mediapart, en juillet dernier (lire notre encadré "En coulisses" ci-après). Cette base, plus complète que celle que Mediacités avait utilisé en 2017 pour établir ses cartes de la France toxique, détaille, code postal par code postal, les achats – et non plus les ventes – de produits phytosanitaires en France. Constituée par l’Agence française pour la biodiversité, elle permet donc de localiser bien plus finement ceux qui achètent des pesticides et, le plus souvent, les consomment. A notre tour, nous avons étudié ces données, à l’échelle de la Loire-Atlantique.          

Qu’en ressort-il ? Sans surprise, que c’est à l’Est du département - et tout particulièrement dans le Sud-Est - que le recours aux pesticides est le plus élevé. En clair et sans surprise, dans le vignoble... La carte ci-dessous montre que les plus gros consommateurs (et de très loin !) se trouvent dans les zones de La Chapelle-Heulin et de la Haie-Fouassière. Suivent – sans surprise là encore – les terres maraîchères de l’est. A titre de comparaison, quand, en 2017, on achetait un peu plus d’une tonne et demi de produits phytosanitaires divers à La-Chapelle-sur-Erdre et Sucé-sur-Erdre, ce chiffre grimpait à plus de 73 tonnes à La Chapelle-Heulin et dans les communes proches (Mouzillon, Vallet, Le Pallet). Certes, la surface agricole utile y est deux fois plus importante que dans la banlieue nantaise (plus de 54% du territoire). Mais c’est tout de même le jour et la nuit...

Derrière les termes génériques de « pesticides » ou de « produits phytosanitaires » se cache une extraordinaire diversité de produits. Leurs noms sont tous aussi abscons mais leurs effets sont plus ou moins nocifs sur l’environnement et la santé humaine. Aussi, nous sommes nous intéressés aux types de substances consommées dans le département. Nous avons distingué (en rouge dans les graphiques) une quarantaine d'entre elles, présentant un risque possible, probable ou avéré pour la santé humaine. Si le soufre, qui domine le classement des produits les plus utilisés (plus de 87 tonnes achetées en 2017), n’appartient pas à cette catégorie, on trouve en revanche à la seconde place le tristement célèbre glyphosate (83 tonnes). Mis en cause l’an dernier dans plusieurs cas d’intoxications graves, le métam-sodium, quant à lui, n’est pas loin du podium.          

Cette distinction substance dangereuse / substance moins dangereuse est intéressante à observer au niveau local. Ainsi, si l’on reprend l’exemple de La Chapelle-Heulin et de ses voisines (code postal 44330), on peut observer que le soufre – très utilisé dans le vignoble - représente une bonne par des achats de pesticides dans le secteur. Tandis qu’autour de Saint-Julien-de-Concelles (code postal 44450), haut-lieu du maraîchage, le métam-sodium est largement dominant. Pour savoir quels types de pesticides sont consommés près de chez vous, tapez votre code postal dans le graphique ci-dessous.

A La Chapelle-sur-Erdre et Sucé-sur-Erdre, en revanche, le glyphosate domine nettement le classement des substances dangereuses. Il reste néanmoins un peu moins acheté localement que le prosulfocarbe, qui n'est pas classé parmi les produits dangereux pour la santé. Youpi ? Pas forcément. Alors que ses ventes ont été multipliées par quatre depuis l'interdiction de l'isoproturon en 2011, ce désherbant utilisé dans la production de céréales et de pommes de terre est, depuis quelques mois, dans le collimateur des agriculteurs bio et des associations de protection de l'environnement. Tous lui reprochent sa grande volatilité, qui a déjà provoqué la contamination de plusieurs parcelles bio voisines de champs où il était épandu. Bref, un produit chimique dont il vaut mieux être éloigné de 150 mètres que de 5 ou 10 mètres.

Comme expliqué plus haut, cet article a été réalisé en téléchargeant et en retravaillant des données obtenues et initialement exploitées par plusieurs étudiants en journalisme de l'IUT de Lannion. Il s'agit d'Aurélien Defer, Maud Gautier, Annabelle Georges, Dorian Girard, Sarah Hadrane, Antoine Irrien, Briac Julliand, Hugo Pigeon et Nicolas Pineau. Ils ont été encadrés par David Prochasson, Laurence Dierickx, Philippe Gestin et Olivier Trédan, enseignants à l’IUT, et Donatien Huet, journaliste à Mediapart. Leur travail, qui concerne la France, mais aussi le cas spécifique de la Bretagne, est à retrouver sur Mediapart.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.