La zone du cratère de l'explosion de l'ex-usine AZF est théoriquement placée sous scellés judiciaires depuis l’ouverture de l’enquête, au lendemain de la catastrophe du 21 septembre 2001, et doit le demeurer tant que court la procédure. La condamnation de Grande Paroisse et de l’ex directeur de l’usine en octobre 2017 pouvait laisser espérer une remise en état de la zone, mais le pourvoi en cassation de Total reporte les travaux. Or, comme nous avons pu le constater directement à deux reprises, les 9 et le 24 octobre 2018, il suffit de contourner le site clôturé par l’arrière pour découvrir un grillage ouvert, et même un portail d’accès sans aucun cadenas ni protection, et avoir la possibilité d’entrer à l’intérieur ! Des traces de passage, pour certaines assez récentes, sont d'ailleurs visibles.

 

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Dossier de présentation des travaux de réhabilitation à la CLIP (commission locale d'information du public, aujourd'hui devenue commission de suivi de site), Grande Paroisse, 2006. La zone sous contrôle judiciaire apparaît en rouge.

Après la catastrophe, Grande Paroisse, la filiale de Total, a cédé l’intégralité de ses terres à Toulouse Métropole, tout conservant une obligation légale de protection du site. Obligation qui ne semble donc pas remplie. Selon la Direction régionale de l’environnement (DREAL), « l’intégrité des scellés relève du parquet de Toulouse ». Joint par téléphone, le service de communication s‘est montré très surpris. On nous indique que « l’information sera remontée au procureur » même si « avant toute intervention, il faudra un signalement par un officier de police judiciaire, puis une enquête ».

Le portail d'entrée dans la zone sous contrôle judiciaire. Photo : Grégoire Souchay.

France 3 avait déjà pointé le problème en 2011, puis La Dépêche du Midi en 2013.  « Bien sûr que la zone est ouverte aux quatre vents, réagit pour sa part Armand Cassé, ancien salarié d’AZF, secrétaire du Comité d’Entreprise de l’ancienne usine. Le comble c'est que Total avait entreposé dans un de ces containers des documents internes de l'usine, sur les procédures de sécurité ou les méthodes de travail. Ces éléments auraient pu s'avérer utiles pour la procédure judiciaire mais ont été éparpillés dans la nature au fil des visites inopinées à l'intérieur de cette zone sous scellés. »

Autre problème : cette zone de deux hectares étant théoriquement inaccessible et n’ayant pas été réhabilitée, aucune mesure n’a été prise pour assurer sa dépollution. Existe-t-il un risque pour la santé ? A l’Observatoire Régional des Déchets et de l'Economie Circulaire en Occitanie (Ordeco), on nous rassure : « il faudrait que les personnes qui se sont introduites à l’intérieur ingèrent directement la terre et ce pendant une période très longue pour qu’il y ait un éventuel risque au niveau de la santé ». L'Agence Régionale de Santé n'a quant à elle pas répondu à nos sollicitations. En 2003, dans son rapport sur les conséquences sanitaires de l'explosion AZF, l'Institut de Veille Sanitaire, détaillait : « risques liés à la consommation d'eau potable : les dépassements de valeur limite de qualité en ammonium, nitrates et nitrites observés ponctuellement dans l'eau distribuée au décours de l'explosion n'ont pas été de nature à engendrer un excès de risque sanitaire pour les consommateurs. Risques liés à la contamination du sol, directs ou indirects (via la chaîne alimentaire) : concernant les projections de terre issue du cratère, parmi les dérivés azotés et les métaux mesurés, quatre substances (Arsenic, Chrome, Cuivre, Plomb) ont dépassé les valeurs admises pour un sol non pollué. Le niveau des expositions estimées, qu'elles soient de caractère aigu ou chronique, par ingestion directe, a permis de conclure à l'absence d'effets sanitaires attendus. »

De son côté, un porte-parole de Total-Grande Paroisse s’est contenté de nous rappeler que le chantier de réhabilitation des autres terrains de l’ancienne usine s’est achevé en 2008 et que « la zone sous contrôle judiciaire sera traitée lorsque la justice l’autorisera ». Il faudra encore attendre le quatrième procès AZF, qui doit intervenir en 2019, et six mois de délai supplémentaires prévus par la justice, pour mettre fin à cette situation. 

https://www.youtube.com/watch?time_continue=2678&v=TUYywLRN45I