«Oh ! Quel farouche bruit font dans le crépuscule les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule ! » A la différence de ceux de Victor Hugo, les chênes coupés sur le chantier de la maison de santé de Nantes Nord sont tombés dans le plus grand silence. Pour tout dire, nous n’en aurions peut-être jamais entendu parler avant de tomber sur le message incendiaire envoyé par le directeur du Service des espaces verts et de l’environnement (SEVE) de Nantes le 24 juin 2020. S’adressant à Olivier Parcot, directeur général des services (DGS) de la ville et de la métropole, ainsi qu’à plusieurs de ses homologues, Romaric Perrocheau n’y prend pas de gants.

« Si nous ne parvenons pas à préserver un alignement de chênes centenaires :
- à l'intérêt paysager remarquable à l'échelle nantaise
- à l'intérêt écologique à l'échelle métropolitaine (composante d'une trame verte de plus d'un kilomètre)
- à l'intérêt patrimonial à l'échelle départementale (plus gros sujets sur l'espace public de la métropole)
- à l'intérêt écologique de niveau national (habitat protégé d'une espèce classée « vulnérable » à l'échelle mondiale)
Alors, nous serons en capacité de justifier l’abattage de tout arbre sur Nantes », écrit l’ancien directeur du Jardin des plantes, arrivé à la tête des jardiniers nantais en janvier 2020.

De quoi parle-t-il ? D’un projet urbain dont les travaux doivent alors débuter quelques semaines plus tard. A Nantes Nord, dans le quartier nommé – ironie de l’histoire – « Chêne des Anglais », face au collège Stendhal, la ville de Nantes a prévu depuis 2016 la construction d’une maison de santé. Un espace de 900 mètres carrés, dans lequel s’installeront des médecins, des sages-femmes, des infirmiers, des orthophonistes et des kinés. Bref, une bouffée d’oxygène pour un secteur populaire qui comptait jusque-là parmi les moins bien dotés de l’agglomération en offre médicale, avec seulement quatre médecins pour 8 000 résidents en 2016.

« C’est une bonne chose, confirme Mehdi qui habite depuis plus de vingt-cinq ans dans l’une des tours surplombant le chantier. Pour avoir un rendez-vous chez le docteur, c’était toujours la galère. Là, ça va être beaucoup plus simple. Dommage qu’ils aient dû couper tous les arbres ».

Les chênes qu’on abat
Les arbres… Voilà le cœur du problème. Car la parcelle où les professionnels de santé s’installeront à l’horizon 2023 était loin de ressembler à un terrain vierge, comme le montre la photo ci-dessous. Avant le passage des engins de terrassement, on y trouvait les bâtiments d’un ancien chantier d’insertion . . .

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Cet article concerne la promesse :
« Planter 25 000 arbres et arbustes, reconstituer les forêts urbaines »
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