Comment nous avons utilisé vos contributions pour notre enquête #DansMaVille sur la gentrification

Alors que notre première enquête collaborative sur la gentrification s’achève, il est temps de rendre honneur aux auteurs des 150 contributions que nous avons reçues. Articles, événements, témoignages… Découvrez comment vos messages ont concrètement nourri notre travail journalistique.

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#DansMaVille
Cet article fait partie de notre série d’enquêtes collaboratives
La gentrification de nos quartiers populaires

Que faire devant ce déluge de messages ? On ne vous le cache pas, c’est la question qui s’est posée chez Mediacités à la veille de Noël. Quelques jours plus tôt, nous lancions #DansMaVille, notre plateforme d’enquête collaborative, pour explorer les enjeux communs à nos quatre métropoles. Avec une idée majeure : partir de VOS préoccupations. Le premier thème de cette enquête : la gentrification, soit la transformation de certain quartiers populaires sous l’arrivée de populations plus aisées.

Au total, nous avons reçu plus de 150 contributions. Nous souhaitions non seulement recueillir vos questions, mais aussi – et c’est une première pour Mediacités – votre expérience et votre expertise en lien avec ce phénomène.

La promesse (« enquêter avec vous dans nos métropoles ») était belle sur le papier. Encore fallait‐il la tenir ! D’autant que nous étions attendus au tournant par plusieurs d’entre vous sur la teneur de nos articles. Simon, par exemple, nous écrit : « Je souhaiterais que la gentrification ne soit pas traitée comme une action délibérée des particuliers, puisqu’elle résulte de phénomènes complexes et multiples ». Comme Daniel, d’autres attendaient de Mediacités un traitement impartial de cette question : « Si l’enquête ne vise pas à créer encore plus de divisions entre les gens, je ne peux être contre. Et donc je ne suis pas contre un article qui viserait à expliquer sans mise en cause et sans prise de partie, un phénomène [de gentrification] que nous pouvons tous constater ».

Des articles écrits à partir de vos questions jusqu’aux événements organisés dans chacune de nos villes, tour d’horizon de ce que nous avons fait (et de ce que nous aurions aimé faire !) à partir des messages que vous nous avez envoyés.


Des messages qui ont guidé nos enquêtes

Après avoir lu attentivement et patiemment catégorisé vos 150 contributions, nous avons réalisé au total 14 articles sur la gentrification à Lille, Lyon, Nantes et Toulouse, sur une période de dix semaines.

Certains articles se sont imposés comme une évidence. Par exemple, quand Émile nous demande « quels constats sociologiques précédent la gentrification », l’idée d’interroger une sociologue nous semble tout de suite pertinente. Elle débouchera sur la publication d’une interview avec la chercheuse Anaïs Collet sur le profil et la responsabilité supposée des « gentrifieurs », ces nouveaux habitant·e·s qui contribuent à modifier un quartier.

D’autres questions se ressemblaient : plusieurs d’entre vous nous interrogent sur le rôle des promoteurs immobiliers dans les opérations de rénovation urbaine, ou encore sur les stratégies de certaines communes pour attirer des populations aisées. C’était le signe que nous ne devions pas manquer ces aspects dans nos enquêtes à venir.

Pour éviter de multiplier les entrées sur notre site, nous avons intégré les réponses à ces questions à nos reportages sur le terrain. Certains de nos articles débutent ainsi par la liste de quelques‐uns de vos messages qui ont guidé nos journalistes dans leur travail. Ce fut le cas pour Florence Pagneux, qui est partie à la rencontre de « gentrifieurs » de l’agglomération nantaise, et qui débute son article par ces mots :

Parmi la multitude de questions et témoignages qui nous sont parvenus suite à notre appel à contributions sur le thème de la gentrification, plusieurs s’attachent à la question de la pression immobilière et à ses liens avec le processus d’embourgeoisement des villes. Pierre note, par exemple, que « les prix élevés de l’immobilier conduis(ent) de fait à sélectionner une population à l’aise financièrement ». Blandine, de son côté, s’interroge sur « l’importance de la spéculation immobilière dans l’accroissement des inégalités », tandis que Denis observe qu’une « part notable des biens immobiliers échappe désormais aux circuits traditionnels (agences, petites annonces, etc.) » et se demande dans quelle mesure ce processus nourrit « une forme de cooptation qui accélère la gentrification ». Éléments de réponse à Nantes, dans deux quartiers touchés à des degrés divers par la gentrification.
Capture d’écran de l’article « De Trentemoult à Zola : paroles de “gentrifieurs” nantais », publié sur Mediacités le 19 décembre 2019

Sur d’autres publications, nous avons préféré intégrer vos messages dans la colonne située à droite du texte, afin de ne pas rompre le récit. Un exemple avec cette question de Christel sur l’activité de la police dans les quartiers en voie de gentrification, pour laquelle notre journaliste Marie Tranchant a trouvé une réponse en explorant le quartier de Fives, à Lille :

Christel, lectrice de Mediacités qui a participé à notre enquête #DansMaVille, s’interrogeait justement sur l’activité des forces de l’ordre : « Quand les quartiers se “gentrifient”, est-ce que la police a plus tendance à faire le ménage et à lutter contre les nuisances du quotidien que dans les quartiers qui restent populaires ? »
Capture d’écran de l’article « Fives, un village toujours prolo, un peu bobo », publié le 17 janvier 2020 sur Mediacités

Restent toutes les autres contributions, celles auxquelles nous n’avons pas donné suite dans nos articles. Au risque de vous décevoir, nous avions préféré vous prévenir dès le début : il nous était impossible de les utiliser en intégralité et de répondre à chacun·e d’entre vous. Nous avons cependant commis une erreur : lors de notre premier appel à contributions, nous ne vous avions pas demandé votre adresse e‑mail, ce qui nous empêchait de vous recontacter, soit pour obtenir davantage d’informations, soit pour vous prévenir de l’utilisation de votre message au sein de l’un de nos articles. Nous rectifierons le tir pour notre prochaine enquête collaborative !

