Pour lui, l’A45 a longtemps ressemblé à une légende. Une histoire que son grand-père entendait déjà dans les années 1930. Mais depuis quelques années, Jacky Virieux a appris à y croire. Accoudé sur sa pioche, le retraité contemple la grande affiche plantée sur des bottes de paille en face de son jardin, de l’autre côté de la départementale : « Vinci dehors ! A45 halte au massacre de nos terres ! », interpelle la banderole.

Nous sommes ici dans la commune de Saint-Maurice-sur-Dargoire, à la frontière entre les départements du Rhône et de la Loire. C’est un peu « par hasard » que Jacky Virieux, ancien grossiste en biscuiterie, a appris que sa maison familiale se trouvait sur le tracé de la future autoroute, supposée relier la Fouillouse, au nord-ouest de Saint-Etienne, à Brignais, au sud de Lyon. « Théoriquement, ici, ce serait un échangeur, soupire-t-il. La maison appartenait à mon père, décédé l’année dernière. Quand je suis allé voir le notaire, on m’a dit qu’elle était invendable à cause du projet d’A45 ».

Un projet qui n’attend aujourd’hui plus qu’une décision ministérielle pour devenir réalité. Elle devrait intervenir au premier semestre 2018 dans le cadre d’une « loi d’orientation sur les mobilités ». En attendant, Jacky se contente d’entretenir ce qui peut l’être. « Je ne vais pas investir dans cette maison pour que Vinci la détruise ! », lance-t-il, un peu fataliste Les jeunes ont raison de se battre, moi je suis contre ce projet mais je n’ai plus l’âge d’aller faire des manifs. »

Lui, en revanche, n’a pas peur « d’aller au charbon ». Quelques kilomètres plus au nord, à Mornant, Jérôme Guinand arbore un T-shirt jaune vif frappé du logo « Non à l’A45 » sur le dos. Cet éleveur et producteur laitier montre fièrement ses 45 vaches avant de se diriger vers la prairie qui jouxte sa ferme. Son bras fend le paysage : « L’autoroute couperait nos terres en deux. Sur nos 80 hectares, 15 seraient goudronnées ».

Enfant du pays, Jérôme a repris la ferme de ses parents avec son frère au début des années 2000. Une affaire qui marche. Près de 80% de la production est en vente directe, à Lyon ou dans la vallée du Giers. « Nous employons six salariés, nous n’avons pas attendu l’A45 pour créer des emplois », souligne-t-il. Adhérent de la Confédération paysanne, comme bon nombre de petites exploitations du territoire, Jérôme Guinand n’en démord pas : « Nous irons jusqu’au bout contre ce projet inutile ». A 37 ans, l’homme illustre le nouveau souffle que connaît la mobilisation contre l’A45 depuis un an.

« Ni ici, ni ailleurs »

Relancé en 1993 après plusieurs tentatives, le dossier de l’A45 est longtemps resté une affaire de militants spécialisés, visible uniquement par les panneaux « Non à l’A45 » placardés un peu partout sur le tracé. Dès les années 1990, deux associations jumelles se créent. La Sauvegarde des Côteaux du Lyonnais (SCL) côté Rhône, et la Sauvegarde des Côteaux du Jarez (SCJ) côté Loire. « Au départ nous nous étions mobilisés contre le Contournement ouest de Lyon, se souvient Maurice Fisch, président de la SCL.  Mais le projet d’A45 est lié. Le trafic qui déboucherait au sud de Lyon viendrait aggraver les bouchons actuels, entraînant d’autres aménagements. » Après trente ans de lutte, Maurice Fisch réfute tout égoïsme dans sa démarche. « Nous ne sommes pas dans le syndrome “Nimby”. Notre slogan c’est “Ni ici, ni ailleurs”. Nous nous opposons à ce projet . . .

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