Vous avez passé ces dernières semaines la radio éteinte, votre ordinateur au fond d’un tiroir et les réseaux sociaux en sourdine ? Cet article vous est destiné ! En cette semaine de rentrée, Mediacités Nantes vous résume les infos estivales qu’il ne fallait pas louper.

Bidule_carre_512pxLe sale été de Gilles Bourdouleix

Début juillet, Mediacités annonçait l’ouverture par le procureur de la République d’Angers d’une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics et concussion visant le maire (divers droite) de Cholet et ses adjoints, dont la nouvelle présidente du conseil général du Maine-et-Loire, Florence Dabin (lire notre enquête). Comme nous l’expliquions alors, cette procédure faisait suite à un signalement d’Anticor. L’association anticorruption soupçonnait en effet les élus choletais de s’être octroyé des indemnités supérieures au plafond autorisé par la loi. Sur l’ensemble du précédent mandat (2014/2020), plus de 1,5 million d’euros auraient été indument versés aux élus choletais de la majorité. Trois millions d’euros si l’on remonte à 2008.

S’il avait refusé de répondre à nos questions, Gilles Bourdouleix s’était à l’époque défendu dans les colonnes du Courrier de l’Ouest, affirmant qu’il s’agissait là « du même mode de calcul depuis 2008 » contre lequel « les services de la sous-préfecture (n’avaient) rien trouvé à redire ». La justification n’a pas convaincu le procureur d’Angers. Le 24 août, on apprenait ainsi dans les colonnes du Monde que les enquêteurs du service régional de police judiciaire avaient débarqué six jours plus tôt à l’hôtel de ville pour y mener des perquisitions.

Bourdouleix
Gilles Bourdouleix, maire de Cholet et président de la communauté d'agglomération. / Capturé écran Youtube

Les policiers s’intéressaient alors non seulement à l’affaire des indemnités, mais menaient également des investigations dans le cadre de deux autres enquêtes. L’une pour des faits supposés de falsification de documents administratifs (l’autorisation de port d’arme de la police municipale aurait été anticipé d’au moins plusieurs semaines). L’autre pour favoritisme (dans l’attribution du marché de la nouvelle salle des fêtes à un architecte choletais).

Trois affaires judiciaires pour le prix d’une… c’était déjà largement de quoi plomber les congés estivaux du maire. Coup de chance – si l’on peut dire ! –, Gilles Bourdouleix n’était déjà plus en vacances, mais en campagne. Et pour cause : un mois plus tôt, le 20 juillet, le Conseil d’Etat avait purement et simplement annulé son élection. Et cette fois, Gilles Bourdouleix n’y est pour rien : ce sont les conditions – anormales – de la fusion entre deux listes opposées à la sienne qui poussaient les magistrats du Palais Royal à rappeler les électeurs choletais aux urnes. « Totalement invraisemblable » pour Gilles Bourdouleix - il l'avait emporté au second tour avec près de 54% des suffrages - qui doit désormais mener une nouvelle campagne en trainant derrière lui trois encombrants boulets judiciaires. Les élections auront lieu les 19 et 26 septembre prochain.

Bidule_carre_512pxMercato estival

L’été, c’est la saison des transferts… Chez les joueurs de foot et dans les médias, bien sûr, mais aussi chez les hauts fonctionnaires. Si l’an dernier Nantes et la Loire-Atlantique avaient eu droit à l’arrivée d’un nouveau préfet, Didier Martin, c’est du côté de la justice qu’a eu lieu cette année le principal changement. En poste depuis cinq ans, le procureur de la République de Nantes, Pierre Sennès, en partance pour le Val d’Oise, a été remplacé par Renaud Gaudeul. Précédemment en poste à Fort de France, le nouveau patron du parquet nantais, âgé de 50 ans, avait auparavant exercé des fonctions similaires dans la Manche.

Alors que le chantier du futur CHU nantais continue d’avancer, le centre hospitalier nantais a lui aussi connu un départ. En l’occurrence celui de sa directrice adjointe, Lætitia Micaelli-Flender. Cheville ouvrière du projet de transfert du CHU sur l’île de Nantes, celle qui avait exercé la direction générale par intérim de l’établissement entre janvier et juin 2020 (avant l’arrivée de l’actuel directeur, Philippe El Saïr) ne devrait pas être trop dépaysée : nommée directrice adjointe du CHU de Reims, elle aura, là aussi, à gérer un chantier. Depuis janvier 2020, l’hôpital champenois est engagé dans un vaste programme de restructuration, qui prévoit la construction de plusieurs bâtiments et doit s’achever en 2031. Un délai bien plus confortable que celui prévu pour le projet nantais, censé ouvrir en 2026, mais doté d’un budget bien moins important : 400 millions d’euros contre 1,2 milliard à Nantes.

