Et deux de plus qui font huit... En quelques jours, la commune du nord de l’agglomération nantaise – bien connue des lecteurs de Mediacités suite à nos révélations successives depuis près de dix-huit mois  (lire plus bas)– a enregistré la défection de deux nouveaux adjoints au maire. Mercredi dans la soirée, Pascal Lavéant, adjoint multi casquettes chargé de l'administration générale, des ressources, du sport, de la vie locale et associative, et de la  communication annonce à Presse-Océan avoir présenté sa démission au maire, Alain Royer, suite à une énième réunion de crise au sein de la majorité.

Cette dernière avait été organisée en réaction à la démission fracassante deux jours plus tôt d'un autre membre de l'équipe municipale, Jérôme Amiaud. Simple conseiller municipal, ce dernier avait été promu adjoint « à la participation citoyenne, à la transition écologique et au développement durable » en octobre dernier, à la faveur d’une première vague de démissions au sein du conseil municipal. Entre-temps, l’adjointe chargée de « l’administration générale » de la commune, Florence Cabresin, a elle aussi préféré quitter le navire. Ce qui porte donc à sept le nombre de démissions d’adjoints d’Alain Royer en à peine seize mois de  mandat! Et même à huit, si l’on ajoute celle de Jean-Marc Colombat, mis en cause pour avoir vendu des mâts solaires à la commune par le biais de sa propre entreprise. Mais celui-ci était néanmoins resté simple conseiller municipal : il n'avait démissionné que de sa délégation d'adjoint.

Dans un communiqué de presse rendu public ce lundi 5 juillet (lire ci-dessous), Jérôme Amiaud expose clairement les raisons de son départ. La délégation « majeure » qu’on lui avait vendue dispose en fait de moyens « clairement sous dimensionnés ». Le manque d’appétence de l’équipe Royer pour le développement durable a d'ailleurs conduit au départ du technicien communal « très qualifié » sur lequel l'élu s’appuyait. Jérôme Amiaud a aussi été mis « en difficulté » par le « manque de cohérence » des informations transmises à l’État dans l’affaire de l’hippodrome illégal du Dominu. Mais, surtout, le démissionnaire invite ses ex-collègues de la majorité à « réinventer leur relation avec les services de la commune ». « Je ne peux m’empêcher de relier le malaise que j’ai perçu chez les agents à la défiance que l’équipe municipale éprouve à leur égard », conclut-il. Fermez le ban.

Communiqué de presse

Le malaise des agents municipaux

Sur ce sujet, le compte-rendu de la réunion du « comité technique » du 21 mai 2021 - l’équivalent d’un comité d’entreprise pour les administrations - est édifiant. Dans ce document que Mediacités a pu se procurer, les élus du personnel font état de la « malaisance grandissante » de leurs collègues. Celle-ci est d’abord liée à « l’impact de l’actualité de Treillières » sur le personnel municipal. « Ils doivent faire face à de nombreuses remarques des administrés, qui confondent les agents (…) et l’autorité territoriale, (…) de type “Vous êtes des incompétents” ou “La magouille ça vous connaît à Treillières” », déplorent les représentants du personnel.

« La situation devient pesante, la médiatisation de la commune impacte un bon nombre d’agents », poursuivent ces derniers. Mais la « malaisance grandissante » des fonctionnaires et contractuels est aussi liée à « l’instabilité politique depuis le début du mandat ». Selon eux, elle « pèse énormément sur l’organisation des services et la motivation des agents ». « Du fait des changements réguliers des adjoints et délégués, (ils) ont du mal à exercer leurs missions sereinement », est-il écrit dans le même compte-rendu de la réunion du comité technique.

Le maire déplore la « communication violente » dans sa majorité

Le recours à un cabinet extérieur pour faire un audit des finances de la commune mises à mal par les choix des élus a été la goutte d’eau de trop. Une « décision politique » à 8 500 euros, assumée par l’équipe Royer selon le compte-rendu du comité technique. En attendant, le « mal-être » est « profond », selon les représentants du personnel communal. A tel point que des contractuels ont préféré retourner au chômage plutôt que de d’être titularisés à Treillières, d’après nos informations.

Contactés par Mediacités, ceux-ci n’ont pas souhaité s’exprimer. Certains nous ont simplement souhaité de « bonnes investigations »... « Après concertation » entre eux, les représentants du personnel n’ont pas non plus « souhaité répondre individuellement et collectivement » à nos questions. « Nous n’avons pas pour habitude de répondre aux sollicitations des médias », expliquent-ils dans un mail. « On sent une non-confiance totale des élus à l’égard des services : tout est décidé à la va-vite, nous sommes sans cesse mis devant le fait accompli, alors que nous sommes censés être les sachants », confie néanmoins un employé de la commune, sous couvert d’anonymat. « En fait, Treillières a gardé le fonctionnement d’une commune rurale, alors qu’elle ne l’est plus. »

L'opposition appelle à la démission du maire

« La démission de Jérôme Amiaud vient corroborer tout ce que l’on dit depuis des mois et des mois, et prouve que tout cela n’était pas une cabale contre le maire et son équipe », réagit de son côté Emmanuel Renoux, chef de file de l’opposition municipale. « Aujourd’hui, la légitimité de cette équipe est proche de zéro. Il faut qu’elle démissionne en masse et que de nouvelles élections soient organisées : il faut repartir avec un nouveau pacte de confiance. »

Dans Presse-Océan, Pascal Lavéant, démissionnaire hier soir, s'interrogeait lui aussi. « Chaque démission pose inévitablement le débat de la légitimité de l’équipe, explique-t-il. Ce serait être insensible et irresponsable de ne pas s’inquiéter face à une telle hémorragie. Il faut se sortir de cette situation. Il faut que cela s’arrête. »

Invité à réagir, Alain Royer n’a pas donné suite à nos demandes, comme presque toujours depuis maintenant plus d’un an. Le maire de Treillières n’est pourtant pas complètement aveugle. Selon nos informations, lors d’un bilan de cette première année de mandat, il aurait reconnu en interne que sa propre majorité est « fragilisée » par les « rivalités » et les « visions contradictoires ». La communication entre élus de la majorité est par ailleurs « pas toujours positive, voire violente ». « L’actuelle démobilisation des personnels de la mairie » et « les faits bien souvent infondés relatés par la presse » ont parachevé cette année « éprouvante » pour lui.

Bonne nouvelle pour l'équipe Royer

Tout n’est pas noir pour la majorité municipale : mardi 6 juillet 2021, le rapporteur public a préconisé à la cour administrative d’appel de Nantes d’annuler le refus opposé en juin 2020 par la Commission nationale d’aménagement commercial (CNAC) à l’aménagement de la zone commerciale de la Belle-Etoile, à cheval entre Treillières et sa voisine Grandchamp-des-Fontaines. Bien que sceptique « à titre purement personnel » sur l’intérêt d’un tel projet - qui prévoit la création d’un Lidl, d’un Biocoop, d’un Centrakor, d’un magasin de bricolage ou encore d’une cave à bières - le magistrat a estimé que les trois motifs de refus retenus par la CNAC ne tenaient pas. Il a donc suggéré aux juges de donner trois mois à la commission pour prendre un nouvel avis, qu’on peut imaginer favorable. L’arrêt de la cour sera rendu dans dix jours, le 16 juillet 2021.


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