Le 20 octobre 2017, une délégation de 250 décideurs économiques nordistes se rend à Londres emmenés par la maire de Lille, Martine Aubry, le président de la MEL, Damien Castelain et le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand. Photo : Entreprises et Cités

Hauts-de-France : les décevantes retombées économiques du Brexit

La photo avait frappé les esprits. En octobre 2017, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, Damien Castelain, président de la Métropole européenne de Lille et Martine Aubry, maire de Lille, se rendaient à Londres à la tête d’une délégation de 250 décideurs économiques nordistes. Objectif : convaincre des entreprises britanniques, dont l’activité sur le continent serait menacée par le Brexit, de s’installer dans la région.

Le voyage, très médiatisé, n’était que le point d’orgue d’une intense campagne de communication marquée par une campagne d’affichage dans le métro londonien, baptisée « Welcome Home » (98 800 euros) et par une tournée « diplomatique » de l’Orchestre national de Lille (350 000 euros). À côté de ces actions de com’, un travail de prospection au long cours était entrepris avec la mise en place d’une « task force » associant la région et l'État et l’installation au coeur de la City d’un « bureau Hauts-de-France », piloté par la Région et la chambre de commerce et d’industrie (CCI).

25 projets Brexit

Avec quelles retombées, trois ans après ? « Rien, ou presque », ne craint pas d’affirmer Les Echos. Le quotidien économique a dressé la semaine dernière le bilan des « espoirs douchés de la région Hauts-de-France ». Et, de fait, celui-ci s’avère plutôt décevant. « Nous avons eu une centaine de contacts. Sur ce total, nous avons identifié une cinquantaine de projets "Brexit", dont 25 sont toujours en cours », indique Yann Pitollet, directeur de Nord France Invest, l'agence régionale de promotion économique, interrogé par le journal économique. Ces 25 projets représenteraient un potentiel de 500 emplois.

La déception est également de mise à Calais, supposée en première ligne des relocalisations à venir. « On dénombre deux implantations seulement : MET, une société de contrôles, et EEPCO, spécialisée dans les produits de thanatopraxie, qui totalisent une quarantaine de salariés », relativisent Les Echos.

La crise sanitaire a certes ralenti certains projets qui pourraient finir par se concrétiser. Mais cela n’explique pas tout. Car le Brexit s’est traduit par des réimplantations significatives d’activités dans notre pays. Notamment dans la finance. En janvier, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, estimait ainsi que « près de 2 500 emplois ont d’ores et déjà été transférés et une cinquantaine d’entités britanniques autorisées pour au moins 170 milliards d’euros d’actifs ». Mais rien, semble-t-il, dans la région nordiste. 

Des retombées captées par l'Ile-de-France

En octobre 2019, la CCI des Hauts-de-France espérait pourtant que la région - et notamment la métropole lilloise - pourrait attirer des activités de « back-office » dans le secteur financier. C’est manifestement raté. Idem dans le domaine pharmaceutique qui avait suscité de gros espoirs dans la foulée de la candidature de Lille pour accueillir la relocalisation de l’Agence européenne du médicament. Mais son échec face à Amsterdam - un sondage interne auprès de salariés de l’agence faisant état d’une image pas assez « brit friendly » - l’a privée d’un argument décisif pour convaincre des laboratoires. Restent des possibilités dans les secteurs logistique et agroalimentaire.

Si les retombées économiques du Brexit existent bien, c’est l’Ile-de-France qui, sans surprise, se réserve la part du lion. Le bilan, dressé en décembre 2020 par l’agence Choose Paris Région, est impressionnant. « Près de 3 500 emplois directs ont été créés ou sont en cours d'implantation en Ile-de-France en raison du Brexit. Les deux tiers de ces emplois sont issus de la finance, détaille France Bleu. Et ce n’est pas fini ! Cent trente-trois projets, soit 2 474 emplois, sont encore en négociation. » À terme, l'agence table sur un potentiel de 10 000 emplois. Des chiffres stratosphériques vus des Hauts-de-France...

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