Lyon vue du ciel : à la poursuite du « rêve » pavillonnaire

[4/5] Pendant tout l’été, Mediacités brosse le portrait de l’agglomération lyonnaise depuis l’espace. Que racontent les images aériennes - et souvent spectaculaires - sur l’évolution de nos villes, de nos déplacements, de nos modes de vie ? De la Cité-jardin de Gerland aux lointaines bourgades de l’Isère gagnées par la périurbanisation, le quatrième volet de notre série interroge le peuplement de notre territoire.

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Un million trois cent quatre-vingt-dix-huit mille huit cent quatre-vingt-douze. C’est la population des 59 communes de la métropole de Lyon, selon les données les plus récentes diffusées par l’Insee. Un chiffre en augmentation de près de 1 % en l’espace de cinq ans. Mais un chiffre trompeur, car la réalité de l’agglomération dépasse ces 1 398 892 habitants et les frontières administratives du Grand Lyon. Depuis les années 2010, les statisticiens considèrent que l’aire urbaine lyonnaise déborde allégrement sur les départements de la Loire, de l’Isère et de l’Ain. Elle englobe un territoire qui s’étend, à l’ouest, jusqu’aux portes de Tarare, et à l’est, au-delà d’Ambérieu-en-Bugey ou de Bourgoin-Jallieu. Soit plus de 500 communes et plus de deux millions d’habitants.

Où vivent-ils ? Explorer Lyon et sa région depuis le ciel permet de saisir ce phénomène que les urbanistes et les géographes appellent « la périurbanisation ». Autrement dit, l’urbanisation - les maisons, mais également les routes pour y accéder - qui grignote des espaces souvent agricoles au-delà des banlieues et autres périphéries de la ville.

L’enchevêtrement des pentes

Mais restons un instant en cœur d’agglomération. Avec près de 20 000 habitants au kilomètre carré (soit deux fois la densité lyonnaise moyenne), les pentes de la Croix-Rousse sont le quartier le plus densément peuplé de Lyon. Rien d’étonnant quand on observe l’enchevêtrement de ses immeubles comme sur l’image ci-dessous, capturée entre les rues René-Leynaud et des Capucins.

1-Toits Pentes Croix-Rousse
Dans les pentes de la Croix-Rousse. Image Google Earth.

Le 1er arrondissement est toutefois loin d’être le secteur le plus dynamique. D’après une étude publiée en 2019 par l’Insee, à Lyon, la croissance démographique depuis les années 1980 s’est concentrée sur la rive gauche du Rhône. Montplaisir, qui mêle habitat collectif et maisons individuelles [voir l’image ci-dessous], a ainsi gagné 14 000 habitants entre 1982 et 2014, soit une augmentation de 120%.

2-Montplaisir
Le quartier de Montplaisir, à Lyon. Image Google Earth.

Même tendance, mais dans une moindre mesure, au sud de Perrache, avec les opérations immobilières de la Confluence. Autour du jardin d’Erevan, des panneaux solaires couvrent les toits des immeubles sortis de terre ces quinze dernières années.

3-ImmeublesConfluences
Les immeubles du jardin d'Erevan, à la Confluence, à Lyon. Image Google Earth.

Le cordeau de Tony Garnier

Ces nouveaux ensembles immobiliers brandissent la végétalisation de leur environnement immédiat comme un nouvel art de vivre en ville. Mais, en survolant l’agglomération, il est frappant de constater que le vert prédomine aussi dans des « cités » plus anciennes, comme la Cité-jardin de Gerland, classée en quartier prioritaire de la ville. Ses 553 logements sociaux construits dans les années 1920 en parallèle de l’industrialisation du 7e arrondissement sont aujourd’hui cernés par de grands arbres. Le nouveau maire écologiste Grégory Doucet ne s’y d’ailleurs pas trompé en consacrant une de ses premières visites à ce quartier, en octobre 2020, pour présenter sa « vision urbanistique »…

4-Cites jardins de Gerland
La Cité-jardin de Gerland, dans le 7e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

Bâtie à la même période, la cité des États-Unis, dans le 8e arrondissement de Lyon, semble autrement plus ordonnée vue d’en haut [voir la première image ci-dessous]. L’architecte et urbaniste Tony Garnier a sorti son cordeau pour organiser ce quartier aujourd’hui traversé par la ligne enherbée du tramway T4. Même obsession pour l’alignement dans la cité ouvrière des gratte-ciels, à Villeurbanne, contemporaine de celle des États-Unis [la deuxième photo ci-dessous].

5-Quartier des EtatsUnis
Le quartier des États-Unis, dans le 8e arrondissement de Lyon. Image Google Earth.

6-Gratte-Ciel
Les gratte-ciels, à Villeurbanne. Image Google Earth.

Autre époque, autre approche de l’urbanisme. Dans les années 1960, sur le plateau Nord, sort de terre « la ville nouvelle » de Rillieux-la-Pape, où sont logés dans un premier temps nombre de rapatriés d’Algérie. Là aussi la fabrique de la ville semble obéir à des principes géométriques, mais l’alignement et la symétrie ne sont plus de mise. Les tours et les barres s’alternent et sont disposées en quinconce [voir l’image ci-dessous]. Environ 20 000 personnes vivent aujourd’hui dans ce quartier qui compte 7 300 logements, sociaux pour 85% d’entre eux.

7-Ville nouvelle Rillieux
La ville nouvelle de Rillieux-la-Pape. Image Google Earth.