Bidule_carre_512pxPas de VP sécurité pour Morançais

« Nous le ferons »… Voilà ce qu’écrivait Christelle Morançais dans son programme pour l’élection régionale du mois de juin dernier, avant de lister ses propositions pour la mandature à venir. Parmi ces dernières, la numéro 9 prévoyait de « désigner un vice-président à la sécurité qui coordonnera l’action de la Région et déploiera le « pacte régional de sécurité » avec les maires. Elle avait beaucoup fait parler. D’abord parce que la sécurité ne fait pas partie des compétences de l’institution régionale. Ensuite parce que ce fameux « pacte de sécurité », qui prévoit d’aider les villes à équiper leurs polices municipales ou se doter de caméras de surveillance, est illégal ainsi que l’avait révélé Mediacités.

Programme Morancais
Extrait du programme électoral de Christelle Morançais, pour les Régionales 2021

La présidente LR du conseil régional – largement élue – ayant fait de la question un élément fort de sa campagne, on attendait donc la nomination de ce fameux « vice-président chargé de la sécurité ». Son nom ne faisait pas mystère : il devait s’agir de Benoît Barret, secrétaire national du syndicat de policiers Alliance et habitué des plateaux des chaînes tout info. Mais voilà que le 3 juillet, la Région annonçait la nomination du policier sarthois au poste - inédit – de « conseiller spécial » de la présidente. Pas de vice-présidence pour la sécurité, alors ? Confirmation le 23 juillet, lors de la désignation des 15 VP de la collectivité : la question ne figure pas dans leurs attributions.

Bidule_carre_512pxHervé Juvin chez Bachar Al-Hassad

Rien de tel qu’un petit voyage pour faire oublier une défaite… Largement battu lors des dernières élections régionales en Pays de la Loire (10,8% des suffrages, soit 9 points de moins que le score atteint par le FN en 2015), le candidat et député européen Rassemblement National Hervé Juvin a profité de l’été pour se rendre en Syrie et rencontrer le dictateur de Damas, Bachar Al-Assad. Il accompagnait une délégation du parti lepéniste comprenant notamment Andréa Kotarac, son assistant parlementaire, ancien Insoumis passé au RN et lui aussi battu lors des élections régionales en Auvergne Rhône-Alpes. Le petit groupe était mené par un autre vaincu des Régionales et transfuge (de la droite cette fois), l’ancien ministre Thierry Mariani, devenu spécialiste de la diplomatie parallèle, comme le décrivait cette enquête du Monde.

Ancien essayiste, passé par la droite comme par la gauche avant de se définir comme un « écolo localiste, Hervé Juvin semble décidément avoir développé un certain goût pour les pays autocratiques et les dictatures depuis son ralliement à Marine Le Pen. Fin juin, il avait été placé sur « liste noire » par la délégation de soutien à la démocratie du Parlement européen. Avec quatre autres députés européens du RN, il faisait partie d’un groupe de onze parlementaires sanctionnés pour s’être vus offrir des voyages luxueux en échange de rapports positifs sur l’organisation et la légalité d’élections prétextes en Crimée et au Kazakhstan.

Bidule_carre_512pxL’expulsion de la Maison du peuple

C’était un lieu à part, en plein centre-ville de Nantes, à quelques centaines de mètres de la place Graslin et de son théâtre. Le 28 juillet dernier, la police débarquait devant l’ancien collège Notre-Dame-du-Bon-Conseil pour en expulser ses occupants. Vides depuis 2013, les bâtiments étaient transformés depuis octobre 2019 en une « Maison du peuple » abritant – illégalement – des dizaines de migrants, SDF, militants associatifs, ainsi que les locaux de plusieurs organisations comme Greenpeace, Alternatiba ou encore le mouvement politique Nantes en commun.e.s.

Le 28 juillet au matin, lors de l’intervention des forces de l’ordre, une centaine de personnes résidaient sur les lieux. Le 3 août, dans les colonnes de Ouest-France, la préfecture indiquait « avoir pris en charge 74 personnes, dont 21 enfants, qui vivaient là, pour les reloger à l’hôtel ou en centre d’hébergement ». Selon un porte-parole de la Maison du peuple, une quinzaine de personnes demeuraient sans solution d’hébergement.

