Christian Le Bart est professeur de Sciences politiques à Sciences-Po Rennes. Il est l’un des spécialistes français des questions de gouvernance locale et mène également des travaux sur le discours et la communication en politique. Il s’est notamment intéressé à la question de la standardisation des politiques publiques et montre que les discours et les mises en scène de la rupture qui animent les campagnes électorales au niveau local masquent en réalité une continuité des politiques publiques.

Mediacités : Y a-t-il encore des possibilités d'alternatives idéologiques dans les métropoles, ou bien les candidats et les partis œuvrent-ils tous à faire de leurs villes des métropoles européennes compétitives ?

Christian Le Bart : Ce qui est sûr, c’est que nous avons assisté durant ces dernières décennies à la stabilisation d’un référentiel remarquablement cohérent à l’échelle des collectivités françaises, voire européennes. Ceux qui les pilotent adhèrent pour la plupart à une vision très darwinienne, et au fond très libérale, de la compétition entre les territoires : les métropoles et les régions se pensent en référence à leurs concurrentes françaises ou continentales. Quant aux villes moyennes ou aux communautés de communes, elles cherchent, plus modestement, à exister à l’échelle départementale ou régionale. Selon ces représentations dominantes, l’image des villes – et donc les projets qu’elles mènent – conditionne leur développement. Et tout cela renvoie à un lexique très fermé : celui de la compétitivité, de l’attractivité, du marketing territorial...

C’est en partie de cette logique de compétition entre villes et territoires que découlent des mécanismes de standardisation des politiques publiques, qui les poussent en quelque sorte à se copier les unes les autres ou en tout cas, à faire la même chose et à mener des projets similaires. Dans ce contexte, les étiquettes politiques des élus et les stratégies de différenciation partisane deviennent presque superflues et se retrouvent dévalorisées. Ou, du moins, elles ne pèsent plus grand chose.

Bref, et en caricaturant un peu, parce qu’ils s'estiment engagés dans une compétition entre territoires, les élus, quelle que soit leur étiquette, mènent peu ou prou les mêmes politiques ?

Disons en tout cas que si la décentralisation a conféré aux élus de nouvelles marges de manœuvre et de nouvelles ressources décisionnelles, elle n’a pas produit d’effet de politisation de l’action publique territoriale. Ce que l’on observe au contraire, c’est la montée en puissance d’une culture politique des élus locaux marquée par le pragmatisme. Malgré la rhétorique du “projet” souvent employée, leur action s’apparente surtout à du bricolage. Ils “font avec” plus qu’ils n’inventent. Il y a des airs du temps qui pèsent sur les villes, auxquels elles doivent se conformer pour . . .

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Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.