Pour vous le mot vacances rime avec déconnexion ? Vous avez passé ces dernières semaines avec la radio éteinte, votre ordinateur au fond d’un tiroir et les réseaux sociaux en sourdine ? Cet article vous est destiné ! Alors que sonne (déjà) la rentrée ce lundi 30 août, l’équipe de Mediacités Lyon vous résume les infos estivales qu’il ne fallait pas louper.

1. Laurent Wauquiez : l'été sécuritaire

On l’avait quitté au début de l’été gonflé à bloc, prêt à en découdre avec les autres ténors de la droite pour la présidentielle, après sa réélection triomphale - sur fond d’abstention tout aussi triomphale - à la tête d’Auvergne-Rhône-Alpes. On le retrouve, fin août, modeste (et lucide). Jeudi dernier, Laurent Wauquiez a annoncé qu’il ne serait pas candidat à l’Élysée [lire notre article dans L’Œil de Mediacités]. « Pour moi, ce moment n’est pas venu », a-t-il tweeté avant de répéter la même formule, ce dimanche, depuis le mont Mézenc.

Après avoir tenté, tout au long de l’été, d’imposer une primaire pour départager la myriade d’impétrants de la droite, le président de la région reste aux affaires locales. Lors de l’assemblée plénière du 19 juillet dernier, il a entamé son deuxième mandat sous le signe de la sécurité. Ceux qui ont suivi la campagne électorale ne seront pas surpris, quand bien même cette compétence ne relève qu’à la marge de sa collectivité…

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Laurent Wauquiez, le 7 juin 2021. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

La majorité s’est engagée a doubler les moyens de la région consacrés à la sécurité d’ici à 2028 : un peu plus de 300 millions d’euros contre 160 millions d’euros lors du mandat précédent. Dans le détail, Laurent Wauquiez promet de nouvelles caméras de vidéosurveillance dans les gares et dans 4000 cars scolaires et interurbains, la création d’une « brigade régionale de sécurité » pour intervenir dans les lycées ou encore des « boutons d’alerte silencieuse » dans les commerces de proximité. Mais c’est son projet d’expérimenter la reconnaissance faciale dans les TER qui a braqué ses opposants.

Écologistes, socialistes et extrême-droite se sont alarmés, chacun dans leurs termes, du potentiel liberticide de la mesure. « La reconnaissance faciale menace les libertés fondamentales », l’a tancé Fabienne Grébert (EELV). « Vous vous apprêtez à mettre en place un terrifiant outil de contrôle des honnêtes citoyens », lui a reproché Vincent Lecaillon (RN). Droit dans ses bottes, Laurent Wauquiez a voulu jouer aux pédagogues en distinguant l’utilisation de la reconnaissance faciale en temps réel, qui n’est pas autorisée par la loi en France, et celle a posteriori, qu’il prône, « pour accompagner le travail de police et de la gendarmerie nationale ».

Sauf que… Comme l’ont noté nos confrères de Lyon Capitale, même sur des images enregistrées, l’utilisation de la reconnaissance faciale est particulièrement encadrée (recueil du consentement des personnes concernées, « motifs d’intérêt public important »). Et la police peut déjà en faire usage dans le cadre du fichier de Traitement des antécédents judiciaires (Taj) sans avoir attendu Laurent Wauquiez. Il faudra donc que la région précise les contours de ce projet encore très flou pour conclure à la réelle expérimentation ou au gros coup de com’.

