Lyon vue du ciel : à Décines, la naissance « d’OL Land »

[2/5] Pendant tout l’été, Mediacités brosse le portrait de l’agglomération lyonnaise depuis l’espace. Que racontent les images aériennes - et souvent spectaculaires - sur l’évolution de nos villes, de nos déplacements, de nos modes de vie ? Pour le deuxième volet de notre série, direction Décines et « la vallée » façonnée par Jean-Michel Aulas.

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Une tache blanche en forme de « O ». Petite, certes, mais parfaitement distincte. À trente kilomètres du sol, le grand stade de l'Olympique lyonnais (OL) est une des seules constructions de toute la métropole, si ce n’est la seule, qu’on identifie du premier coup d’œil sur les images satellites [voir la photo ci-dessous]. Plus à l’ouest, il faut plisser les œil pour deviner la place Bellecour, le centre commercial de la Confluence ou… le stade de Gerland.

0 – OL vu du ciel
À trente kilomètres du sol, la silhouette du Groupama stadium se dessine déjà au nord-est de la métropole. Image (06 avril 2020) Google Earth.

Il faut dire qu'une fois les pieds sur terre, l’enceinte blanche construite à Décines-Charpieu par Jean-Michel Aulas impressionne. Avec une capacité d'environ 59 000 spectateurs, elle est le troisième plus grand stade du pays, derrière le Stade de France, à Saint-Denis, et le Vélodrome de Marseille, deux autres épais donuts blancs vus du ciel [voir les images ci-dessous].

stade de france
Le stade de France, à Saint-Denis. Image Google Earth.

velodrome
Le Vélodrome, à Marseille. Image Google Earth.

Inauguré au début de l'année 2016 pour l’Euro de football qui s’est disputé cette année-là, le stade lyonnais aurait coûté 450 millions d'euros, selon Jean-Michel Aulas, président de l'OL depuis 1987 ; 632 millions d’euros d'après la Cour des comptes ; voire même 800 millions d’euros selon certaines associations opposées au projet [lire sur Mediacités la série : Olympique lyonnais : l’histoire secrète du grand stade].

Si ces montants donnent déjà le vertige, ils ne couvrent qu’une partie de l’opération de l’Olympique lyonnais à Décines. Car l’implantation du club de football dans l’Est lyonnais ne s’est pas limitée au stade : elle s’inscrit dans un projet urbanistique plus vaste, baptisé « OL Vallée », qui comprend un hôtel quatre étoiles, un centre médical, des immeubles de bureau, une ligne de tramway, un laser-game ou encore une vague artificielle… En attendant la construction d’une nouvelle salle événementielle - l’Arena - où devrait évoluer l’équipe de basket de l’Asvel pour ses matchs les plus importants. Définitivement, le pôle créé par Jean-Michel Aulas a dépassé les frontières du football, au point d’être parfois considéré comme la 60e commune du Grand Lyon.

Comment en est-on arrivé à ce résultat ? Explorer les images satellites de Google Earth ne permet pas de voyager uniquement dans l’espace, mais aussi dans le temps, grâce aux vues conservées en archives…

Quitter Gerland

Au début des années 2000, Jean-Michel Aulas affiche dans Le Monde les nouvelles ambitions de l'Olympique lyonnais. Elles sont sportives - devenir champion de France - mais aussi d'ordre économique. Alors que le groupe Pathé vient d'entrer à son capital, l'OL veut augmenter son chiffre d'affaires, et notamment le rendement de son stade (alors Gerland) : « En prenant comme base 100 francs pour le prix d'un billet, les supporters consomment sur place 300 francs en Angleterre en produits dérivés. Chez nous, les supporters en restent aux 100 francs initiaux », explique son président. Plusieurs options sont envisagées.

La première consiste à agrandir le stade de Gerland en le dotant de nouvelles loges. Inauguré en 1920 dans le 7e arrondissement de Lyon, l’enceinte dessinée par Tony Garnier accueille le club depuis sa création en 1950. Classé monument historique dès 1967, il a connu de nombreux aménagements tels que la suppression de la piste cycliste qui séparait le terrain des gradins, la création de nouvelles tribunes ou la démolition des virages en 1988. A la fin des années 1990, il peut accueillir un peu plus de 40 000 spectateurs. L'ampleur des aménagements proposés à la mairie, propriétaire du stade, par Jean-Michel Aulas enterre le projet.

2 – 2007 Gerland
Le stade de Gerland dans le 7e arrondissement de Lyon. Juillet 2007. Image Google Earth.

Pour rejoindre la cour des grands clubs européens, l'OL fera donc le choix de quitter Gerland. L'objectif de Jean-Michel Aulas : construire un stade dont son club serait le propriétaire et non le locataire. Un modèle éprouvé par de nombreux clubs anglais et allemands. Plusieurs sites sont envisagés dont celui du Puisoz, vingt hectares à Vénissieux qui présentent l’avantage d’être directement desservis par le périphérique. L’option tient la corde pendant un temps. Mais aujourd’hui, ce sont des magasins Leroy Merlin et Ikea qui se dressent sur la parcelle convoitée. En 2007, l'OL a privilégié une implantation à Décines-Charpieu. Une décision controversée.

3 – 2007 Vénissieux
L'état, en 2007, de la parcelle de Vénissieux envisagée pour accueillir le stade de l'OL. Juillet 2007. Image Google Earth.

