À quelques semaines du premier tour des élections régionales, le 20 juin prochain, l'entourage de Carole Delga s'active pour permettre à la présidente socialiste sortante de se maintenir aux manettes de la Région Occitanie. Dans les coulisses, quelques élus, membres de son cabinet, et responsable administratif s'érigent en véritables architectes de la campagne, aux côtés des porte-parole, dont Mediacités révèle les noms en exclusivité, et qui seront chargés de représenter Carole Delga dans la région.

Kamel Chibli, le chef d'orchestre

Homme fort de l'équipe, c'est à Kamel Chibli que Carole Delga a confié la direction de sa campagne en janvier dernier. Un choix « évident» pour les élus de la majorité interrogés par Mediacités. « Il a été vice-président (délégué à l'éducation, la jeunesse et les sports, NDLR), il est jeune et tonique... Ils étaient peu nombreux à pouvoir incarner ça », confie l'élu régional en charge de la santé Michel Boussaton.

Une légitimité renforcée par ses expériences passées, puisque Kamel Chibli a déjà participé à des campagnes électorales nationales. En 2007, il est encore secrétaire général de l'association Désir d'Avenir, fondée par la socialiste Ségolène Royal, lorsque celle-ci se lance pour l'élection présidentielle de 2007. En 2012, l'homme rejoint l'équipe de campagne de François Hollande où il se charge du lien avec les associations.

Au côté de Carole Delga désormais, sa mission première consiste à faire le lien entre les 13 fédérations socialistes, et à participer à la construction des listes dans chaque département de la Région. « Il est proche de Carole, il a une loyauté totale, et surtout, il a la particularité de bien connaître le fonctionnement du parti et les 13 premiers fédéraux de la région. Or tout le monde sait que la campagne va essentiellement reposer sur les militants », confie, « en off », un élu régional socialiste.

En effet, sans salle de meeting à remplir, covid oblige, les militants vont devoir multiplier les actions de porte-à-porte et accentuer leur présence sur le terrain. Alors pour mobiliser les équipes, Kamel Chibli s'est aussi entouré de deux autres petites mains du PS : Muriel Cabrit, dite « Mumu », ex-directrice de cabinet de la maire de Colomiers, et Simon Viguier, connu pour avoir été l'assistant parlementaire du député PS de Haute-Garonne Joël Aviragnet.

Christian Assaf, « l’apparatchik » qui rassemble

Président du groupe PS au conseil régional et vice-président chargé des sports à la Métropole de Montpellier, Christian Assaf a hérité du rôle de rassembleur en chef. « Il a le profil de l'apparatchik, il a la culture des négociations, des rapports de force, du poids de chaque formation politique », explique un conseiller régional issu du même secteur. C'est d'ailleurs lui qui aurait été l'artisan « de la composition de la fusion entre Michaël Delafosse et les écologistes lors des municipales à Montpellier », poursuit un membre de l'équipe de campagne.

En lien direct avec les référents des différents partis pour les élections régionales, il a orchestré les unions avec le PC, le PRG, Place Publique et Occitanie écologie, mouvement fondé par l’écologiste Agnès Langevigne, exclue d'Europe Écologie les verts pour son soutien à Carole Delga. « Avec eux, nous avons travaillé les sujets sur lesquels nous pouvions nous mettre d’accord en termes de contenu. Nous avons aussi départagé le nombre d'élus sur les listes. C'est Christian qui gère tout ça, avec Kamel [Chibli] et Pierre [Lacaze] », détaille une élue de Haute-Garonne.

Laurent Blondiau, le « porte-flingue »

Directeur de cabinet de Carole Delga depuis début 2016, Laurent Blondiau entretiendrait une relation « quasi fusionnelle » avec sa présidente, selon ses proches. « Elle lui fait une immense confiance. Ils se sont rencontrés pendant la campagne en 2015 et ça a matché tout de suite. C'est quelqu'un qui l'a pas mal rassurée lorsqu'elle avait été la cible d'attaques dures de la part de Philippe Saurel (ex-maire de Montpellier NDLR), ou même lors des incartades du FN pendant la gouvernance », confie encore un élu régional socialiste héraultais.

Ex-journaliste à l'Humanité, c'est au côté de Georges Frêche que Laurent Blondiau a fait ses armes dans l'univers de la politique en qualité de directeur de la communication de l'ex-région Languedoc-Roussillon. Un baptême du feu particulièrement formateur, celui que l'on surnommait « l'Impérator » cumulant frasque sur frasque. Lors des Européennes de 2014, il a ensuite conseillé l'écologiste José Bové. Une relation qui n'est pas étrangère au ralliement de cette figure du Larzac à la candidature de la présidente de région début mars, et à sa présence sur sa liste aveyronnaise. « José Bové sait où sont ses intérêts. Et le lien dans cette histoire, c'est Blondiau », décrypte un élu régional haut-garonnais issu de la majorité.

Aux côtés de Carole Delga, Laurent Blondiau agit en véritable homme-orchestre. Laurent Blondiau dévore la presse, signale les dérapages éventuels des concurrents, et fournit ses éléments de langage à la patronne du conseil régional. Une élue socialiste de Haute-Garonne le confirme : « Au quotidien, il décortique les sondages sur les priorités des Français... Quand quelque chose sort, il nous appelle : 'Qu'est-ce qu'on a là-dessus ? Tu peux nous préparer un bloc ? Si les médias nous interrogent, il faut que Carole puisse sortir tout ça' ».

