Votée en 2014, la loi interdisant le cumul des fonctions exécutives locales avec le mandat parlementaire entre en vigueur en juillet. Avant d’être élu président de la République, Emmanuel Macron proposait d’aller plus loin encore. « Nous instaurerons le non-cumul des mandats dans le temps. On ne pourra exercer plus de trois mandats identiques successifs », écrivait-il dans son programme. Tiendra-t-il promesse ? En attendant de le savoir, Mediacités a patiemment recensé le nombre et la durée des mandats des 17 principaux élus de Haute-Garonne.

Ce calcul comporte bien sûr quelques biais : un mandat de simple conseiller municipal n’est pas comparable à celui de maire. Notre classement a pourtant le mérite de mettre en lumière l’immuabilité du paysage politique haut-garonnais. Nos 17 élus ont cumulé ensemble 768 années de mandats… soit 45 ans et 9 mandats par élu en moyenne ! Six hommes se partagent le haut du tableau et comptent à eux seuls 501 années de mandats.

Gérard Bapt, notre grand champion du cumul des mandats dans le temps

Gérard Bapt occupe la tête du classement. Le député socialiste atteint l’âge canonique de 107 ans de vie d’élu. « Merci d’avoir fait le comptable », s’en amuse-t-il en apprenant la nouvelle.

Le président Georges Pompidou a encore un an à vivre en 1973 quand Gérard Bapt fait son entrée au conseil général. Suppléant malheureux aux législatives de 1973 face à Pierre Baudis, le jeune élu socialiste est élu député en 1978 à la faveur d’un redécoupage des circonscriptions électorales. Exceptée une courte parenthèse de 1993 à 1997, il est réélu à l’assemblée nationale jusqu’à aujourd’hui. Entre temps, le médecin cardiologue découvre le mandat de conseiller municipal à Toulouse en 1983, puis s’éloigne de la Ville rose pour devenir maire de Saint-Jean en 1989. Mandat qu’il couple temporairement avec celui de conseiller communautaire. « Il n’y avait pas de règle anti-cumul à l’époque, justifie-t-il. Nous étions nombreux à le faire. Avec le recul, je peux dire que nous n’avions qu’une action locale, pas législative. Je sens bien que je suis totalement concentré sur mes dossiers législatifs depuis que je ne suis plus maire. » Il est classé parmi les 150 plus députés les plus assidus par le site nosdeputes.fr sur les 47 derniers mois. Et a été nommé « député santé du quinquennat » par la revue professionnelle Espace Social Européen.

Gérard Bapt, qui se dit blasé par « le pénible spectacle politique » à droite comme à gauche, tentera en juin de décrocher son 8e mandat de député. « J’avais décidé l’été dernier de ne pas être candidat, raconte-t-il. Mais on se préparait à l’élection de Fillon dans un mouchoir et à une vague bleue à l’assemblée. Les militants ont pensé que, malgré tous mes mandats, j’étais celui qui offrait le plus de chance de garder la circonscription à gauche. » S’il l’emporte, votera-t-il une loi pour limiter le cumul des mandats dans le temps ? « Je voterai comme mon groupe politique le décidera », élude l’élu de 71 ans qui assure concourir cette fois-ci pour la der des der.

Patrick Lemasle, deuxième avec 92 années de mandats

À la deuxième place de ce classement, un autre député socialiste : Patrick Lemasle, 65 ans et…  92 années de mandat. Malgré plusieurs relances auprès de sa collaboratrice, le parlementaire, maire de Montesquieu-Volvestre et conseiller communautaire, n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien. Élu au conseil municipal en 1989, il est maire de 1990 à 2002 puis de 2014 à aujourd’hui. Il siège au conseil général de 1991 à 2015, et à l’assemblée nationale depuis 1997. Début 2017, il a lâché la présidence de la communauté de communes pour, dit-il, « céder la place à de nouveaux talents » . Patrick Lemasle, qui n’a pas brillé par son activité au Palais Bourbon, ne se représente pas aux élections législatives de juin.

Georges Méric, « dinosaure de l’ancienne société », complète le podium

Georges Méric l’avoue : il est « un dinosaure de l’ancienne société ». À 69 ans, le président socialiste du Conseil départemental cumule 85 années de mandats. « Je ne suis pas représentatif des 20 prochaines années, estime-t-il. La société a changé. La vie s’est accélérée. Les longues carrières politiques sont terminées. Il y aura certainement un renouvellement plus rapide des élus. » Conseiller municipal de Nailloux en 1977, puis maire en 1983, l’ancien médecin de campagne a rendu l’écharpe tricolore en 2008. « On s’épuise un peu après 25 ans », dit-il. Il demeure malgré tout conseiller municipal et communautaire, « parce qu’on (le lui) a demandé ».

Georges Méric se dit favorable à une limitation à 3 mandats successifs pour les parlementaires et les chefs d’exécutifs : « Le premier mandat, on apprend, ensuite on fait de façon efficace, enfin au troisième mandat, on obtient la quintessence et on passe le témoin. » Pourtant, il a été maire pendant quatre mandats !

À la tête du département depuis 2015, Georges Méric se donne encore un ou deux mandats, histoire de voir aboutir ses réalisations. De quoi nourrir le sentiment de non-renouvellement de la classe politique ? « La défiance des électeurs est patente, mais elle provient essentiellement des conditions sociales, répond l’élu. Créons demain des emplois et le FN va baisser…»

Et aussi… Alain Chatillon, 73 années de mandats

Aux confins de la Haute-Garonne, du Tarn et de l’Aude, Alain Chatillon dirige la ville de Revel depuis 1989 et les communautés de communes qui se sont succédé depuis 1999. À 74 ans, le fondateur du fabricant d’aliments diététiques Nutrition et Santé dépasse à peine son âge d’élu : 73 ans ! Conseiller régional UDI de 1992 à 2015, il est sénateur depuis 2008. Compte-t-il céder la main ? Nous avons voulu le savoir, mais il n’a pas souhaité répondre à nos questions.

