Lyon vue du ciel : quand la ville rejoint ses défunts

[3/5] Pendant tout l’été, Mediacités Lyon brosse le portrait de l’agglomération depuis l’espace. Que racontent les images aériennes - et souvent spectaculaires - sur l’évolution de nos villes, de nos déplacements, de nos modes de vie ? Pour le troisième volet de notre série, poussons la porte des cimetières.

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La polémique s’est invitée au cimetière. Le 11 juillet dernier, les élus de la ville de Lyon célèbrent la labellisation des nécropoles de la Guillotière en refuges de biodiversité (une promesse de campagne). Pour l’occasion, Alain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux, a fait le déplacement. Et quelques tables sont dressées pour offrir un verre à l’assistance. Ni une, ni deux, la photo des verres à pied et d’un serveur devant des pierres tombales enflamme les réseaux sociaux : « barnum municipal », « insulte aux défunts »… « C’est quoi la prochaine étape ? Une rave-party au cimetière de la Loyasse ? », tweete Jérôme Moroge, le maire LR de Pierre-Bénite.

Après le tour de France, le menu sans viande ou l’écriture inclusive, les écologistes lyonnais encaissent un nouveau « bad buzz » dont leurs opposants commencent à avoir le secret. Au-delà de la guéguerre politicienne, l’épisode du « cocktail » est venu rappeler l’importance des cimetières dans l’imaginaire autant que dans le tissu urbain. Vues du ciel, deux rosaces se répondent. Celle, à l’ouest, du cimetière de la Loyasse, dans le 5e arrondissement de Lyon [en photo ci-dessous], et celle, plus vaste, du nouveau cimetière de la Guillotière, dans le 8e arrondissement [voir la photo à la Une de l’article].

Cimetière de la Loyasse
Le cimetière de la Loyasse, dans le 5e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

Créée au début du XIXe siècle, la Loyasse, initialement appelée « le cimetière des Quatre-vents », du nom du lieu-dit, fera l’objet de plusieurs agrandissements. Y sont inhumées de nombreuses figures de l’histoire de Lyon : l’ancien maire Édouard Herriot, le médecin Jean Lacassagne ou encore Antoine Gailleton, qui fut médecin et maire de Lyon.

Éloigner les tombes des habitations

Le nouveau cimetière de la Guillotière (baptisé ainsi en référence à « l’ancien », inauguré en 1696 et situé de l’autre côté de l’avenue Berthelot - voir la photo ci-dessous) est contemporain de la Loyasse. Ses premières inhumations datent de 1822. L’année suivante, c’est au tour du cimetière de la Croix-Rousse d’ouvrir ses portes.

Ancien et nouveau cimetieres guill
Les cimetières de la Guillotière. Image Google Earth.

Cimetière Croix-Rousse
Le cimetière de la Croix-Rousse. Image Google Earth.

Ces trois nécropoles illustrent la volonté politique, à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, de mettre fin aux sépultures qui entouraient les églises dans les grandes villes de France. De fait, l’augmentation de la population urbaine pose alors un défi sanitaire aux autorités. En 1776, une ordonnance recommande d’éloigner les cimetières des habitations et d’en créer de nouveaux au-delà des limites de la cité. La ville a depuis rattrapé la Loyasse, le plateau de la Croix-Rousse ou les tombes de la Guillotière…

Nécropoles disparues

Mais ce qui frappe en parcourant Lyon depuis le ciel, c’est de s’arrêter sur les lieux des cimetières aujourd’hui disparus. Sous l’Ancien régime, la ville en a compté jusqu’à 19, selon l’archiviste Anne Forest (Archives municipales de Lyon), dont celui d’Ainay, autour de l’abside de l’abbaye du même nom. Entre les immeubles du 2e arrondissement, il a cédé la place à la rue Adélaïde-Perrin.

Ainay
L'abbaye d'Ainay, dans le 2e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

Difficile également dans le secteur hyperdense de l’hôtel de ville d'imaginer que des tombes peuplaient la place des Cordeliers ou que d’autres entouraient l’église Saint-Nizier [en photo ci-dessous]. Au milieu du XVIIIe siècle, ce dernier est alors le plus important de la ville.

Saint-Nizier
L'église Saint-Nizier, dans le 2e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

À Villeurbanne aussi, les morts ont été invités à se faire enterrer aux lisières de la ville. L’ancien (1864) et le nouveau (1929) cimetières de Cusset bordent le périphérique.

Cimetière Cusset
Le nouveau cimetière de Cusset, à Villeurbanne. Image Google Earth.

La même logique urbaine - par définition, un cimetière doit pouvoir être étendu et donc disposer de possibles réserves foncières - s’impose dans de nombreuses villes ou villages. Exemple ci-dessous à Craponne où le carré mortuaire se trouve après les derniers pavillons les plus au sud de la commune.

Cimetière de Craponne
Le cimetière de Craponne, dans l'Ouest lyonnais. Image Google Earth.

Revenons à Lyon pour terminer cette promenade aérienne dans les cimetières. Si on trouve dans de nombreuses nécropoles des zones confessionnelles, la ville compte depuis la fin du XVIIIe siècle un cimetière juif, dit israélite, à la Mouche, dans le 7e arrondissement [première photo ci-dessous]. Vu du ciel, il est frappant de constater la densité de tombes (environ 5000) du site. À comparer, par exemple, au cimetière de Saint-Rambert [deuxième photo ci-dessous] dans le 9e arrondissement.

cimetiere juif la mouche
Le cimetière israélite de la Mouche, dans le 7e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

Cimetière de Saint-Rambert
Le cimetière de Saint-Rambert, dans le 9e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

Connaissez-vous votre ville ?

Tout au fil de notre série « Lyon vue du ciel », nous vous proposons de deviner quel site ou monument se cache sur une image aérienne. Cette semaine, une infrastructure incontournable, pour le meilleur et pour le pire, de l’urbanisme lyonnais. On ne soupçonnait pas sa symétrie quasi parfaite (jusqu’à la végétalisation de ses toits) avant de la croiser sur Google Earth. Vous pouvez nous envoyer vos propositions dans les commentaires de l’article ci-dessous. La réponse, mercredi prochain !

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Image Google Earth.


Réponse de la semaine dernière : il s’agissait du marché de gros de Corbas, qui approvisionne les supermarchés, restaurateurs et autres primeurs de l’agglomération (et au-delà). En 2018, Mediacités avait consacré une enquête à l’antre méconnue des grossistes lyonnais.