Vagues de périurbanisation

La construction de la ville nouvelle a démultiplié la population de Rillieux : plus de 30 000 habitants dans les années 1970 contre 3 200 habitants au début des années 1960. Pour observer de tels phénomènes, il faut désormais s’éloigner du centre de l’agglomération. À la faveur du développement du réseau routier et du désir de posséder une maison individuelle, la croissance démographique a d’abord été forte dans l’Ouest lyonnais, dès les années 1970, comme l’illustrent ces pavillons avec piscine dans les Monts d’Or [première photo ci-dessous] ou ceux saisis à Francheville, qu’on divine tous équipés d’un garage [seconde photo ci-dessous].   

8-Piscines dans les Monts d’Or
Dans les Monts d'Or. Image Google Earth.

9-Francheville
À Francheville. Image Google Earth.

Après les années 1980 et 1990 « marquées par une croissance démographique inférieure et plus diffuse dans le territoire, les années 2000 ont fait place à une troisième vague de périurbanisation », observent les auteurs de Métropole et éloignement résidentiel - Vivre dans le périurbain lyonnais, un ouvrage dirigé par Éric Charmes (directeur de recherche à l’ENTPE). Celle-ci concerne l’est de Lyon et suit les axes autoroutiers. Exemple ci-dessous à Grenay, une bourgade de l’Isère bordée par l’A43. Entre le début des années 1980 et aujourd’hui, sa population est passée de 715 à 1 600 habitants.

10-Grenay
La commune de Grenay, le long de l'A43. Image Google Earth.

« En restreignant l’offre de maisons individuelles sur le pourtour des métropoles, on a poussé les accédants modestes à prospecter plus loin, dans des territoires où les enjeux du développement rural rendent (ou du moins ont longtemps rendu) l’État plus conciliant à l’égard des extensions pavillonnaires », analysent aussi les auteurs de Métropole et éloignement résidentiel. Résultat, la fièvre périurbaine gagne des villages à une cinquantaine de minutes en voiture du centre de Lyon (sans embouteillages). C’est le cas de Sérézin-de-la-Tour [en photo ci-dessous], 1 070 habitants (480 dans les années 1980), au croisement des autoroutes A48 et A43.

11-Sérézin
Sérézin-de-la-Tour, en Isère. Image Google Earth.

Sans surprise, les parcelles à proximité de l’accès à un axe routier sont particulièrement prisées. Exemple ci-dessous à Saint-Denis-en-Bugey, limitrophe d’Ambérieu, à une heure en voiture de Lyon.

12-Près d’Amberieu
Saint-Denis-en-Bugey, dans l'Ain, et la départementale 1084. Image Google Earth.

Maison individuelle versus terres arables

Jardinage, bricolage et grillades : le mode de vie que promet la périurbanisation n’est pas sans charmes. « L’achat d’un pavillon ou, mieux, la construction de sa propre maison constitue dans l’esprit de tous l’aboutissement du "parcours résidentiel" », écrivent Éric Hamelin (sociologue urbaniste) et Olivier Razemon (journaliste) dans La Tentation du bitume - Où s’arrêtera l’étalement urbain ?. Mais la ruée vers la maison individuelle pose le défi de la préservation des terres agricoles. Les images ci-dessous saisies à Vindry-sur-Turdine (le long de l’A89), à Genay (dans le val de Saône) et à Niévroz (dans l’Ain) valent de longs discours.

13-Le long de l’A89-Vindry-sur-Turdine
À Vindry-sur-Turdine. Image Google Earth.

14-Genay
À Genay, dans le Val de Saône. Image Google Earth.

15-Nievroz
La commune de Niévroz, dans l'Ain. Image Google Earth.

Au sein du Grand Lyon, les élus métropolitains ont récemment adopté une nouvelle politique agricole qui ambitionne de préserver les dernières terres arables du territoire. Objectif louable, mais un peu vain ? Comme le démontrent nos pérégrinations aériennes, l’enjeu de l’étalement urbain a depuis longtemps débordé le périmètre de la collectivité. Puissante en termes de compétences, mais étriquée géographiquement : le logement, plus que d’autres thèmes, illustre les limites du pouvoir d’agir de la Métropole de Lyon.

16-le grand large
Les maisons du Grand Large, à Meyzieu. Image Google Earth.

Connaissez-vous votre ville ?

Tout au fil de notre série « Lyon vue du ciel », nous vous proposons de deviner quel site ou monument se cache sur une image aérienne. Cette semaine, un paysage dessiné au compas. À quoi correspond ce guillemet géant ? Si vous êtes un lecteur assidu de Mediacités, vous trouverez sans peine la réponse… Vous pouvez nous envoyer vos propositions dans les commentaires de l’article ci-dessous. La réponse, mercredi prochain !

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Réponse de la semaine dernière : il s’agissait de l’échangeur de Perrache, inauguré en 1976 et considéré aujourd’hui comme « une verrue » par beaucoup.

Invitation à la lecture

Ci-dessous les références des deux ouvrages cités dans notre article :

  • Métropole et éloignement résidentiel - Vivre dans le périurbain lyonnais, sous la direction d'Eric Charmes, Popsu - Ed. Autrement, fév. 2021.
  • La Tentation du bitume - Où s'arrêtera l'étalement urbain ?, Eric Hamelin et Olivier Razemon, Ed. Rue de l'échiquier, janv. 2012.