Retour à Damas

Les Auvergnats et les Rhônalpins n’en ont pas voulu comme président, le voici reparti en Syrie. L’ancien candidat du Rassemblement national Andréa Kotarac, grand perdant des élections régionales de juin, est allé à la rencontre de Bachar Al-Assad, le 21 août dernier. Ce n’est pas une première : en 2019 déjà, l’ex-figure de La France insoumise était allé bavarder avec le dictateur de Damas. Comme il y a deux ans, Andréa Kotarac voyageait dans les bagages de Thierry Mariani, transfuge de la droite rallié à Marine Le Pen, spécialiste de la diplomatie parallèle [lire à son sujet cette enquête du Monde].  

https://twitter.com/AndreaKotarac/status/1429477374635257863?s=20

La délégation d’extrême-droite (qui comptait aussi l’eurodéputé Hervé Juvin, qui emploie Andréa Kotarac comme assistant parlementaire) a plaidé pour la levée des sanctions économiques contre la Syrie. Pas un mot en revanche sur l’utilisation des armes chimiques et les exactions commises par Bachar contre son peuple depuis le début de la guerre civile qui ravage le pays en 2011.  

2. Écologistes et migrants : l’été du grand écart

Côté pile, la promesse des écologistes de faire de la Métropole de Lyon une agglomération « accueillante et hospitalière ». Alors que Kaboul tombait aux mains des talibans, Bruno Bernard et Grégory Doucet ont signé en août un texte en faveur de l’accueil des réfugiés afghans. Près de 150 d’entre eux devraient prochainement être hébergés en urgence à Lyon et Villeurbanne, a fait savoir la préfecture.

Côté face, l’été 2021 a aussi été celui de la réapparition de camps de fortune installés par des jeunes migrants, qui avaient presque disparus de l’agglomération pendant la crise du Covid. Lors du premier confinement, les sans-abri avaient été massivement pris en charge [relire notre enquête : SDF, la parenthèse du confinement peut-elle perdurer ?].

Et après l’évacuation du squat Maurice Scève à l’automne dernier, la Métropole avait opté pour une mise à l’abri systématique des jeunes migrants, quel que soit leur statut juridique. Comprendre : y compris ceux dont la minorité n’a pas été reconnue et qui ne bénéficient pas de l’Aide sociale à l’enfance [relire notre enquête : Trier les jeunes migrants, la mission décriée de Forum réfugiés]. La plupart de ceux-ci déposent des recours devant la justice et se trouvent de fait dans une catégorie « ni mineur, ni majeur » qui rend leur prise en charge particulièrement complexe.

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L'ancien collège Maurice Scève, dans le quartier de la Croix-Rousse (Lyon 4e). Photo : Nicolas Barriquand/Mediacités

Mais la Métropole a mis fin à cette pratique au mois de mai dernier, comme l’ont relaté nos confrères de Rue89Lyon. La collectivité, dont les capacités d’accueil sont saturées, estime qu’il revient à l’État de subvenir aux besoins de base de ces migrants, dont ceux qui ont déposé des recours. Résultat : plusieurs dizaines de jeunes migrants se sont retrouvés à la rue depuis le début de l’été.

Cette situation a suscité l’incompréhension et la colère des associations d’aide aux migrants. Elle dénoncent l’abandon des promesses de la gauche et des écologistes de la métropole, alors que les quelques squats ouverts ne disposent pas d’assez de places. Le collectif Collège sans frontière, historiquement présent au squat Maurice Scève, a interpellé Bruno Bernard pour réclamer une mise à l’abri systématique des jeunes en attendant l’issue de leurs recours. Sans résultat jusqu’à présent.

Retour au 100, rue Bugeaud

Et soudain, dans la torpeur estivale, la droite est montée au créneau. Le 12 août dernier, le groupe métropolitain des élus LR et apparentés annonce dans un communiqué avoir « saisi » la chambre régionale des comptes sur l’achat et la revente du 100, rue Bugeaud, dans le 6e arrondissement de Lyon. « Un fiasco immobilier et financier », martèle les opposants de Bruno Bernard (EELV), président du Grand Lyon.                  

L’histoire trouve son origine en février dernier. En commission permanente - donc sans public ni presse - la majorité vote pour 13,6 millions d’euros la préemption d’un immeuble d’une trentaine de logements. Motivation : développer du logement social dans l’arrondissement le plus cossu de Lyon. Problème : la collectivité cède son acquisition à un bailleur (la SA d’HLM Immobilière Rhône-Alpes) pour 6,8 millions d’euros, soit moitié moins.

