Lorsque Michel Koebel commence à s’intéresser aux caractéristiques sociales des élus locaux, au milieu des années 2000, très peu de travaux universitaires existent sur le sujet. Pour mener à bien certaines de ses recherches, il se penche alors sur le Répertoire national des élus (RNE), une colossale base de données qui recense les noms, prénoms, sexe, âge et catégories socioprofessionnelles des plus de 520 000 personnes détenant un mandat électif – du député au simple conseiller municipal, en passant par le maire.                        

En se concentrant sur ces deux dernières catégories, il a pu démontrer que les élus municipaux étaient de plus en plus soumis à « une sélectivité sexuelle, générationnelle, résidentielle et surtout sociale ». En résumé, que ceux pourtant considérés comme les élus les plus proches des Français n’étaient pas franchement représentatifs de la population...    

Mediacités : Concrètement, que démontre votre travail ?

Michel Koebel : D’abord que nous connaissions très peu les caractéristiques sociologiques du demi-million d’élus locaux, pourtant souvent présentés comme les mandataires les plus appréciés des Français. Mais surtout que plus la fonction politique occupée est élevée, plus la sélection sociale pour y accéder est discriminante. Et en la matière, la variable de la taille de la commune est la plus importante. Je m’explique : plus la taille de la commune est importante, plus les postes de maire, d’adjoint, voire de conseiller municipal sont occupés par des membres de catégories sociales élevées.

Si les agriculteurs exploitants restent aujourd’hui la catégorie la plus surreprésentée dans les communes françaises (ils totalisent 25 % des maires de France pour à peine 2 % de la population active), c’est avant tout lié à la prédominance des petites communes rurales en France (les communes de moins de 2 000 habitants représentent plus de 85 % du total). Mais leur présence devient négligeable, voire nulle, dès que les villes franchissent le seuil des 10 000 habitants. A partir de ce niveau là, les cadres et professions intellectuelles supérieures dominent très largement. En 2010, ils détenaient 70 % des mandats de maire dans les villes comprises entre 10 000 et 99 999 habitants et 93 % dans celles de l’échelon supérieur.

Comment expliquez-vous cette hégémonie des classes supérieures sur les postes importants ? Pourquoi l’immense majorité des maires et des élus des grandes villes sont des notables, des retraités, des hauts-fonctionnaires, d . . .

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