3 3 – 2020 Vénissieux
La même parcelle, en 2020, après l'implantation de plusieurs grands magasins. Avril 2020. Image Google Earth.

Cap sur Décines-Charpieu

Ultra-dominateur en ligue 1 de 2002 à 2008, l'OL ne connaît pas la même réussite en matière de planification. Dès qu’il est choisi, le site du futur « Groupama stadium » est décrié. Tout d'abord pour son manque d'accessibilité : le lieu est peu desservi par les transports en commun et se trouve à proximité d'une route déjà régulièrement encombrée. Mais il l'est aussi pour les nombreuses expropriations que le projet entraîne, dont celle de Philippe Layat. Cet éleveur devient la cause et le visage des opposants au stade de Jean-Michel Aulas. Plusieurs communes de l’Est lyonnais affichent leur opposition. Mais, bien aidé par le sénateur Gérard Collomb, Jean-Michel Aulas débute les travaux de son stade en 2012.

4 – 2007 champs OL
Le futur site, à Décines-Charpieu, du grand stade tel qu'il était en 2007. Juillet 2007. Image Google Earth.

5 – 2012 construction OL
Les premières étapes de terrassement débutent en 2012 à Décines-Charpieu. Mars 2012. Image Google Earth.

L'objectif est alors clair : terminer le stade pour l'Euro 2016. Un véritable impératif puisque la candidature de la France à l'organisation de l'événement comprenait la promesse d'accueillir plusieurs matchs au sein du nouveau stade de l’OL. Google Earth permet aujourd'hui de suivre les étapes du chantier confié à Vinci. En juillet 2015, apparaissent la première partie du toit et l'ossature qui le supporte [voir l’image ci-dessous]. L’enceinte en chantier disposera des « atouts » dont Jean-Michel Aulas voulait doter Gerland : en 2017, Mediacités Lyon comptait 6 000 places VIP contre 1800 dans le précédent stade, 105 loges contre 39, 40 buvettes contre 13, 300 caisses automatiques contre 0.

6 – 2015 construction OL
L'état du chantier du futur stade en 2015, à quelques mois de son inauguration. Juillet 2015. Image Google Earth.

Le « parc Olympique Lyonnais » est inauguré le 9 janvier 2016 par une victoire 4-1 de l'OL contre l'Estac Troyes. A cette date, le stade est desservi les soirs de match par le prolongement du tram T3 que l’on devine au nord de la pelouse. Les supporters peuvent également s'y rendre en voiture et stationner au parking qui entoure l'aile ouest. A ses côtés, le club implante son centre d'entraînement et continue de plus belle les travaux de cette zone parfois surnommée « OL Land ».

7 – 2016 inauguration OL
Le "Parc Olympique Lyonnais" à Décines-Charpieu, quelques mois après son inauguration. Août 2016. Image Google Earth.

Du centre de vaccination au « pôle de divertissement »

Rebaptisé « Groupama Stadium » en 2017, après un contrat de naming avec la société d’assurances, le stade, qui a accueilli la finale de Champions Cup en 2016 et la finale de la Coupe du monde féminine en 2019, se rêve au centre d'un pôle de divertissement. Cette ambition se concrétise au fil des années et des opérations immobilières. Sur l’image ci-dessous, qui date d’avril 2020, on distingue au nord du stade l’hôtel Kopster et les bâtiments qui abritent entre autres un bowling.

8 – 2020 vallée OL
Depuis 2016, l'OL vallée a continué son développement autour du stade. Avril 2020. Image Google Earth.

Le nouveau pôle urbain de Décines est loin d'être terminé. Jean-Michel Aulas espère voir sortir de terre en 2023 une Arena de 17 000 places, future demeure de l'Asvel de Tony Parker. Et si, ces derniers mois, « l'OL Vallée » s’est transformée en centre de vaccination, le président de l'Olympique lyonnais n’a pas revu à la baisse ses ambitions. « Dans le futur, on pourra venir visiter le musée puis aller au match. Dans la journée qui précède, venir au centre de loisirs pour pratiquer les très nombreuses activités. On peut aussi faire en sorte d’amener les enfants au centre de loisirs et d’aller pratiquer d’autres activités », énumérait-il, en juin dernier, lors de l’inauguration du pôle de loisirs. Pour l'heure, comme Mediacités l’a documenté, le tramway T7 qui dessert ce « pôle de divertissement » s’illustre surtout par sa fréquentation famélique.

9 – 2018 site Arena
Le futur site de l'Arena se devine entre les rails du T7 et ces entrepôts gris. Juin 2018. Image Google Earth.

Connaissez-vous votre ville ?

Tout au fil de notre série « Lyon vue du ciel », nous vous proposons de deviner quel site ou monument se cache sur une image aérienne. Cette semaine, de gigantesques briques de Lego indispensables à la survie de notre agglomération... Vous pouvez nous envoyer vos propositions dans les commentaires de l’article ci-dessous. La réponse, mercredi prochain !

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Image Google Earth.


Réponse de la semaine dernière : il s’agissait de l'auditorium Maurice-Ravel, dans le quartier de la Part-Dieu, où se produit l'Orchestre national de Lyon. En 2018, Mediacités avait consacré une enquête à son ancien chef Leonard Slatkin.