Le Grand Lyon a beau défendre que les décotes sont fréquentes dans la production de logements sociaux et que le 6e doit aussi prendre sa part en la matière, la droite tient là une occasion de taxer les verts de mauvaise gestion. D’autant plus que les appartements ne pourront être que progressivement transformés en logements sociaux au gré des départs des actuels locataires (30 appartements sur 33 sont loués, détaillait en février Le Progrès). Que les magistrats de la CRC se penchent ou non sur le dossier, le 100, rue Bugeaud n’a pas fini d’empoisonner le mandat de Bruno Bernard.

3. Transports en commun : l’été des tramways

Peut-être avez-vous déjà repris le chemin des transports en commun ? D’ici à 2026, la carte des TCL devrait s’étoffer de deux nouvelles lignes de tramways à l’est et au sud du Grand Lyon. Comme annoncé au début de l'été, le Sytral (le syndicat des transports en commun de l’agglomération) a officiellement ouvert une concertation publique sur les projets T9 et T10, le 23 août dernier. Elle durera jusqu’au 23 octobre.

Dans les faits, les deux tracés [voir ci-dessous] sont déjà largement définis. Le T9 reliera Vaulx-en-Velin à Charpennes en empruntant, dans sa partie ouest, les rails du T1. Promis depuis des années, le tramway devrait enfin sillonner le centre-ville de la commune d’Hélène Geoffroy. Le T10 cheminera lui entre Gerland (terminus à la Halle Tony Garnier) et la gare de Vénissieux.

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Tracé du futur tramway T9. Document Sytral.

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Tracé du futur tramway T10. Document Sytral.

La consultation se limitera donc à préciser l’emplacement de certains arrêts et à départager, sur quelques centaines de mètres, des variantes d'itinéraire. D’après le Sytral, ses conclusions doivent « nourrir les études de conception » préalables au lancement de projets estimés à 224 millions d’euros (T9) et 230 millions d'euros (T10). Le président du Grand Lyon, Bruno Bernard, également à la tête du syndicat des transports, espère en couper les rubans avant la fin de son mandat.

Deuxième du genre depuis l'adoption par le Sytral, en décembre 2020, de son nouveau plan de mandat, cette concertation est placée sous l'égide de la Commission nationale du débat public (CNDP). En avril dernier l’institution avait été saisie par douze parlementaires de la majorité présidentielle pour dénoncer un « déficit de démocratie participative » de la part du Sytral. En cause : le sort encore officiellement en suspens du projet de métro E dans l'ouest lyonnais, cher à Gérard Collomb mais que les écologistes pourraient abandonner. Une troisième concertation s'ouvrira le 21 septembre prochain afin d'établir un ordre de priorité entre quatre projets de métro, dont cette fameuse ligne E. Elle s’annonce autrement plus épineuse que celle sur les tramways T9 et T10…

Le départ d'un expert des transports en commun

Nul doute qu’il aurait participé activement aux concertations que mènera le Sytral cet fin d’été et à l’automne. Le président de l’association Déplacements citoyens, Jean Murard, est décédé le 5 août dernier, à l’âge de 86 ans. Fin connaisseur des transports en commun et des enjeux du réseaux lyonnais, vigilant quant à l'utilisation des deniers publics, il était un interlocuteur averti des élus comme des journalistes dès qu’il était question de tramway, de métro ou de bus. Nous l’avions interviewé récemment à l’occasion d’une enquête sur la ligne T7, qui dessert le stade de l’Olympique lyonnais. La rédaction de Mediacités présente ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches.

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Jean Murard, en mai 2021. Image : capture d'écran : LyonMag.TV

Cet article concerne les promesses :
« Développer le métro E » « Porter le rythme de construction de logements sociaux à 6 000 par an d’ici à la fin du mandat » « Investir 3 milliards d’euros dans le développement des transports en commun »
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