Au siège du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, à Lyon. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

Région Auvergne-Rhône-Alpes : Laurent Wauquiez a-t-il vraiment divisé la dette par deux ?

Question de Mathieu à Mediacités : « Laurent Wauquiez a déclaré avoir divisé la dette de la région par deux alors que son opposant Jean-François Debat affirme qu’elle a augmenté. Qui dit vrai ? »

Bonjour Mathieu et merci pour votre question, qui fait écho à l’ultime conseil régional de la mandature.

Cette assemblée plénière s’est tenue la semaine dernière, jeudi 29 avril, avec, au menu des élus, le compte administratif 2020 de la région Auvergne-Rhône-Alpes. C’est à l’occasion de son examen que le président sortant Laurent Wauquiez, après avoir réinterprété la fable de la cigale et de la fourmi, déclare : « La dette - et c’est un point fondamental pour nous - a été divisée par deux, avec la possibilité (…) de pouvoir avoir la satisfaction de ne pas laisser un euro de dette supplémentaire à nos enfants sur le travail qui a été mené pendant cinq ans. » « Une première dans l’histoire de la région », tweete-t-il dans la foulée.

« Fake news », réagit l’opposant Jean-François Debat. « Non, la dette n’a pas été divisée par deux, elle a progressé, conteste le prédisent du groupe PS à la région. Erreur ? Intox ? Dans les deux cas, c’est grave. »

Qui croire ? D’après le socialiste, entre 2015 et 2020, la dette de la collectivité serait passée de 2,750 milliards d’euros à 2,772 milliards d’euros. Soit 22 millions d’euros de plus. Ces chiffres, Jean-François Debat les tire des comptes de gestion 2020. Au décompte de la dette présenté par la majorité, ceux-ci agrègent d’autres éléments comme le budget alloué aux fournisseurs.

Mais cette différence d’appréciation ne répond pas à la question de notre lecteur. Lors de la présentation du compte administratif, Laurent Wauquiez s’est appuyé sur la dette dite consolidée, soit l’addition de la dette directe et d’autres engagements assimilables à l’endettement, comme des contrats pour financer des achats de rames de TER. Ces chiffres servent à comparer l’évolution de la dette année après année et là - surprise ! - le montant est loin d’avoir été divisé par deux contrairement à la présentation trompeuse du graphique diffusé lors de l’assemblée plénière du jeudi 29 avril [voir la capture d’écran ci-dessous]. De l’art de savoir jouer avec l’axe des ordonnées…

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Captures d'écran de la retransmission du conseil régional du 29 avril 2021.

De 2,755 milliards d’euros (et non 2,750 milliards d’euros comme écrit dans la présentation de la région) en 2015, la dette est donc descendue jusqu’à 2,668 milliards d’euros en 2019 avant de remonter à 2,750 milliards d’euros en 2020. Autrement dit, en cinq ans, elle n’a pas augmenté, contrairement à l’affirmation de Jean-François Debat, mais diminué de 5 millions d’euros. Autrement dit, elle n’a pas non plus diminué de moitié - on en est très loin ! - contrairement à la déclaration de Laurent Wauquiez.

Si vous êtes perdus dans tous ces chiffres, nous vous avons préparé ce graphique ci-dessous :

L'art de présenter une situation à son avantage

L’ancien patron des Républicains qui n’a eu de cesse au cours de son mandat de prétendre qu’Auvergne-Rhône-Alpes était « la région la mieux gérée de France » s’est-il pris les pieds dans les comptes ? Ou bien s’est-il livré à une grossière opération d’intox ? Ni l’un, ni l’autre… Disons que le président de la collectivité a fait la démonstration de son talent à présenter une situation à son avantage, sans s’encombrer de nuances. Car si, comme on l’a vu, la dette n’a pas diminué de moitié en valeur absolue, « le ratio de désendettement », estimé à 6,6 en 2015, est lui passé à 3,6 en 2020. Ce ratio détermine le nombre d’années théoriques nécessaires au remboursement intégral de la dette.

Pour quelle raison a-t-il chuté de moitié ou presque ? Grâce « au niveau élevé de l’épargne brute » de la collectivité (763 millions d’euros), explique le Conseil économique, social et environnemental de la région (Ceser) dans son rapport sur le compte administratif 2020. Sans cette épargne, la dette aurait « pu être préoccupant[e] », juge le Ceser car, « après une période de désendettement », elle a retrouvé « le volume important » de 2015. Et n’a donc pas été divisée de moitié… n’en déplaise à « la fourmi » Wauquiez.

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