C’est un de ses plus beaux coups. Apporter sur un plateau – de télévision – l’élu de La France Insoumise Andréa Kotarac. En mai dernier, une semaine avant l’élection européenne, ce conseiller régional bascule de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en appelant à voter pour la liste du Rassemblement national (RN, ex-Front national). Une trahison mise en scène en prime time sur BFM TV et orchestrée, en coulisses, par Antoine Mellies, figure montante du parti d’extrême-droite. Les deux hommes se connaissent de longue date. Tous deux ont été élus en 2015 à la région Auvergne-Rhône-Alpes, mais leur amitié date de leurs années passées sur les bancs de la fac de droit de Lyon-III. Etudiants, ils ont passé – et raté – ensemble l’examen du barreau. « On me surnommait Andréa le rouge, Antoine Mellies n’était pas de mon bord, se souvient le transfuge Kotarac devenu cet été assistant parlementaire d’un eurodéputé RN [lire L’œil de Mediacités du 3 septembre dernier]. Mais il n’hésitait pas à débattre, à me saluer. »

Antoine Mellies met à profit cette proximité au printemps dernier alors qu’Andréa Kotarac prend ses distances avec la campagne européenne des Insoumis. « J’ai d’abord eu un entretien avec Jean-Luc Mélenchon, resté sans effet. C’est à ce moment-là qu’Antoine m’a proposé de rencontrer Marine Le Pen. Il a organisé un déjeuner dans une brasserie parisienne », raconte-t-il. Entre la patronne du RN et « l’insoumis patriote », le courant passe immédiatement.

L’histoire est révélatrice. Depuis son adhésion au Front national de la jeunesse (FNJ) en 2010, Antoine Mellies, 30 ans aujourd’hui, s’est imposé comme un élu qui compte au sein de son parti, au point d’avoir l’oreille de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle. Localement, il s’est rendu incontournable : conseiller municipal de Givors en 2014, conseiller régional, donc, en 2015, assistant parlementaire de l’ancien député européen Steeve Briois, pendant trois ans, il est nommé, en juillet dernier, à la tête de la fédération RN du Rhône. Un poste clef pour piloter les campagnes municipales et métropolitaine de mars 2020. Avec une commune – un symbole – en ligne de mire… « C’est quelqu’un qui sait ce qu’il veut. Et ce qu’il veut depuis des années, c’est la mairie de Givors », commente Andréa Kotarac.
De Sarkozy à Le Pen, en passant par Soral
Givors, petite ville à l’extrême sud de la Métropole de Lyon. Près de 20 000 habitants. Une cité frappée de plein fouet par la désindustrialisation. Tenue sans interruption par le Parti communiste depuis l’après-guerre. Faire basculer la ville tient de l’idée fixe pour Antoine Mellies. D’autant plus qu’elle semble à portée de scrutin : la liste RN de Jordan Bardella a raflé 28% des suffrages aux européennes… soit plus du double de la liste LREM, arrivée en deuxième position.  Pas de quoi crier victoire à l’avance, mais suffisant pour faire miroiter une surprise l’an prochain, dans une Métropole jusqu’ici peu favorable au Rassemblement national.

En attendant son grand soir électoral, Antoine Mellies reçoit dans un café de la Confluence, à Lyon, à deux pas de l’hôtel de région. Le jeune . . .

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