Effectuée au cœur de l’été, cette expulsion – réalisée sur décision de justice à la demande du diocèse, propriétaire des lieux via la Fondation La Providence – n’était pas franchement une surprise. Comme Mediacités l’expliquait en janvier dernier en réponse à la question d’un lecteur, la signature effective de la vente du site à un consortium de promoteurs immobiliers mené par Eiffage et Bâti-Nantes était prévue pour le mois de septembre. Baptisé Biloba Plaza, le projet prévoit de construire, en lieu et place du collège, « 4 000 mètres carrés de commerces, 3 500 mètres carrés d’appartements haut de gamme et 500 places de parking », ainsi que l’indique le site internet du projet.

Un projet qui ne prévoit de place ni pour les SDF et migrants (dont la pérennité de l’hébergement n’est pas encore assurée) ni pour les 25 collectifs qui occupaient aussi les lieux. Pour trouver un point de chute, les associations se tournent désormais vers la mairie, expliquait Ouest-France le 3 août dernier. Soutenues par les élus écologistes de la majorité, elles rappelaient notamment à Johanna Rolland la 29e promesse de son programme électoral : « La création d’un centre d’action climatique et citoyen ». Gênée aux entournures sur ce sujet, comme en témoignaient déjà les réponses évasives apportées à Mediacités en janvier dernier, la mairie leur a demandé d’attendre la fin de l’été. On y est. 

Bidule_carre_512pxRentrée très nationale pour Johanna Rolland

Lundi 30 août, la maire de Nantes anticipait la rentrée scolaire dans la nouvelle école Leloup-Bouhier du quartier Dervallières-Zola. L’occasion de présenter quelques nouveautés, parmi lesquelles l’instauration d’un second repas végétarien par semaine dans les 88 restaurants scolaires de la ville (voir notre rubrique Radar).

Une petite parenthèse locale dans une période marquée par ses activités nationales. Le week-end précédent, celle qui a été désignée porte-parole du PS en mars dernier participait aux traditionnelles universités d’été des socialistes à Blois. En clôture de l’événement, juste avant l’intervention du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, la présidente de Nantes Métropole a réaffirmé son soutien à la candidature d’Anne Hidalgo pour l’élection présidentielle et plaidé notamment pour « une nouvelle étape de la décentralisation ».

Une nouvelle étape dont elle aura peut-être l’occasion de débattre, les 9 et 10 septembre prochain, avec ses homologues des grandes villes françaises. Présidente de France Urbaine depuis septembre dernier, la maire de Nantes accueillera plusieurs centaines de membres de cette association regroupant les élus de 50 grandes villes, 22 métropoles, 13 communautés urbaines, 14 communautés d’agglomération, ainsi que cinq établissements publics territoriaux du Grand Paris, toutes sensibilités politiques confondues. Un grand raout pour lequel la ville a demandé à ses agents de jouer les ambassadeurs, comme Mediacités le révélait en juillet dernier.

Bidule_carre_512pxEncore des ratés pour Tri’Sac

Voilà qui ne va pas arranger la réputation de Tri’Sac, le système de collecte et recyclage des déchets utilisé dans la Métropole de Nantes. Depuis le 23 août et jusqu’au 5 septembre prochain, les Nantais sont en effet invités à conserver chez eux les sacs jaunes contenant leurs déchets recyclables… En cause : une opération de maintenance dans l’usine Alcéa de la prairie aux Mauves, qui empêche le tri entre sacs jaunes et sacs bleus - première étape du processus de recyclage.

TriSacune
Sacs Tri'Sac à l’usine de traitement des déchets Alcéa de la prairie aux Mauves. Photo : Thibault Dumas

Un problème technique qui ne change pas grand chose, railleront peut-être les détracteurs de ce dispositif quasi unique en France . Et pour cause : comme nous l’expliquions dans une longue enquête publiée avant les dernières municipales, moins de 8% des déchets produits par les Nantais sont recyclés. Un vrai bide, dont la majorité métropolitaine semble peu à peu prendre conscience. En mai dernier, la nouvelle vice-présidente de Nantes Métropole chargée des déchets et de l’économie circulaire, l’écologiste Mahel Coppey, confiait à Mediacités qu’une étude d’évaluation « sans tabous » de Tri’Sac avait été lancée. Elle doit livrer ses préconisations « fin 2021 ou début 2022 ».            

Benjamin Peyrel
Co-fondateur de Mediacités et rédacteur en chef de son édition nantaise. Avant de me lancer dans cette aventure, j'ai débuté au quotidien La Croix et suis passé par différentes rédactions (L’Humanité, Le Parisien, etc), avant de rejoindre L’Express et d'écumer préfectures et sous-préfectures pendant dix ans. Je m’intéresse notamment aujourd’hui aux montagnes de données que les collectivités comme les citoyens produisent quotidiennement et aux moyens de les utiliser pour faire avancer l'information.