Un bras droit omniprésent, qu'un autre élu de la majorité qualifie de véritable « porte-flingue » : « C'est lui qui fait les deals sur les dossiers. C'est lui qui coupe et qui tranche. En fait, Blondiau a installé quelque chose autour de Carole Delga. Le but, c'est que rien ne pousse à l'ombre de la présidente de Région. Il a construit l'image d'une bosseuse, ce qui est vrai, d'une femme ouverte et sympa, ce qui l'est un peu moins, et de quelqu'un qui est très écolo, ce qui est une façade... Le produit, c'est Delga ».

Pierre Fournel, « l'opérationnel »

Au sein du cabinet de Carole Delga, Pierre Fournel a pris le rôle un peu fourre-tout de secrétaire général. Un poste qui mêle gestion de l'agenda de l'élue, conseil juridique, et mission spéciale sur le dossier des transports. Souvent décrit comme « le relais de Blondiau », l'homme s'avère tout aussi actif dans la campagne.

« Il est très opérationnel, c'est une pièce importante du puzzle. Il s'occupe de la mise en musique sur le fond, il a une expertise sur le transport, mais il a aussi des ancrages gardois et héraultais », explique un membre de l’équipe de campagne. De fait, il y aurait un peu de Pierre Fournel dans la constitution de la liste gardoise pour les régionales, ou encore dans les questions programmatiques liées au déplacement.

Proche du directeur de cabinet, le secrétaire général est aussi dépeint dans un costume « d'architecte » de campagne. « Il travaille à fédérer les gens, à les faire travailler ensemble », résume l'élu à la santé Michel Boussaton. Bien avant de rejoindre la Région Occitanie, Pierre Fournel avait fait ses armes à la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), d'abord en tant que chargé de mission en 2004, puis en qualité de vice-président jusqu'en 2013.

Simon Munch, l'as du « combien ça coûte »

Si les amitiés sont courantes entre élus et membre du personnel administratif, l'engagement des agents dans les campagnes électorales l'est un peu moins. Mais en Occitanie, Simon Munch est systématiquement cité parmi les pièces maîtresses sur l’échiquier de Carole Delga. Arrivé des Pays de la Loire en 2016, le directeur général des services entretiendrait une vraie relation de confiance avec Carole Delga. « Elle dit toujours 'Mon DGS', ce qui n'est pas une pratique courante. On dit souvent 'Mon directeur de cabinet', mais on le fait plus rarement avec un administratif », remarque une l'élue régionale socialiste, membre de l'équipe de rapprochée de la présidente sortante.

Fort de cette relation, le DGS serait de toutes les réunions de campagne. « Quand on est en cercle restreint sur un document, il est toujours là. Il vient le samedi, ou le soir quand il peut », poursuit l'élue précédemment citée. Une précision d'agenda moins anodine qu'il n'y paraît, un DGS rémunéré par la collectivité n'est pas censé travailler à plein-temps au profit d'un candidat. 

Son rôle semble pourtant incontournable au sein de l'équipe de campagne. « Quand on travaille sur une mesure, il nous aide à savoir combien ça coûte. Il a une bonne vision des politiques publiques, et de ce que le code général des collectivités territoriales autorise, ou pas », souligne notre source.

Les relais sur le front médiatique

Contrairement à ces « hommes forts » impliqués dans les rouages internes, quelques noms ont été désignés pour monter sur le front médiatique, et incarner la campagne. Au total, cinq porte-parole vont écumer le territoire occitan ces prochaines semaines. Transfuge issue d’Europe-écologie-les-verts, Agnès Langevigne a préféré soutenir la présidente sortante plutôt que de se lancer dans la course dans les rangs du parti. « Ça perturbe la base écolo et les militants d'EELV », apprécie un élu socialiste de l'Hérault. L'occasion de brouiller les pistes en somme, et d'en remettre une couche en propulsant ladite transfuge parmi les têtes d'affiche qui relaieront les propositions de la présidente sortante...  

Députée de la 2e circonscription du Tarn-et-Garonne et présidente du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Valérie Rabault assurera ces mêmes fonctions sans toutefois se présenter sur une liste. « Elle a une portée nationale, elle nous aide dans tout ce qui est 'stratégie politique' », confie un membre de l'équipe de campagne de Carole Delga.

À leurs côtés, le vice-président de Région Didier Codorniou, président du Parlement de la mer et maire PRG de Gruissan, dans l'Aude, devrait aussi monter au front côté façade maritime. Même mission pour le communiste haut-garonnais Pierre Lacaze, qui est notamment positionné sur les domaines de l'entreprise et de l’emploi, et pour le vice-président Vincent Labarthe, président du grand Figeac, à propos du secteur agricole.

Troisième sur la liste de la présidente sortante en Haute-Garonne, la vice-présidente de Région et ex-candidate socialiste à la mairie de Toulouse Nadia Pellefigue fait quant à elle office de relais avec la société civile. Élue déléguée à l'économie, c'est elle qui a chapeauté la plate-forme participative d'Occitanie en commun pour faire émerger les propositions des citoyens.

Autant de personnalités tournées vers l'extérieur en somme, et qui en disent long sur l'image que l'équipe de campagne souhaite véhiculer auprès des électeurs : une image plus verte, plus « féminine » et plus ouverte sur la gauche que les hommes de confiance de Carole Delga à la manœuvre dans les coulisses.

Au total, nous avons contacté une dizaine de personnes pour cette enquête. Mais qu'il s'agisse de l'équipe de campagne, d'observateurs extérieurs ou d'élus, la plupart des personnes interrogées sur l'entourage de Carole Delga et sur les rouages internes de son équipe ont préféré garder l'anonymat. Une réaction classique en période électorale. « Je ne suis pas habilité à prendre la parole », nous expliquait ainsi l'un d'eux.