… Claude Raynal, 73 années de mandats

Comme son collègue du palais du Luxembourg, le socialiste Claude Raynal affiche 73 années à son compteur d’élu. Conseiller municipal de Tournefeuille depuis 1989, conseiller communautaire depuis 1992, il est élu maire en 1997 et conseiller général en 1998. Claude Raynal estime « souhaitable » pour un parlementaire d’être également élu local sans fonction exécutive pour « avoir un pied dans la réalité ». Après son élection au Sénat en 2014, il ne s’est pas représenté au Conseil départemental et a démissionné de son mandat de maire, tout en demeurant adjoint. Il est favorable à une limitation dans le temps des mandats législatifs « où il faut que cela tourne », mais pas des mandats locaux. Pourquoi ce deux poids, deux mesures ? « Il faut un regard neuf sur les choses de l’État, estime-t-il. Mais si les électeurs sont satisfaits de leur maire, pourquoi arrêter ? »

… Jean-Luc Moudenc, 71 années de mandats

Jean-Luc Moudenc, 57 ans, émarge sur les registres municipaux depuis trois décennies. L’actuel maire de Toulouse a intégré le conseil municipal en 1987 sous l’ère Dominique Baudis. Député de 2012 à 2014, il a voté pour la loi limitant le cumul des mandats, malgré la consigne de son parti. « Quand je suis devenu maire, j’ai abandonné mon mandat de député et mes fonctions de secrétaire national à l’UMP, rappelle-t-il. Je ne pensais pas pouvoir bien faire les deux mandats en même temps. » L’élu a pourtant cumulé les casquettes d’élu municipal, départemental et régional de 1994 à 2001 ! « Cela n’est pas comparable aux mandats de maire ou de député, balaie-t-il d’un revers de main. J’avais un rôle secondaire d’opposant ou d’élu de la majorité sans dossiers importants. Je ne regrette rien car j’ai beaucoup appris. »

Son âge d’élu s’élève à 71 ans. « Dit ainsi, cela peut provoquer des réactions négatives, c’est d’ailleurs peut-être fait pour cela, s’agace-t-il en l’apprenant. Nous devons faire face à des problématiques de plus en plus complexes. Si on veut se passer de l’expérience des élus, c’est la technocratie qui gouvernera ! » Le maire de Toulouse ne veut pas entendre parler du non-cumul dans le temps : « On a multiplié les procédures de participation, de concertation et de contre-pouvoir au pouvoir élu. Les projets prennent plus de temps à émerger. Cela justifie la nécessité de s’inscrire dans un temps long pour faire du bon travail, même si cela ne correspond pas au temps médiatique. »

Le classement complet

Le non-cumul des mandats dans le temps, une marotte de journalistes ? Ou plus globalement de citoyens ? Le mouvement reGénération, qui entend réformer les pratiques politiques, l’a placé en tête de ses dix priorités. « Face à la mondialisation, aux innovations, aux transformations de notre société, ces mêmes hommes et femmes politiques ne nous expliquent-ils pas que le temps est fini où nous ferons un métier durant toute notre vie et qu’il est indispensable d’organiser la mobilité et la formation pour maintenir l’employabilité ? Chiche ! », écrit Vincent Behague, membre fondateur de reGénération, dans sa tribune à lire dans le forum de Mediacités.

Vous trouverez ci-dessous le classement complet des élus de Haute-Garonne. La masse des informations récoltées et la difficulté d’obtenir les confirmations auprès de certains élus ont pu conduire à quelques oublis. Si vous en repérez, n’hésitez pas à nous les signaler à l’adresse contact@mediacites.fr. Nous les intégrerons au plus vite.

Si vous souhaitez nous adresser des documents en passant par une plateforme sécurisée et anonymisée, rendez-vous sur pals.mediacites.fr

Point final.

4 COMMENTAIRES

  1. le temps passé en tant qu’élu signifie surtout qu’ils n’ont jamais travaillé ailleurs, dans le privé ou le public, et qu’ils n’ont jamais vécu avec un SMIC, ni habité à Papus, au mirail, ou ailleurs. Bref, ils regardent parfois la vraie vie à la télévision et la croise sans la reconnaître sur les marché quand ils tractent. Il serait donc temps que le mandat soit un CDD et non plus un CDI. ces gens là passent leur temps à nous expliquer comment nous priver de ce dont on a besoin, il serait temps de tous les faire dégager. ça vaut aussi par Mélenchon, 35 ans sénateur socialiste, et caudillo intermittent du spectacle pour la France insoumise.

    • oui et quand on demande à JL Mélenchon pourquoi il a été si peu assidu au parlement européen, la réponse est “qu’il avait des choses plus importantes à faire ailleurs !”

  2. Bonjour, Commentaire très judicieux effectivement! Outre le fait suivant=} mathématiquement, sur 17, 10 PS ET 1 PRG, dont 7 femmes!!! Rien à rajouter.
    ALLEZ COURAGE****FUYONS*** ET VIVE LA FRANCE OU PAS./ C.M./

  3. Habitant Muret j’ai écrit deux fois à Patrick Lemasle à l’Assemblée Nationale.
    Aucune réponse.
    Je comprends maintenant qu’il est trop occupé et de plus, une étude, parue il y a 2 ans, montrait qu’ il faisait parti des députés les moins assidus à l’Assemblée.
    Mais rassurons nous, il a quand même perçu ses indemnités.
    Pauvre France, mal partie avec de tels individus !!!

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