Des promesses, encore des promesses, toujours des promesses

Toutes villes et collectivités confondues, nous en avons recensé près de 1200... 1200 promesses et autant d'engagements à tenir pour ceux qui commandent aujourd'hui aux destinées des mairies et métropoles de Lille, Lyon, Nantes et Toulouse. Y parviendront-ils ? Radar vous permettra de le savoir d'ici à 2026. En attendant, en voilà déjà quelques-unes sur lesquelles nous avons de sérieux doutes.

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En politique, « les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent »… Rendons au “petit père” Henri Queuille ce qui lui revient de droit… Bien avant un autre corrézien célèbre, Jacques Chirac, c’est lui qui prononça le premier cette phrase devenue symbole d’un certain cynisme électoral. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce pilier des IIIe et IVe Républiques (trente fois ministre, trois fois président et cinq fois vice-président du conseil des années 1920 aux années 1950, tout de même) a fait école.

C’est même devenu une loi du genre : scrutin après scrutin, programme après programme, profession de foi après profession de foi, électeurs et observateurs se font bercer par les doux chants des sirènes électorales. Pour se réveiller un mandat plus tard, un goût amer de poudre de perlimpinpin dans la bouche, toujours plus déçus, voire définitivement désabusés comme en témoigne la hausse continue des chiffres de l’abstention. 

Une fatalité ? Pas nécessairement. C’est du moins ce que nous nous sommes dit à Mediacités, une fois achevée la dernière campagne municipale. En nous interrogeant sur notre propre responsabilité. Après tout, nous, journalistes, écoutons ces promesses tout comme les citoyens. Nous les relayons, même, tout en essayant chaque fois de les mettre en perspective et de leur ôter leur côté « magique ». Est-ce suffisant ? Coluche disait, à-propos : “les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent, c’est pire !”

Et si nous étions un peu plus exigeants sur leur suivi, une fois les urnes vidées ? Et si nous accordions un peu plus de temps à vérifier qu’elles ont bien été réalisées, ou non ? Et si nous demandions plus régulièrement des comptes à ceux qui les énoncent ? Alors, au delà de l’intérêt purement journalistique de la chose, ne finirions-nous pas par inciter les politiques à un peu plus de prudence, un peu moins de surenchère et pour tout dire un peu plus de sincérité ?

Verdict dans six ans

Une douce illusion ? Peut-être. Mais après tout, il en faut. Et c’est pourquoi nous avons mis sur pied Radar, cet outil inédit de suivi des promesses et de l’action politique dans les villes et métropoles de Lille, Lyon, Nantes et Toulouse. Un peu plus de 1100 promesses y sont recensées. Soit toutes celles émises durant la campagne par ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir politique dans ces quatre villes et huit collectivités. Avec votre aide, nous suivrons leur application, mettant à jour leur statut à mesure qu’elles seront tenues, amendées, voire tout simplement abandonnées.

Le temps de l’action publique n’étant pas celui des médias, c’est un exercice jamais vu dans lequel Mediacités s’est lancé. Un travail  au – très – long cours que nous espérons utile à la démocratie, mais qui n’aboutira à un verdict définitif qu’à l’issue du mandat, et donc des six prochaines années. Une éternité au regard du rythme de l’actualité.

Et c’est vrai que six ans, c’est bien long. Alors, en attendant les premières mises à jour, voici déjà, en forme de clin d’œil, un court florilège de tous ces engagements qui nous ont fait sourire – un peu jaune parfois – en dépouillant les programmes. Quelques-unes de ces phrases ronflantes dont nous nous sommes demandé ce qu’elles pouvaient bien signifier réellement. Avant de nous rappeler Henri Queuille et de les ranger parmi celles qui, effectivement, n’engagent que ceux qui les écoutent.  

Celles si floues qu’elles en deviennent invérifiables

  • « Autonomisation des équipes de proximité et déconcentration de certains pouvoirs vers les mairies de quartier »(Programme de Martine Aubry, à Lille).  Quels pouvoirs, quelle autonomie, quelles équipes ? 
  • « Nous mènerons (…) des actions de renaturation (désimperméabilisation des cours d’écoles, création de mares, noues, haies, abris etc.) »(Programme de Grégory Doucet et Bruno Bernard à Lyon). Prometteur, mais combien d’écoles concernées ? Et à quelle échéance ?
  • « Réorientation de la politique économique de la Métropole vers le territoire et pour la transition »(Programme de Johanna Rolland à Nantes). Certes. Mais concrètement ? 
  • « Devenir la première ville de France avec zéro femme victime de violence ou isolée à la rue dès l’hiver 2020 »(Programme de Jean-Luc Moudenc à Toulouse). Ambitieux et salutaire. Mais comment vérifier ? 

