D'un geste vif, le paquet de Philip Morris jaune est extrait du petit sac en bandoulière et, pour 5 euros, change de main. Le vendeur est jeune, l'acheteur un peu moins. C'est le milieu de l'après-midi et la scène se déroule juste devant le bureau de tabac de la place, ouvert au public. A quelques pas de là, de jeunes danseuses se produisent dans le cadre d'une journée organisée par l'association des Femmes d'AB (Arnaud-Bernard) qui défend « l'occupation festive, conviviale, politique, artistique, ludique d'une place publique confisquée aux femmes ». Un peu frondeur, trafiquant, militant et artiste, Arnaud-Bernard tel qu'en lui-même. Un quartier dont l'image et la réputation sont encore trop sulfureuses pour la municipalité : depuis quelques années, le processus de réaménagement et de « diversification » de cet ultime îlot populaire du centre-ville s'accélère.

« Arnaud-Ben » est un pur quartier toulousain, et ce depuis le Moyen-Age, quand les quelques habitations de ce faubourg sont venues s'accoler à la ville. Le secteur, qui restera la porte Nord de Toulouse jusqu'en 1825, apparaît dès son émergence comme une aire de contact entre citadins et ruraux. Les paysans des alentours viennent y vendre leurs produits aux habitants de la ville. Espace de commerce, Arnaud-Bernard va aussi recevoir dès le début du XXe siècle, les vagues successives d'étrangers qui ont fait la France : italiens dans les années 20, espagnols fuyant la dictature franquiste et enfin maghrébins (dont les harkis) issus de la décolonisation. « Différentes strates de migrations, ont composé, couche après couche, la morphologie de ce quartier du centre-ville (…) Arnaud-Bernard, c'est d'abord un cœur avec la place du même nom, rendez-vous obligé des matchs de foot improvisés, des bouquinistes ambulants et des manifestations où culture et boisson font bon ménage », écrit le chercheur Slimane Touhami, docteur en anthropologie, dans l'un des rares textes « savants » disponibles sur le quartier ( « Arnaud-Bernard, ou quand l'autre fait ville » ).

Des paysans puis des immigrés, des travailleurs et des revendeurs, fréquentant les bazars, bars et cantines, désormais des kebabs et restaurants . . .

Cet article est réservé à nos abonnés, pour lire les 80% restants de l'article :
Découvrez Mediacités gratuitement pendant 24h !
En renseignant votre e-mail, vous acceptez de recevoir nos newsletters (2 par semaine) et des offres d'abonnement.
Abonnez-vous pour 6,90€/mois ou 59€/an.
Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.