Votre expertise partagée lors d’événements locaux

Vos contributions n’ont pas seulement été incorporées à nos enquêtes : nous les avons également utilisées lors de nos quatre événements locaux organisés en janvier et février 2020. Au total, sur les 12 intervenant·e·s lors de ces événements participatifs, 6 sont des personnes nous ayant directement écrit sur la plateforme #DansMaVille pour partager leur expertise.

C’est le cas par exemple de Maxime Léonard, photographe amateur, qui nous écrit pour « apporter [son] témoignage photographique en cours dans le quartier » de Bonnefoy à Toulouse, qui fait l’objet d’un plan colossal de rénovation urbaine. Nous avons rebondi sur sa proposition et fait tirer plusieurs de ses clichés. Maxime Léonard les a présentés au cours d’un atelier thématique de notre événement toulousain sur la gentrification, mardi 4 février, et un dialogue s’est établi avec les participant·e·s autour de ses images.

Une douzaine de lectrices et lecteurs de Mediacités sont réunis autour d'une table pour un atelier thématique sur la gentrification.
L’événement participatif organisé à Toulouse a réuni 35 personnes, réunies en 3 ateliers thématiques sur la gentrification. Photo : Clara Courdeau / Mediacités

Autre contribution qui fut la bienvenue : celle de Sophie Gruyer, doctorante en sciences politiques au CERAPS (Université de Lille). Cette jeune chercheuse nous a spontanément proposé de partager le fruit de ses recherches sur la gentrification commerciale et résidentielle dans le quartier de Wazemmes, mais aussi sur les enjeux politiques et électoraux de la gentrification à Lille, qui sont l’objet de sa thèse en cours. « Je ne sais pas vraiment sous quelle forme, mais je me dis qu’il serait peut‐être intéressant que nous collaborions », nous écrit‐elle. Nous l’avons donc convié à animer un atelier thématique lors de notre événement lillois sur la gentrification, qui se tient mardi 11 février – à guichet fermé, toutes les places sont parties en quelques jours.

Des témoignages qui restent

Cette enquête #DansMaVille aura aussi été l’occasion de renouveler le traditionnel « appel à témoins » dans les médias. Plutôt que de vous demander d’envoyer des vidéos quand un événement survient sous vos yeux, nous souhaitions que vous partagiez votre expérience personnelle de la gentrification.

Vous pouvez lire l’intégralité des témoignages que nous avons reçus sur notre plateforme #DansMaVille. Mais par où commencer ? Nous avons sélectionné pour vous quelques‐uns de ces messages que nous n’avons pas pu utiliser dans nos enquêtes. Ils nous ont marqués pour leur engagement, leur originalité ou leur simplicité et résument la diversité de vos contributions.

« Bonjour, je suis Lilloise depuis 25 ans. J’ai été au RMI, locataire dans le privé et en logement social. J’ai progressé dans ma vie professionnelle, emploi jeune, poste à temps plein, reprise d’études… Depuis 2013, j’ai pu accéder à la propriété grâce aux mesures d’accession sociale de la ville. Certes, j’ai peut‐être eu de la chance, mais je pense que ces mesures encadrant la spéculation ou les prix prohibitifs de la promotion immobilière, freinent la gentrification. Lille reste une ville accessible aux personnes à revenus faibles. Même si rien n’est parfait. Je crois que Lille pourrait être un exemple pour d’autres villes de France. Ce message n’est sans doute pas très intéressant pour un journal qui voudrait enquêter sur de mauvaises pratiques, mais c’est mon témoignage. »
Olivia

« Vivant les dernières années en HLM près du Clos Toreau [à Nantes], j’ai vu les dernières zones vertes transformées en immeubles face à des bureaux flambants neufs, et la colère des jeunes du quartier qui perdaient leur « territoire » ; rien de flagrant ou de spectaculaire, mais un lent grignotage de quartiers par une architecture et des habitants nouveaux. Tout cela est un peu vague, en tous cas merci pour vos enquêtes qui m’ont permis de « valider » mes impressions. »
Frédéric

« Bonjour, j’habite à Lyon depuis cinq ans. Nous venons d’emménager dans une maison nouvelle dans le 8ème arrondissement. Nous sommes juste à côté de la grande promotion Vinci Oasis Parc, sur la route de Vienne. Le quartier où nous habitons maintenant est clairement très populaire, mais il y a un grand nombre de rénovations et construction neuves, ainsi que l’arrivée du tram (arrêt T6 Moulin à vent à 5 minutes). A priori, il y a des logements sociaux et d’accession sociale dans tous ces programmes, mais le prix du mètre carré monte rapidement. Je me demande s’il y a un réel effort pour créer de la mixité sociale ou si, à terme, nous allons assister ici aussi à une gentrification accélérée comme dans le 7ème, où nous habitions avant. »
Nicolas

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, rendez‐vous sur pals.mediacites.fr

Point final.
#DansMaVille
Cet article fait partie de notre série d’enquêtes collaboratives
La gentrification de nos quartiers populaires

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