Lyon vue du ciel : des trains peuvent en cacher d’autres

[1/5] Pendant tout l’été, Mediacités Lyon brosse le portrait de l’agglomération depuis l’espace. Que racontent les images aériennes - et souvent spectaculaires - sur l’évolution de nos villes, de nos déplacements, de nos modes de vie ? Pour le premier volet de cette série, suivons les voies ferrées.

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Un nœud. L’image s’est imposée quand il est question, à Lyon, du chemin de fer. Dans la deuxième agglomération de France, carrefour historique entre le nord et le sud, l’est et l’ouest, se serait formé un « nœud ferroviaire ». La formule en dit long sur le nombre de lignes et de trains qui s’y croisent - Part-Dieu, avec 130 000 voyageurs quotidiens est la première gare de transit du pays - autant que sur la congestion sur les rails.

Un nœud à desserrer. C’est tout l’objet du projet de Contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise (CFAL), un serpent de mer de vingt ans qui promet la création d’environ 70 kilomètres de nouvelles voies, destinées en priorité au fret, et un peu d’air pour les plus de 35 millions d’usagers annuels du réseau lyonnais.

Si ce contournement, déclaré d’utilité publique en 2012 pour sa partie nord, se concrétise un jour, il consacrera un peu plus l’emprise du ferroviaire dans l’agglomération lyonnaise. Car, vue du ciel, celle-ci a parfois les allures d’un immense jeu de petits trains, avec en son centre la gare Part-Dieu [photo ci-dessous].

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La gare Part-Dieu. Image Google Earth.

Part-Dieu, gare à l’embolie

Dimensionnée à sa création, en 1983, pour 35 000 voyageurs quotidiens, la principale gare de Lyon en accueille désormais trois à quatre fois plus. Pour éviter l’embolie, SNCF Réseau construit une douzième voie, le quai L. Sa mise en service est annoncée pour 2023. Une ultime extension (après le quai K, qui date de 2011) car les réserves foncières disponibles manquent dans ce secteur transformé en chantier géant.

Pour repousser toujours plus les limites de Part-Dieu, Gérard Collomb a longtemps milité pour le creusement d’une gare souterraine. Un projet pharaonique estimé, selon un rapport de 2011, entre 1,7 et 2,5 milliards d’euros pour quatre nouvelles voies. Pendant la campagne des élections régionales, Martine Guibert, alors vice-présidente d’Auvergne-Rhône-Alpes chargée des transports, a discrètement mentionné la question d’un aménagement « en souterrain » de Lyon Part-Dieu au micro de France bleu Isère. Mais le projet semble avoir fait long feu.

Autour de sa méga-gare, Lyon compte cinq autres gares de taille plus modeste :

- Perrache, la dauphine, en activité depuis la moitié du XIXe siècle qui accueille 7,5 millions de voyageurs par an (chiffre de 2019), en photo ci-dessous.

gare de Perrache
La gare de Perrache. Image Google Earth.

- Les gares de Jean-Macé, de Saint-Paul, de Gorge-de-Loup et de Vaise, en photos ci-dessous, qui permettent à la SNCF de « désaturer » Part-Dieu en accueillant des liaisons TER.

Gare de Jean-Macé
La gare de Jean-Macé, dans le 7e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

gare saint-Paul
La gare Saint-Paul, dans le 5e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

gare de Vaise
La gare de Vaise, dans le 9e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

La liste ne serait pas complète sans le papillon de Saint-Exupéry. La gare de l’aéroport, œuvre de l’architecte espagnol Santiago Calatrava, est, à l’inverse de Part-Dieu, sous-exploitée même si à la faveur des trains low-cost Oui Go et de l’ouverture de nouvelles lignes aériennes sa fréquentation a augmenté ces dernières années. Avant le déclenchement de la crise sanitaire du Covid-19, elle avait accueilli près de 2,4 millions de voyageurs en 2019. On est toujours loin des 12 millions de passagers annoncés lors de l’inauguration de la gare en 1994…

gare de Saint-Exupéry
La gare de l'aéroport Lyon Saint-Exupéry. Image Google Earth.

Rotondes et matières dangereuses

Aux gares de voyageurs, il convient d’ajouter la gare de fret de Sibelin, à laquelle Mediacités a consacré une enquête dernièrement [lire : Matières dangereuses : la gare de Sibelin, bombe à retardement aux portes de Lyon]. Située entre Solaize et Feyzin, elle s’étend sur une bande de terre plus large que les installations de la vallée de la Chimie qu’elle longe.

Chlore, ammoniac, éthylène… A Sibelin, 200 wagons de matières dangereuses transitent chaque jour. Le gare ne compte que trois autres équivalents en France (Woippy en Moselle, Drancy-Le Bourget au nord de Paris et Miramas dans les Bouches-du-Rhône) mais elle est unique sur un point : aucune autre n’est située dans un secteur autant miné de sites Seveso.

gare de Sibelin
La gare de marchandises de Sibelin, au sud de Lyon. Image Google Earth.

À suivre les voies ferrées sur Google Earth, on croise de photogéniques rotondes. Dans le 7e arrondissement de Lyon, celle de la Mouche dessine un cercle parfait. Construite en 1867, elle a perdu sa sœur jumelle qui se trouvait à l’extrémité sud du long bâtiment. Cette infrastructure ferroviaire dotée d’un pont tournant permettait d’entreposer des locomotives le temps de leur entretien. Sur la ligne « PLM » (Paris-Lyon-Marseille), le dépôt Lyon-Mouche s’impose alors comme un centre névralgique. Aujourd’hui des associations, comme les Ateliers la Mouche, tentent de préserver la mémoire industrielle et sociale de ce site vaste de 6,5 hectares.

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Dépôt de la Mouche, dans le 7e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

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Le dépôt de la Mouche avec les deux rotondes. Photo : DR.

Au sein du Grand Lyon, on trouve une autre rotonde, plus méconnue encore que celle de la Mouche. Adossée à la gare de triage de Badan, la rotonde de Grigny est plus récente que celle du 7e arrondissement. Sa mise en service remonte à 1881. Elle servait aussi à l’entretien des locomotives qui empruntaient la ligne PLM et pouvait en accueillir jusqu’à 72. La SNCF l’a utilisée jusqu’en 1972 avant de la céder à une société privée.

Gare de triage de Badan-Grigny
La gare de triage de Badan, à Grigny. Image Google Earth.

Pour terminer cette balade ferroviaire et aérienne, deux photos valent de long discours. La première ci-dessous, capturée à la Confluence, illustre comment la fabrique de la ville - en l’occurrence le centre commercial du quartier - s’adapte et s’accommode tant bien que mal des voies ferrées.

Voie à Confluence
Les toits du centre commercial de Confluence. Image Google Earth.

La seconde, saisie à l’est de Lyon à l’échangeur de la Boisse (entre l’A42 et l’A432), bordé par la LGV (voie de haut en bas située la plus à gauche sur la photo), permet de relativiser l’emprise foncière des rails par rapport à celle du goudron...

échangeur de la Boisse – Est de Lyon
La LGV Paris-Marseille et l'échangeur de la Boisse. Image Google Earth.

Connaissez-vous votre ville ?

Tout au fil de notre série « Lyon vue du ciel », nous vous proposons de deviner quel site ou monument se cache sur une image aérienne. Pour commencer, une coquille Saint-Jacques et quatre bulots. Vous pouvez nous envoyer vos propositions dans les commentaires de l’article ci-dessous. La réponse, mercredi prochain !

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Image Google Earth.