Celles qui n’engagent à rien, parce qu’inapplicables, déjà prévues ou ne dépendant pas de la collectivité

  • « Expérimenter les composteurs de quartier »(Programme de Jean-Luc Moudenc à Toulouse). Il faudra peut-être même faire mieux puisque la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015 prévoit que tous les particuliers disposent d’une solution pratique de tri à la source de leurs biodéchets avant… 2025.
  • « Moratoire sur la 5G jusqu’à la fin du débat public ouvert sur son utilité et ses conséquences sanitaires »(Programme de Johanna Rolland à Nantes). Le fruit d’une âpre négociation avec les Verts et une promesse déjà tenue. Mais surtout de l’affichage puisque le Conseil d’État a récemment reconnu « une compétence exclusive aux autorités de l’État » pour l’installation des antennes. 
  • « Le périphérique sera transformé en boulevard urbain planté, avec des aménagements doux et des voies réservées aux covoiturages, vélos, et transports en commun, selon la négociation avec l’État » – (Programme de Martine Aubry, à Lille). Si tout dépend des discussions avec la préfecture, pas sûr que la promesse soit tenue en 2026. L’expérience du passage de ce même périphérique à 70 km/h en témoigne : la négociation avait duré sept ans…
  • « Interdire l’épandage de pesticides à moins de 150 mètres des habitations » (Programme de Grégory Doucet et Bruno Bernard à Lyon). Une promesse mais surtout un vœu pieu dans l’état actuel de la législation. Le 27 août 2020, le tribunal administratif de Rennes a annulé l’arrêté du maire de Langouët qui portait sur cette même mesure, évoquant un “excès de pouvoir.” Un sort peu ou prou semblable est réservé, depuis, aux autres arrêtés anti-pesticides pris en réaction.

Ou encore celles qu’on a eu un peu de mal à comprendre 

  • « Émergence d’un laboratoire urbain fonctionnant comme un workshop permanent » – (Programme de Martine Aubry à Lille). Gné ? Allez, soyons tout à fait honnête, signe que les rédacteurs du programme devaient eux-même douter de leur formulation, la phrase y est suivie de quelques explications : « Adossé à la Maison du Projet, ce lieu d’innovation tant publique que citoyenne organisera régulièrement des conférences, des ateliers collaboratifs, des appels à idées sur les principaux enjeux (ville bas carbone, métamorphose paysagère, Lille en 2050…) ou les projets en cours dans la ville et ses quartiers (dénomination d’une rue, aménagement d’un petit espace, préparation d’une action propreté…). Il popularisera les méthodes de l’urbanisme transitoire et participatif déjà testées avec succès à Lille. » Plus clair ? A peine. 
  • « Mailler le territoire de lieux pairs-aidants et de groupes d’entraide mutuelle »(Programme de Grégory Doucet et Bruno Bernard à Lyon). Concrètement, de quoi s’agit-il ? Impossible à dire. Mais ces lieux “permettront de partager et de trouver des solutions ensemble dans la bienveillance et l’écoute”, nous assure-t-on. Ouf!
  • « Soutenir les initiatives de la culture du Maker faire pour offrir aux créateurs des lieux équipés » – (Programme de Damien Castelain à la Métropole de Lille). Une notion aussi valise que tendance. Pas de proposition chiffrée. Bref, l’archétype de la promesse qui fait joli sur un programme mais ne dit rien de concret. 
  • « Mettre en place des actions en faveur du dynamisme économique pour créer des emplois »(Programme de Jean-Luc Moudenc à Toulouse). Si cette fois les mots sont parfaitement clairs, beaucoup plus que les mesures concrètes qu’ils pourraient recouvrir. Mais, comme on dit, ça ne mange pas de pain.
  • « Promotion d’un nouveau modèle de métropole pour peser sur les politiques européennes et internationales »(Programme de Johanna Rolland à Nantes). Là-encore, moins un problème de mots que de sens. Un nouveau modèle, pourquoi pas. Mais lequel ? Et comment ? 

La liste, bien évidemment n’est pas exhaustive. On vous en a d’ailleurs gardé une petite dernière pour la route : celle de Damien Castelain, dans son programme pour la Métropole de Lille : «Établir un dispositif de suivi des engagements de campagne permettant aux citoyens, aux entrepreneurs, aux associations, aux élus et aux médias de suivre, dans la transparence, l’avancée des engagements de campagne du groupe Métropole Passions Communes ». Celle là, on ne sait pas encore si le président de la MEL la tiendra ou non. Mais, quoi qu’il en soit, à Mediacités nous le ferons.

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, rendez-vous sur pals.mediacites.fr

Point final.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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