Améliorer le quotidien des Toulousains, « une priorité absolue » pour Jean-Luc Moudenc qui en a fait le thème central de la « feuille de route politique » de son nouveau mandat, présentée mercredi 15 septembre – plus d’un an après sa réélection. Entre les discours et les actes, l’écart est parfois important. Dans le quartier Le Raisin, il semble carrément abyssal. Rencontrés après les annonces du maire de Toulouse, les habitants de cette bande urbaine coincée entre Les Minimes, la gare, le canal et les voies de chemin de fer, dénoncent l’inaction de la municipalité et les promesses non tenues du maire à ce jour.

Sans-domicile fixe jugés envahissants, branches mortes non élaguées dans le parc du quartier, absence de caméras de surveillance, manque d’entretien des berges du canal, excès de vitesse sur le boulevard ou embouteillages récurrents causés par le stationnement en double file devant la gare routière... La liste des griefs est longue.

Mais ce qui préoccupe plus que tout ces habitants, c’est la prostitution le long du boulevard des Minimes. « Les prostituées travaillent le long du canal et sous les passerelles. Elles viennent faire leurs affaires avec leurs clients derrière le jardin d'Abadie. Il y a des mouchoirs usagés sur les berges et des capotes sur le chemin. Les résidents n’en peuvent plus, s’exaspère Claude Authié, président du comité de quartier Minimes-Raisin. La police municipale nous a dit de les alerter via "Allô Toulouse", mais quand on appelle, on se fait envoyer paître. »

Interrogée à ce sujet, la mairie dément. « Il est important de rappeler que les agents d'Allô Toulouse n'ont pas ce genre d'attitude, affirme-t-elle. La plateforme a reçu 38 appels concernant de la prostitution et du racolage sur le boulevard des Minimes depuis le début de l’année 2021. Ces appels ont tous été dirigés vers la police municipale à l'exception d'un appel concernant un cas de prostitution dans une résidence privée, orienté vers la police nationale. Plusieurs équipages sont intervenus au cours des derniers mois. »

Une présence qui devrait s’accroître, selon la mairie, grâce au recrutement de 100 policiers municipaux supplémentaires sur le mandat et par le doublement des patrouilles de la police municipale dans les quartiers. « Zéro patrouille municipale multiplié par deux, cela fait toujours zéro », raille Gérard Dournel, trésorier du comité de quartier. Et Claude Authié d'ajouter, avec ironie : « Les municipaux, on ne les voit passer que lorsqu’ils viennent faire le plein à l’atelier de Toulouse Métropole, avenue François Collignon ».

Excédé par la situation, ce retraité de la police nationale a récemment transféré au cabinet du maire de Toulouse la photographie d’une passe, prise par ses soins, un dimanche matin, à 8h30. « Pouvez-vous me préciser s'il s'agit du théâtre de rue gratuit ou d'un attentat à la pudeur ou simplement d'un délit d'exhibition sexuelle ?, interroge-t-il ironiquement. Cette scène se reproduit quotidiennement à différents endroits du quartier à la vue du public (grandes personnes et enfants) le matin, l'après-midi et la nuit. Malgré les informations et demandes formulées à plusieurs reprises par le comité de quartier et malgré aussi l'existence d'un arrêté municipal interdisant la prostitution sur le boulevard. Rien n'est fait par les autorités et tous les habitants du quartier pensent d'une façon unanime que nos élus et les autorités compétentes s'en moquent éperdument. »

Le Raisin, un quartier abandonné ? Pas tout à fait. La commune a tout de même engagé depuis l'an dernier une série de travaux le long du canal du Midi pour un montant de 516 000 euros. De plus, les abords de la passerelle du Raisin devraient être réaménagés l'été prochain. Pas de quoi satisfaire Claude Authié et ses voisins qui regrettent l’absence d’écoute de la mairie. « Nous ne sommes pas conviés aux réunions de suivi de chantier. Durant le premier mandat, nous avions des réunions mensuelles avec le maire de quartier, Maxime Boyer. Nous n’en avons pas eu depuis longtemps avec sa remplaçante, Cécile Dufraisse. C’est une élue débordée et incompétente », tranche le président du comité de quartier Minimes-Raisin.

Là encore, la mairie de Toulouse a une tout autre vision de la situation : « À la demande de Cécile Dufraisse, l'agent municipal, référent du quartier, a échangé à de nombreuses reprises avec M. Authié sur des sujets spécifiques au Raisin. De très nombreux appels ainsi que de nombreux mails témoignent de cette communication continue. » Le service de presse de la municipalité assure par ailleurs que la maire de quartier a rencontré le comité à sept reprises depuis le début du mandat, dont récemment le 11 octobre « pour évoquer les transformations du quartier ».

« C’étaient des réunions avec d’autres comités de quartier sur le projet de chaufferie qui doit alimenter le grand Matabiau et sur la 3e ligne du métro, s’étrangle Claude Authié. Nous n’avons pas pu discuter des problématiques du Raisin. » Remonté, le riverain s’en voudrait presque d’avoir fait campagne pour le maire sortant lors du second tour. « Il nous a tout promis, mais on attend encore, soupire-t-il. S’il avait eu Nadia Pellefigue en face de lui et pas l’autre fou d’Antoine Maurice, Jean-Luc Moudenc aurait perdu. Il devrait s’en souvenir... »

Cet article concerne les promesses :
« Augmenter les patrouilles à vélo et à pied » « Doubler les patrouilles de la police municipale (soit 2 par jour par secteur) »
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