La coque de l’arche conçue pour abriter les plus fragiles d’entre les fragiles se fissure. Ce radeau pour enfants maltraités, violés, destructeurs ou autodestructeurs, c'est le système de la protection de l'enfance. Une mission confiée aux collectivités départementales. « Les premiers signes de dégradation de notre accueil sont apparus en 2012 », se souvient Paul Heems, secrétaire général de la CGT des personnels du département du Nord. « Mais depuis l'arrivée de Jean-René Lecerf au pouvoir, c'est exponentiel », enchérit son homologue de Sud, Olivier Treneul. Entre 2015 et 2018, le conseil départemental, conquis par une majorité LR-UDI-DVD, a coupé chaque année 5 % des financements des associations chargées de la protection de l'enfance. Après trois ans de diète, et plusieurs mouvements de grève, la protestation des professionnels du secteur a atteint un niveau inédit le 7 novembre. Ils étaient entre 650 et un millier à descendre dans la rue pour crier leur inquiétude.
Les associations en première ligne
Les associations ont été les premières à subir les conséquences de ces coupes budgétaires. L'EPDSAE, établissement public opérateur du département en matière de protection de l'enfance, a dû s'engager à économiser 11 millions d'euros ; la Sauvegarde du Nord, l'une des plus grosses associations de protection de l'enfance, a réduit son train de vie de 12,3 % sur trois ans. En tout, 700 places ont été supprimées sur le département dont 71 à la Sauvegarde. De son côté, l'EPDSAE a fermé 10 établissements et remercié 300 CDD. Pourtant, le flux de jeunes à protéger ne tarit pas. L'absence de places en foyers engorge les services d'urgence, qui doivent les accueillir de manière inconditionnelle. « Le service de l'Escale compte officiellement 15 places. Chaque nuit, 40 mineurs dorment là-bas », raconte Véronique Salenbier, déléguée CFDT de l'EPDSAE.

La chasse aux dépenses « inutiles » a des répercussions sur ceux qui restent dans les foyers. « Un môme avait les dents gâtées. A la fac dentaire, soit on intervenait tout de suite, avec une anesthésie locale, et il fallait payer 4 fois 40 euros ; soit on opérait l'enfant sous anesthésie générale, il fallait attendre des mois, mais c'était gratuit. Le . . .

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