Pour dialoguer avec la jeunesse, Sarah El Haïry a encore des progrès à faire

Épinglée dans nos colonnes, jeudi dernier, pour le financement de sa campagne législative de 2017, la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse passe décidément un mauvais automne. Le 22 octobre dernier, c’est une rencontre avec une centaine de jeunes qui a tourné au « dialogue de sourds ». A l’invitation de la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF), l’ancienne députée Modem de Nantes devait discuter avec des lycéens venus de toute la France de la place des religions dans la société. Mais l’échange a rapidement tourné court, raconte l’hebdomadaire catholique La Vie, dans un long article publié le 30 octobre mais largement partagé et commenté cette semaine sur les réseaux sociaux.

D'après nos informations, confirmées par l'organisateur (la Fédération des centres sociaux et socioculturels de France), Sarah El Haïry aurait été si mécontente de cette rencontre (et de ses répercussions dans la presse), qu'elle a demandé aux services du ministère (l'Inspection Générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche, en l’occurrence) de lancer une inspection sur cette association reconnue d'utilité publique, créée en 1922 et qui fédère près de 1200 centres sociaux implantés partout en France.

Dans un communiqué publié jeudi 12 novembre en fin de matinée, la FCSF précise que l'inspection « a pour objet d’examiner les objectifs, des conditions d’organisation et d’encadrement du Réseau Jeunes et, plus largement, les conditions d’organisation et de fonctionnement de la FCSF. » Elle ajoute : « Forts de la solidité de notre approche, de nos valeurs et démarches d’éducation populaire, la FCSF aborde cette inspection avec sérénité. »

Une inspection qui ressemble à une sanction ? Il faut dire que la rencontre avait été particulièrement tendue. Face aux paroles « directes et sans filtres » des jeunes et à leurs témoignages, la secrétaire d’État a semblé « fermée », « sur la défensive », rapporte le magazine. « Il faut aimer la police, car elle est là pour nous protéger au quotidien. Elle ne peut pas être raciste, car elle est républicaine ! », répond-elle quand on l'interroge sur les violences policières. « Je ne peux pas laisser dire ça ! (...) Dans notre pays, c’est la liberté, l’égalité et la fraternité, en tout temps et en tout lieu. Notre jeunesse doit faire vibrer les valeurs républicaines partout », rétorque-t-elle lorsqu'une élève de seconde raconte avoir été prise à partie par un enseignant sur sa religion. Avant de partir « très énervée », arguant que la jeunesse présente « n’était pas “représentative” de la jeunesse française ». « Rien n’est moins sûr », commente l’hebdomadaire...

Marseillaise rentrée

Au fil de ce reportage, le journaliste Laurent Grzybowski rapporte une scène témoignant de l’incommunicabilité entre les jeunes et Sarah El Haïry. Au cœur d’une rencontre tendue, cette dernière tente soudain de faire chanter l’hymne national à l’assemblée. « Une Marseillaise finalement peu reprise par le public et par les élus présents, écrit La Vie. “C’est quoi cette histoire de Marseillaise ?, s’emporte Carla, 15 ans. Quel rapport avec nos échanges ? La ministre a totalement minimisé les discriminations que nous subissons et au lieu de répondre à nos propositions s’est contentée de nous faire reprendre un chant chargé de violence. J’y vois une marque de mépris.” »

Entre les jeunes et leur ministre le courant semble donc avoir du mal à passer. Le mauvais automne de Sarah El Haïry n'est peut-être pas terminé : dans sa prochaine livraison, le journal satirique nantais La lettre à Lulu a prévu de lui consacrer un long portrait...

B.P. et A.T

Mise à jour du 12 novembre 2020 à 10 H 20 : ajout de l'information sur le lancement d'une inspection du ministère à propos de la Fédération des centres sociaux.

Mise à jour du 12 novembre 2020 à 12 H 50 : mention de la publication d'un communiqué par la FCSF, en fin de matinée, après nos révélations.

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.

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